Une odeur de bois et de papier remplit la Librairie du Chat Borgne de Belfort. Une grande affiche « 10 ans » en noir et doré trône dans la vitrine. En septembre, la librairie indépendante soufflera sa première décennie. « Nous avons eu les clés en juin 2016 et nous avons ouvert le 24 septembre », se souvient Caroline, co-gérante de l’établissement. « Il y a 10 ans, il y avait carrément moins de livres et moins de meubles », ironise la fondatrice. Aujourd’hui, le moindre centimètre de la librairie accueille un ouvrage. D’après les estimations, il y aurait 7 000 livres neufs et 4 000 livres d’occasion dans les rayons. « Il y a aussi 16 000 bouquins en réserve », prévient la librairie (lire notre article).
Aux fondements de cette librairie, Caroline et Mathieu, un couple. Ils étaient tous les deux libraires dans des enseignes. Ils ont ensuite monté une librairie itinérante : les prémices du Chat Borgne. « Nous faisions les foires, les salons… », se remémore Caroline. L’envie d’une libraire trottait déjà dans la tête du duo. Caroline est originaire d’Alsace mais elle l’assure, le marché strasbourgeois est saturé de librairies. De son côté, Mathieu vient de Belfort. « Il n’y avait pas de librairie généraliste indépendante alors on s’est dit “Pourquoi on ne tenterait pas ? “ »
Des conseils personnalisés
10 ans après, le pari semble avoir été remporté par le duo. Derrière son comptoir, Caroline guide les clients. Et toujours avec une touche d’humour. Dans le binôme, elle est celle qui a le plus de clients. « Pour ouvrir, nous avons utilisé ce que l’on savait faire les deux. » Mathieu a son diplôme avec une spécialisation dans le domaine du livre s’occupe de ce qui est gestion. Ils sont complémentaires.
« Quand nous avons ouvert la librairie, nous avons voulu mettre dedans tout ce qui nous plaisait chez les autres librairies. » La librairie met en avant les éditeurs moins connus. Ils ont aussi le choix dans les livres mis en avant. Sur les livres, des papiers de différentes tailles et de différentes couleurs sont épinglés. Dessus, des écritures manuscrites. Mathieu et Caroline écrivent les raisons qui les ont poussés à choisir et aimer un livre. Devant la caisse, un étal est spécifiquement dédié aux livres coup de cœur des fondateurs. « On voit les personnes chercher qui de Mathieu ou de moi a choisi un livre.» Ce lien humain et de confiance, c’est ce qui leur permet de se différencier des autres librairies.
Concurrencer internet
L’année dernière, le Chat Borgne a vendu entre 20 000 et 25 000 livres. Un chiffre qui a augmenté au fil des années. La librairie a également tissé des liens avec des bibliothèques et établissements scolaires aux alentours. « Le cœur de mon métier, c’est de lire des livres pour en parler, mais il y aussi toute la partie gestion », indique Caroline. Étant une librairie indépendante, Le Chat Borgne doit faire face à la concurrence des chaînes de librairies et des sites de ventes en ligne.
« Le commerce de librairie est un des métiers qui génèrent le moins de bénéfices », souligne Caroline. Les marges sont compliquées à négocier face à la concurrence. D’autant plus que ces dernières années, les charges pour le commerce ont augmenté : électricité, coût des transports. « En deux ou trois ans, c’est entre 150 et 200 euros de frais transports en plus par mois. »
En cette rentrée scolaire et littéraire, la librairie du Chat Borgne n’est pas désertée. Caroline enchaîne les encaissements. L’un vient récupérer un ouvrage pour ses études, un autre déambule dans les rayons. « Lit la première ligne, on plonge directement dedans », chuchotent deux amis au fond de l’établissement.