« Je n’ai jamais vu ça, je n’ai jamais vu un truc pareil. » Assise à l’ombre, Sylvie Bugnon, responsable du Potager des jeunes pousses fait le bilan de cet été (lire notre article). Cela fait 16 ans qu’elle est dans le milieu du maraîchage et depuis 2013, elle possède sa propre exploitation : Le potager des jeunes pousses. Avec ses cultures, elle a été aux premières loges pour constater les conséquences des canicules à répétition sur la biodiversité.
Des températures trop importantes
« Quand vous plantez des salades dans un champ, et qu’il n’y a pas d’arbre, rien du tout, au bout de l’après-midi, vous avez beau asperger d’eau. Quand il fait 42°C, l’eau s’évapore et au final c’est cramé », regrette Sylvie Bugnon. La question n’est pas seulement le manque d’eau mais surtout les chaleurs intenses sur le produit.
Pour les tomates, Sylvie Bugnon explique l’effet coup de soleil. « La tomate est rouge et puis à un moment donné quand le soleil est tellement fort, elle fait des taches jaunes. Elle est invendable. » De plus, avec le manque d’eau, les plants vont avoir tendance à faire moins de tomates. Et même s’il y en a, ces dernières seront plus petites. C’est le même principe pour les pommes. L’arbre fruitier se met en survie et laisse tomber ses fruits en avance. À cela s’ajoute le manque de pollinisateurs. Moins il y a d’insectes, moins les plantes peuvent faire de fruits.
Sylvie Bugnon ne tire pas seulement du négatif. Dans ces cultures, certains produits sont toujours présents. C’est notamment le cas des courgettes et des courges. « Ça a un mois d’avance », précise-t-elle.
Des conséquences dans six mois
Pour certains produits, cette situation a déjà des conséquences sur leur prix. Sylvie Bugnon a notamment observé ce cas sur les salades. Mais elle met en garde sur les conséquences les prochains mois. « Au début de l’automne, il y aura des stocks dans les frigos et puis petit à petit les stocks vont s’écouler. » Les produits consommés aujourd’hui ont été plantés il y a six mois environ. Ainsi, les produits qui sont censés être plantés aujourd’hui devraient être vendus dans six mois. Mais à cause des chaleurs, ce processus est compromis.
Un problème notamment présent pour les poireaux, choux, brocolis… Les cultures de ces derniers préfèrent le froid et la pluie. « On peut planter si ça n’a pas marché la première fois. Mais le problème c’est quand on retente quatre fois mais qu’il n’y a pas d’eau. »
Pour s’adapter à ces nouvelles conditions, Sylvie Bugnon a diversifié ses activités. « Je fais des accompagnements d’animations pédagogiques. On fait du fruit et du légume en petite quantité et on fait aussi la transformation. »
Une météo en à-coups
« J’aimerais parfois revenir à ma jeunesse où ma grand-mère faisait son jardin. » Même si à l’époque, il y avait déjà des années plus compliquées que les autres, il y avait moins d’à-coups météorologiques. « Il faut que l’on change nos pratiques culturelles et que l’on revienne à des variétés comme dans le temps qui n’avaient pas besoin de beaucoup d’eau », explique la maraîchère. « Ce que j’aimerais c’est que les gens comprennent et qu’on doit surtout respecter notre milieu naturel », assure Sylvie Bugnon.

