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Belfort : des femmes aux parcours inspirants témoignent devant les jeunes

A l'occasion de la journée du droit des femmes, rencontre avec plusieurs femmes inspirantes. | ©Le Trois - EC
Elles étaient huit ce mercredi 8 mars, journée internationale des droits des femmes, dans l’amphithéâtre de la chambre de commerce et d’industrie de Belfort pour présenter leurs parcours, leurs embûches, leurs victoires. Focus sur deux d'entre elles.

Dans l’amphithéâtre feutré de la chambre de commerce et d’industrie de Belfort, l’ambiance est studieuse. La salle est quasi comble et les regards de lycéens, d’étudiants, et de personnes en reconversion et en parcours d’insertion professionnelle sont tournés vers la scène. Sur cette scène, huit femmes sont là pour détailler leurs parcours, leurs réussites et leurs freins en cette journée internationale du droit des femmes à l’occasion d’un forum organisé par la préfecture du Territoire de Belfort et la CCI. Elles sont là pour donner de l’élan aux jeunes femmes présentes, leur donner des idées, aussi de parcours parfois sinueux, mais qui en valent le coup. . 

Claire-Destan Sucu est ingénieure chez General Electric. ©Le Trois - EC

Parmi toutes ces femmes au parcours brillant, il y a par exemple Claire-Destan Sucu, ingénieure dans le secteur des systèmes industriels chez General Electric à Belfort. Devant toute la salle bondée, elle commence par questionner les jeunes femmes. Puis se lance. « Je suis turque, née à Belfort, avec la double nationalité.En première, il a été décidé que je devais me marier, alors j’ai arrêté l’école. Mais très vite, j’étais malheureuse.» Quelques mois plus tard, elle retourne au lycée et demande un redoublement. « Le directeur de l’école n’a pas voulu. Il m’a demandé de passer le bac blanc de Français le lendemain matin. Et je n’ai pas redoublé ma première. Il a cru en moi. »

 Il lui a fallu beaucoup travailler pour rattraper un trimestre de cours. Elle réussit, en obtenant son bac, l’année d’après « avec cinq points de plus ». Son rêve ? Devenir ingénieure ou avocate. Elle se lance dans un DUT. Gagne un prix scientifique. Achète son premier ordinateur. Puis, n’est pas acceptée dans l’université qu’elle voulait à Troyes. « J’ai pleuré, puis j’ai décidé d’aller voir un stage à Edimbourg, en Ecosse.»  Les freins ont été nombreux, raconte-t-elle, culturels, déjà. « Mes parents ne voulaient pas que je parte. Il voulait me garder avec eux, mais je suis quand même parti.» Elle y restera deux ans, pour un diplôme d’ingénieur qui ne sera pas reconnu en France. A son retour, elle se marie. « Ce n’était pas mon choix », explique-t-elle gravement. Encore une fois, elle passe par-dessus la difficulté et décide de partir pour un échange université en Corée du Sud, puis part travailler quelque temps chez Renault, en Turquie.

Trois postes lui sont proposés, dont un de directeur qualité dans le nucléaire. « La chemise était trop grande », sourit-elle. Elle rentre à Belfort, pose un CV à l’accueil de General Electric. C’est le début d’une aventure de 16 ans. « Entretemps, j’ai divorcé, vous vous en doutez », plaisante-elle. « J’ai voyagé en Egypte, en Algérie, au Maroc…»

Le fait d’être une femme ne l’a jamais arrêtée dans rien, même si « il faut toujours faire preuve de notre valeur. Nous devons sans cesse redoubler d’efforts pour montrer que l’on fait aussi bien que les hommes. C’est loin d’être simple.» Elle passe six ans en tant que responsable technique dans l’éolien. Elle travaille avec la Turquie, les pays de l’Est, la Grèce. Elle devient cheffe de chantier en Turquie où 52 éoliennes vont être implantées « pour un client équivalent à EDF.» Elle est la seule femme, raconte-t-elle. Quand on lui demande si elle a pu parfois avoir des remarques sexistes, elle repense à ce chef, sur ce chantier, qui lui a « gentiment »prié de rentrer à Belfort, que sa place n’était pas ici. « À la fin, quand j’avais fait mes preuves, il m’a proposé son poste.» Rire dans la salle. « Nous ne sommes pas toujours appréciées quand on tape du poing sur la table. Mais ce n’est pas grave, c’est le message qu’on envoie, nous les femmes, qui est important.» Aujourd’hui, à 42 ans, Claire-Destan Sucu attend des jumeaux. « Il est temps de se calmer un peu sur le travail.» Aux dames dans l’assemblée, elle s’adresse en expliquant : « Mesdames, vous êtes attendus, vous êtes voulus. Allez-y. »

Saisir la main tendue

Juste à côté d’elle, Sandrine Larcher l’applaudit. Elle aussi raconte son parcours, un parcours politique. L’actuelle maire de Delle et vice-présidente de la communauté de commune du Sud Territoire s’adresse au public : « Qui rêve d’être maire ? » Personne ne lève la main. « Je vais essayer de vous convaincre », rit-elle. Originaire d’Annecy, elle a suivi son mari qui travaillait dans l’industrie, en Suisse. « À ce moment-là, j’ai fait le choix de m’occuper des enfants, j’ai fait du bénévolat dans un premier temps.» À Delle, elle décide de lancer son entreprise d’animation socio-éducative en 2009. 

Sandrine Larcher, maire de Delle. ©Le Trois - EC

Puis en 2014, le maire de Delle, Pierre Oser, a une défection sur sa liste municipale. Il manque une femme. Elle se retrouve à cette place :  « Il n’y a pas de hasard. J’étais au bon moment au bon endroit et j’ai saisi la main tendue.» Elle est promue comme adjointe à l’éducation, puis à la culture. En 2017, le maire, Pierre Oser fait le choix d’arrêter. « On m’a pointé du doigt. Ma première réaction a été la panique. J’ai eu peur pour mon équilibre familial. Mon équilibre de travail aussi », explique-t-elle. Elle raconte s’être questionnée sur ce qu’ils avaient vu en elles pour lui proposer ce poste. « Mais il faut y aller, il faut le tenter. Mesdames, si on a pensé à vous, c’est que quelqu’un a vu votre potentiel. C’était quand même difficile, c’est sûr. D’un coup, il fallait que je sois une professionnelle dans tout. Je me couchais rarement avant deux heures du matin.» 

Quelques années après, elle ne regrette pas du tout, malgré les embûches. « Aujourd’hui, plus grand chose ne me fait peur, même si oui, le monde du travail dans beaucoup de domaines est encore très masculin.» En 2020, elle est réélue, dès le premier tour. Les difficultés qu’elle a pu avoir ? Gérer l’équilibre entre sa vie familiale et professionnelle. « Une femme qui a des fonctions a aussi beaucoup de charge mentale », souffle-t-elle. Comme Claire-Destan, certaines remarques sexistes l’ont marqué, détaille-t-elle. « Il y a cette fois que je n’oublierai jamais. Un homme m’a dit : “Vu comme tu es combative, j’aimerai bien voir ce que ça donne au lit”. J’étais désarçonnée.» Pour autant, elle ne s’arrête pas de vivre, d’être féminine. « J’estime que je n’ai pas à renfermer ma féminité par rapport à ma fonction. Et je le vis très bien.» 

Après le passage inspirant des huits femmes sur scène, le préfet du Territoire de Belfort, Raphaël Sodini conclut la séquence avec une note d’humour : « En vous écoutant, j’ai pensé au fait que vous avez toutes témoigné de l’équilibre entre votre vie familiale, de maman et l’équilibre au travail. Si nous avions eu huit hommes sur scène, cela n’aurait peut-être pas été le cas. Nous avons beaucoup de choses à repenser et je vous invite, messieurs, à commencer par combattre vos stéréotypes.» Dans la salle, certains lèvent les yeux au ciel, d’autres sourient, applaudissent. D’autres…dorment.

Les huit femmes qui ont participé au forum organisé par la préfecture du Territoire de Belfort en partenariat avec la CCI, ce 8 mars. ©Le Trois - EC

L’intersyndicale et Nous Toutes se fédèrent pour le 8 mars

Élodie Boschi, membre active de Nous Toutes 90. ©Le Trois - EC

À Belfort, à 16h, place Corbis,  a eu lieu un rassemblement pour défendre les droits des femmes et protester contre la réforme des retraites, jugée particulièrement injuste pour les femmes qui ont généralement des carrières hachées, des emplois à temps partiel pour s’occuper des enfants, des rémunérations moindres. Le collectif Nous Toutes 90 s’est associé à l’intersyndicale pour cette journée pour donner du poids. Implanté depuis novembre, le collectif fonctionne avec une petite dizaine de bénévoles régulières, comme en témoigne Élodie Boschi, 40 ans. Professeure de français, elle a rejoint l’appel d’Émeline qui a souhaité lancer le collectif il y a quelques mois (lire notre article). « La cause nous tient toutes à cœur. Moi, j’ai une maman qui m’a élevé en étant très féministe. Ca m’a toujours beaucoup intéressé et j’avais envie d’être dans le concret. C’est la première fois que je m’engage dans le monde associatif. Cela apporte de la satisfaction, cette impression à petite échelle de faire un petit peu bouger les choses. De ne pas être spectatrice de ce qui se passe. D’être un maillon de la chaîne.» Après des prises de paroles sur les inégalités qu’entraîne la réforme, une vingtaine de manifestantes et manifestants ont bravé la pluie battante pour  enchaîné deux chorégraphies imaginées par le collectif Attac. En bleus de travail, foulard rouge à pois blancs sur la tête, gants de vaisselle jaune symbolisant la double journée, les participants et participantes étaient grimés en « Rosies », symbole inventé pendant la Seconde Guerre mondiale par un dessinateur américain pour encourager des millions des femmes à travailler dans l’industrie de l’armement. 

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