Les attentes des Français à l’égard de leur prochain maire portent sur les services de proximité, la sécurité et la tranquillité, la préservation de l’environnement, la baisse des impôts, la revitalisation du centre-ville ou du centre-bourg, attirer des entreprises et lutter contre le chômage, favoriser la mobilité, développer l’activité culturelle et sportive, développer les services pour les personnes âgées. Cette énumération reprend un classement des propositions faites dans le cadre d’un sondage d’Ipsos-BVA pour Sciences Po Cevipof, la Fondation Jean-Jaurès et Le Monde, publié dans le quotidien le 8 mars 2026.
La plupart de ces attentes correspondent bien aux domaines d’intervention attribués par la loi aux maires et aux conseil municipaux, mais certaines relèvent des compétences attribuées à d’autres collectivités.
« Le fait majoritaire » dans les grandes communes, le consensus dans les petites
« Un maire ne peut pas tout », résume Carole Chevilley-Hiver, maître de conférences en droit public à l’université Marie-et Louis-Pasteur, à Besançon. D’abord, il faut distinguer le maire et le conseil municipal, ainsi que la situation dans les grandes et les petites communes. Dimanche, nous allons élire, non pas un maire, mais un conseil municipal, qui désignera ensuite en son sein le maire et les adjoints. Même si, dans la plupart des cas, la tête de liste est le candidat à la fonction de maire.
Dans les grandes communes, le système électoral donne automatiquement la majorité municipale à la liste arrivée en tête. Un gage d’efficacité, mais assorti du risque de voir le conseil municipal se transformer en « chambre d’enregistrement », même si les opposants se privent rarement de faire usage de leur temps de parole : en fin de compte, l’adoption des propositions faites par le maire et ses adjoints est garantie. C’est ce qu’on appelle « le fait majoritaire ».
Ce « fait majoritaire » existe moins dans les petites communes où « les clivages politiques sont moins marqués » et où « des consensus sont à trouver », souligne Carole Chevilley-Hiver. Le débat au sein du conseil dépend aussi du niveau des élus et de leurs compétences techniques : « Les élus suivent souvent le maire et lui font confiance. Mais cela peut dépendre de la capacité du maire à débattre, de sa personnalité. »
La montée en puissance des intercommunalités
Les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), comme les communautés de communes et les communautés d’agglomération, ont également modifié les compétences attribuées aux maires. Et pas toujours de façon lisible pour les citoyens. « La plupart des compétences des conseils municipaux ont été transférés aux EPCI à fiscalité propre », décrit Carole Chevilley-Hiver. Et plus ces EPCI sont de taille importante, plus nombreuses sont les compétences transférées des maires vers ces EPCI. Ainsi, les lois de 2004 et 2010 ont transféré de plein droit aux communautés de communes ou d’agglomération la gestion des déchets ménagers, de l’assainissement, de la lutte contre les incendies, énumère la maîtresse de conférences.
De même, les communes ont la possibilité de transférer librement certaines de leurs compétences aux EPCI : ils ont des compétences obligatoires et d’autres facultatives. Ce qui donne parfois des situations peu lisibles pour les citoyens : deux EPCI géographiquement voisins peuvent avoir des compétences différentes. Situations encore moins lisibles que les représentants des communes au sein des EPCI ne sont pas désignés par une élection spécifique. Si dans les grandes communes les candidats appelés à siéger à la communauté d’agglomération sont spécifiés sur les listes des municipales, il n’est pas sûr que cela soit compréhensible pour l’électeur. Mais « cela a atténué le déficit de démocratie depuis 2014 », concède Carole Chevilley-Hiver.
Dans les petites communes, les maires représentent leur commune dans la structure intercommunale, mais comme celles-ci ont eu tendance à se regrouper et fusionner, « ils se sentent souvent noyés dans la masse ».
L’absence d’élection spécifique entraine « une confusion des enjeux » : « Il est difficile de savoir qui va représenter la commune ». Et encore plus de savoir quel seront les projets portés par l’intercommunalité « Les électeurs n’ont encore qu’un contrôle limité. L’EPCI n’existe pas encore en tant que tel dans l’esprit des électeurs », constate Carole Chevilley-Hiver.
L’économie et la sécurité ? A la Région et à l’Etat
Si des compétences échappent au maire par transferts vers les communautés d’agglomération, certaines ne leur sont tout simplement pas attribuées par la loi. A commencer par l’économie et l’emploi. « La Région et les EPCI sont le couple de collectivités qui se détache sur le développement économique », rappelle Carole Chevilley-Hiver. « Il n’y a pas de politique économique possible au niveau de la commune », explique-t-elle.
La sécurité relève des fonctions régaliennes de l’État. « On a souvent de fausses idées : on attribue à la commune des compétences en matière d’agressions, de harcèlement », constate Carole Chevilley-Hiver. Reste aux maires « des initiatives ponctuelles : les caméras de surveillance, les polices municipales. »
Les maires ont aussi un rôle dans « la police administrative : la circulation, les rassemblements, les nuisances », pour lesquels ils peuvent prendre des arrêtés. Certains maires ont pris des arrêtés antimendicité ou pour mettre en place des couvre-feux pour les mineurs. « Mais ce sont des initiatives plus ou moins légales pour lesquelles les juridictions administratives sont assez réticentes », relève Carole Chevilley-Hiver.
Petit inventaire des compétences des communes et des intercommunalités
Le site emploi-collectivités.fr a listé les compétences des collectivités. Voici ce qu’il indique pour les communes et/ou les intercommunalités.
Action sociale
– Action sociale facultative (centres communaux d’action sociales – CCAS)
– Gestion de crèches, haltes garderies
– Foyers de personnes âgées (Résidence de personnes âgées -RPA)
Formation – enseignement
– Construction et entretien des écoles maternelles et primaires
– Gestion des agents techniques, ouvriers et de services des écoles
Culture – vie associative – jeunesse – sports et loisirs
– Création et gestion de bibliothèques communales
– Gestion des musées
– Subventions sportives
– Aménagement touristiques
– Ecoles de musique
– Salles de spectacles
– Manifestations culturelles
– Gestion d’équipements sportifs et de loisirs
– Gestion des centres de loisirs
Aménagement du territoire – infrastructures et transports
– Equipement rural
– Remembrement
– Aménagement foncier
– Gestion de l’eau et de la voirie rurale
– Ports maritimes de pêche et de commerce
– Transports urbains et scolaires
– Voirie communale
– Elaboration des documents règlementaires d’urbanisme (Plans locaux d’urbanisme-PLU, Zones d’aménagements concertées – ZAC)
– Traitement des permis de construire et des autorisations de travaux
Environnement
– Collecte et traitement des déchets ménagers
– Distribution de l’eau potable
– Gestion des eaux usées et pluviales
– Distribution de l’énergie
Grands équipements
– Développement et gestion de ports de plaisance
Logement et habitat
– Financement du logement et de l’habitat
– Mise en œuvre du Plan local de l’Habitat – PLH
Vie économique
– Aides indirectes au développement économique
Sécurité
– Circulation et stationnement
– Prévention de la délinquance
– Police municipale
Compétences régaliennes (au nom de l’Etat)
– Etat-Civil
– Organisations des élections
« Cette liste de compétences n’est pas exhaustive, précise le site, puisque la clause générale de compétences autorise des initiatives locales comme par exemple la reprise d’un commerce local dans une commune, l’aide à l’implantation d’un cabinet médical etc…. Par ailleurs, des réformes sur la répartition des compétences sont envisagées et force est de constater qu’elles font débat dans l’opinion publique comme parmi les responsables locaux et les représentants de l’Etat. »
