Notre dossier : la canicule et les maraîchers
Article 1 : Le Potager des jeunes pousses, Grosmagny, Territoire de Belfort (ici)
Article 2 : La ferme du ruisseau, Audincourt, Doubs
« 2025, a été une bonne année presque parfaite en termes de marécage. Mais cette année, c’est très compliqué », déplore Florent Zakrzewski. En 2022, avec Laëtitia, sa femme, ils ouvrent La ferme du ruisseau à Audincourt. Florent passe dans les allées de l’exploitation et liste les légumes qui ont survécu ou non à cette saison estivale.
« Le manque d’eau, j’ai envie de dire, on peut potentiellement s’adapter, le problème qu’on ne sait pas gérer aujourd’hui, ce sont les fortes chaleurs au-dessus de 40 degrés », explique le maraîcher. Tout comme Le potager des jeunes pousses à Grosmagny, La ferme du ruisseau a souffert directement de la chaleur (lire notre article).
Planter davantage pour récolter autant
Sous les serres de l’exploitation, les rangs de haricots ont subi la chaleur. Pour garder un maximum de fraîcheur, le couple a installé des voiles d’ombrage au-dessus des plants. « Ça évite que le soleil ne tape directement sur les légumes et que les fleurs ne crament », développe Florent Zakrzewski. Pour l’année prochaine, il est déjà prévu d’ajouter des voiles mais aussi de mettre du lait de chaux sur la serre. « En combinant les deux, nous devrions arriver à avoir 5 à 6 °C de moins », estime le maraîcher.
Le produit phare de la saison a lui aussi souffert. Les récoltes de tomates n’ont pas été aussi bonnes que voulues. Florent Zakrzewski ramasse une tomate par terre, une cloque due à la chaleur s’est formée. « Comme tous les ans, nous augmentons de plus en plus notre quantité de tomates, de fruits… Nous avons de la demande. » Mais cette année, en plantant davantage, la même quantité de produits a été récoltée, voire même moins. Une situation qui a des conséquences sur les contrats de la ferme. « Il y a certains restaurateurs qu’on ne peut pas fournir. »
Modifier ses plantations
À côté des serres, des arbres fruitiers ont été plantés il n’y a pas longtemps. Le couple espère que bientôt, ces arbres pourront former une haie qui permettra à la fois de créer de l’ombre mais aussi de protéger du vent. Le maraîcher l’a observé ces dernières années, le vent est de plus en plus présent. Et cela pose problème. « Ça assèche vraiment tout. Le peu d’évapotranspiration qu’il y a au sol, le vent l’emmène. » Une matière blanche recouvre le pied des arbres fruitiers. Le couple y a placé de la laine de mouton. « Cela permet de garder une ambiance humide aux racines. »
La ferme du ruisseau ne compte pas seulement sur des installations mais revoit aussi ses produits cultivés. « Nous avons une quarantaine voire une cinquantaine de variétés de légumes différents sur toute la saison. » Après une phase de test en 2025, le couple a lancé officiellement une production de pastèques et de melons. Une bonne surprise pour le couple qui a vu une production de ces fruits en quantité et en qualité. « Je pense qu’il faut se mettre dans l’idée que l’on a plus forcément des cultures de Franche-Comté, mais il faut que l’on se déplace plus sur ce qu’il se fait du côté de Lyon. Voir même dans le sud comme Montpellier ou Toulouse. »
Plusieurs plans B pour avoir de l’eau
Pour éviter de manquer d’eau, La ferme du ruisseau possède trois solutions. D’abord un système de récupération d’eau de pluie a été installé. L’eau tombant sur les serres est récupérée puis envoyée dans une citerne grâce à des pompes. « Normalement, elle monte jusqu’à 1,60 m », explique le maraîcher. Les 150 m³ de réserve de la citerne peuvent leur permettre de tenir un mois sans réapprovisionnement. Mais aujourd’hui, le niveau est au plus bas.
L’exploitation possède également un forage. Mais ce dernier est arrivé à sec cet été. « Il est entre le Doubs et l’Allan. Quand les deux sont pleins, ça va dans une veine d’eau et nous on puise dedans. Sauf que là, en plus ils ont vidé l’Allan pour faire des travaux. » Dernière solution : l’eau potable. Une solution que le couple essaie d’éviter au vu du prix. Pour garder un maximum d’eau, La ferme du ruisseau a dû choisir entre ces différentes plantations.

