(AFP)
Le soir du 8 mars 2020, les membres du « clan Mordjane » pensent que « les Parisiens » affiliés au clan adverse, qui leur ont tiré dessus quelques jours plus tôt, sont dans le quartier Planoise à Besançon au volant d’une Renault Mégane. Des hommes, dont au moins un est armé, partent à leur recherche en voiture et croisent une Mégane qui a le malheur de correspondre au véhicule de la « cible ». Ils poursuivent la voiture, qui est en réalité conduite par Houcine Hakkar, un mécanicien de 23 ans, totalement étranger au trafic de stupéfiants. Le tireur « rafale » une trentaine de projectiles sur le véhicule, qui finit sa course sur un terre-plein. Il se porte ensuite à la hauteur du conducteur et l’achève d’une balle dans la tête. Le passager, blessé par deux balles, réussit à s’enfuir.
Le quartier sensible de Planoise, où vivent 20 000 habitants dans l’ouest de Besançon, était alors en proie à une guerre sans merci que se livraient deux clans pour le contrôle des points de deal. Entre décembre 2019 et mars 2020, une dizaine de personnes, âgées de 13 à 31 ans, y ont été blessées par balles, selon le parquet de Besançon, ville devenue lieu de transit privilégié des trafiquants en raison de sa proximité avec la Suisse et l’Allemagne.
Un système mafieux
A l’époque, les malfaiteurs bisontins, comme de nombreux groupes criminels français et européens, échangent librement via la messagerie téléphonique cryptée Sky ECC, se croyant à l’abri des écoutes policières, alors qu’une enquête a été ouverte dès 2019. Le déchiffrement de leurs conversations permet d’identifier Elias Basbas comme le tireur et Melk Ghezali comme le conducteur de la voiture qui a poursuivi les victimes. Dans leurs échanges, les accusés se vantent du meurtre, sans aucun remords de s’être trompés de cible. Ils sont interpellés en 2021, mais un troisième suspect, Mohamed Mordjane, un « parrain » bisontin, a pris la fuite vers le continent africain avant d’être arrêté. En 2024, les trois hommes, déjà condamnés à de multiples reprises pour trafic de stupéfiants, violences et association de malfaiteurs, sont jugés par la cour d’assises du Doubs sous forte présence policière. La cour condamne Elias Basbas à trente ans de prison, tout comme Mohamed Mordjane – jugé en son absence – et Melk Ghezali à 25 ans. Ce dernier, aujourd’hui âgé de 32 ans, est le seul à avoir brisé l’omerta qui règne dans ce système mafieux, en admettant avoir conduit la voiture suiveuse. Ses avocats ont évoqué de multiples menaces de mort, contre lui et ses proches.
Appel d’un des accusés et du parquet
Mohamed Mordjane, 32 ans, toujours en cavale, s’est contenté d’écrire une lettre au juge d’instruction, dans laquelle il réfute les accusations portées à son encontre. Elias Basbas, 25 ans, n’a eu de cesse de nier toute implication, malgré de lourdes charges. C’est lui qui a fait appel du verdict des assises du Doubs. A sa suite, le parquet général a également interjeté appel, cette fois pour l’ensemble des condamnations, entraînant un nouveau procès de plus d’une semaine à Dijon, où le verdict est attendu le mardi 2 décembre. « On attend que Basbas avoue », déclare auprès de l’AFP Myriam Kabbouri, avocate des frères et sœurs de la victime. « Va-t-il persister dans sa dénégation complète et rester de marbre ? », ajoute Me Kabbouri. « C’est très douloureux pour la famille ». Lors du procès l’an dernier, les proches avaient déjà dû écouter, le sang glacé, les six minutes interminables de l’enregistrement de l’appel au secours du passager de la Renault Mégane prise en chasse. « Ils nous tirent dessus, je vais mourir, s’il vous plaît monsieur… », avait-il imploré. On entend alors des pneus crisser et des coups de feu retentir. Puis plus rien.
