Le Trois –

À Belfort, une journée d’hommage où s’entremêlent chagrin et inquiétudes

Des hommages ont été organisés dans Belfort ce lundi 16 octobre, comme à 18h, place Corbis. | ©Le Trois - EC
Reportage
Après l’assassinat du professeur Dominique Bernard, tué vendredi dans un attentat à Arras et trois ans après le décès de Samuel Paty, ce lundi a été particulièrement solennel dans tous les établissements scolaires. À Belfort, minute de silence, temps d’échanges et rassemblement ont été organisé.

Il est 14 h, au lycée Follereau à Belfort, ce lundi 16 octobre. Les élèves sont rentrés dans les classes pour un temps d’hommage, après l’assassinat de Dominique Bernard, enseignant, visé par une attaque terroriste à Arras vendredi 13 octobre. Certains d’entre eux sont rassemblés dans une grande salle, avec leurs professeurs. Il est 14h05 lorsque le proviseur de l’établissement, Stéphane Arru, prends le micro et lit le discours qu’il a consciencieusement préparé. Il le rappelle : « Samuel Paty, Dominique Bernard, ont été assassinés lors d’une attaque terroriste. Ils ont été assassinés à cause de ce qu’ils représentaient : la République. » Et ajoute « qu’il n’était pas possible de laisser à la mort le dernier mot » et qu’il faut « prendre de la distance avec ce que la rage au ventre pourrait dicter ».

Il se dirige vers la salle bondée. Une minute de silence démarre. Sur une estrade se tient le proviseur, accompagné de Raphaël Sodini, préfet, Florian Chauche, député de la 2de circonscription du Territoire de Belfort, Christophe Grudler, député européen, Marie-Hélène Ivol, élue à la ville chargée de l’éducation ou encore Mariane Tanzi, directrice académique des services de l’éducation nationale du Territoire de Belfort. Un temps d’échanges se lance. 

Très vite, les questions des jeunes fusent. Ils pointent avec  force, colère parfois, les raisons de leurs angoisses. « Est-ce que le plan Vigipirate va durer seulement quelques jours ? » « Comment protégez-vous les professeurs ? » « Comment être sûr que tout va bien se passer alors que l’on peut facilement rentrer avec un couteau ou une arme à feu dans l’établissement ? » « Peut-on protéger nous-mêmes les élèves et les professeurs ? » Le proviseur rappelle que l’établissement fait le nécessaire pour sécuriser l’accueil de l’établissement. La directrice académique et le préfet rappellent qu’ils sont là pour soutenir les professeurs, que la sécurité est en train d’être renforcée aux abords des établissements. Les deux protagonistes expliquent aux élèves de ne pas intervenir eux-mêmes pour protéger les professeurs ou d’autres lycéens, mais de prévenir dès que quelque chose les inquiète. Les réponses apportées ne semblent pas rassurer tout à fait. Les lycéens font la moue. Les professeurs, eux, ont les traits tirés. L’un d’eux souffle, s’agace de certaines réponses « qui ne parlent pas aux jeunes ». Quarante minutes après le début de la séquence, l’échange est clos, laissant les dernières questions en suspens. Les enseignants y répondront en classe. 

Être mieux protégé

Plus tard, à 18h, une centaine de personnes se rassemble place Corbis, pour un autre temps d’hommage. « Aujourd’hui encore, en France, en 2023, trois ans presque jour pour jour après l’assassinat de Samuel Paty, un professeur peut être assassiné pour ce qu’il est et ce qu’il fait », se désole le syndicat FSU. Le souhait de la communauté éducative, ce lundi 16 octobre, est d’être mieux soutenu. Mais l’heure n’est pas au discours politique. L’heure est au recueillement, à l’hommage. Au sol, les prénoms des deux professeurs assassinés sont inscrits sur une grande feuille retenue par des bougies, alors que le vent se fait de plus en plus frais en ce début de soirée. Les yeux rougis, les traits tirés, les personnes présentes écoutent religieusement les discours qui s’enchaînent, des syndicats, de la fédération des conseils de parents d’élèves, avant une minute de silence. Les passants s’arrêtent.

Posés sur un petit rebord, deux cahiers sont à disposition de tous. Des livres de paroles qui seront ensuite transmis à la communauté éducative d’Arras. « Nous ne voulons pas mourir en héros, nous voulons être protégés, nous sentir protégés », témoigne lors du discours une professeure. Nous attendons des réponses du gouvernement », témoigne un autre.

Mais aujourd’hui, malgré ces inquiétudes, les enseignants se sont surtout focalisés sur leurs élèves. « Au lycée Courbet, les élèves se sont identifiés à ceux d’Arras. Nous avons construit ensemble un mur des expressions. Ils sont inquiets », raconte Benoit Guyon, professeur de sciences économiques et sociales et représentant syndical SNES-FSU. Elvire Celma, professeure d’espagnol au lycée Follereau et secrétaire départementale du syndicat FSU raconte elle aussi : « Nous avons eu deux heures pour nous préparer à ce qu’on allait dire. Ce n’est pas simple. C’était déjà mieux qu’il y a trois ans, à la mort de Samuel Paty, où nous nous étions sentis très seuls mais les échanges restent difficiles. Il faut rester dans notre rôle et à la fois être là pour les élèves. Recentrer le débat sur ce qui unit et ce qui peut diviser », raconte-t-elle. Cela s’est bien déroulé. Idem pour le professeur Fred Beau, enseignant au lycée Follereau. « Il est toujours difficile de bien faire dans ces moments-là. Malgré ce qu’on peut tous penser, nous avons un devoir de réserve et devons mener des débats sereins. Les professeurs ont parfois été à deux dans les classes pour parler aux élèves pour se soutenir mutuellement face à l’émotion.  Le sujet a été très pesant. Pour nous, comme pour les élèves. » Les visages sont fatigués. Bientôt, ce sera les vacances scolaires. « Elles arrivent au bon moment. Tout le monde a besoin de souffler », pense-t-il. 

Faire "face à l’obscurantisme"

« C’est avec force et détermination que nous condamnons ces actes barbares commis sous l’autel de l’obscurantisme », dénonce, dans un communiqué, le conseil départemental du culte musulman du Doubs, à la suite des évènements dramatiques d’Arras, survenus vendredi 13 octobre. « Aucune morale, ni aucune religion ne saurait cautionner un crime aussi odieux », ajoute le document. L’instance cultuelle rappelle l’importance de chacun dans l’éducation de la jeunesse, pour que cela ne se reproduise pas, rappelant l’assassinat, en 2020, de Samuel Paty. Elle redoute aussi les « amalgames » et les risque de « représailles ». « Tous les citoyens de confession musulmane que nous sommes et toutes les associations musulmanes que nous représentons, s’opposent fermement à ce que leur religion soit dévoyée et utilisée comme prétexte à cette ignominie », insiste également l’instance cultuelle. De poursuivre : « Des terroristes ont souillé notre foi mais nous ne les laisserons pas diviser notre Nation. »

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