« Il y a plus de deux heures d’attente. » L’agent de sécurité du tribunal judiciaire de Belfort annonce la couleur. À l’annexe du tribunal, sise 7, rue Metz-Juteau, l’affluence est forte. En ce milieu d’après-midi, on compte une bonne vingtaine de personnes qui patiente dans la salle d’audience pour obtenir un jugement contestant leur radiation des listes électorales, alors que les bureaux de vote des élections municipales ferment à 18 h (suivez ici notre direct). Leur dossier est en cours d’instruction, par la seule juge présente ce jour.
« En allant voter ce matin, on m’a dit que j’ai été radiée », confie Rachida, une Belfortaine, dans cette galère depuis la mi-journée. Elle habitait dans une tour de la rue de Budapest, détruite il y a trois ans. Mais elle vit toujours à Belfort. « J’ai voté aux législatives en 2024, mais je n’y habitais déjà plus », confie-t-elle. Alors pourquoi cela pose problème à présent se questionne-t-elle. Et si un courrier de radiation a été envoyé à l’ancienne adresse, elle remarque que celle-ci n’existe plus. Après avoir découvert sa radiation, elle a été à la mairie pour récupérer les documents nécessaires à la contestation de cette décision, puis direction le tribunal pour obtenir un jugement la cassant. Si elle l’obtient, elle devra retourner à la mairie pour le faire savoir, puis aller voter. Tout cela avant 18 h. « On n’est pas sorti de l’auberge », confie-t-elle. Mais elle ne lâche pas l’affaire. « Je vote », assure Rachida, qui s’étonne de la démarche et se demande si ce volume de radiations n’est pas volontaire.
Affluence inhabituelle et chargée
Selma aussi a découvert sa radiation en allant au bureau de vote. Elle patiente au tribunal depuis une heure trente. Elle est tout aussi étonnée de cette radiation, alors qu’elle a déménagé dans la commune. Cela n’avait pas posé de problème à ses proches, auparavant. À présent, si. Mais elle ne lâche pas l’affaire non plus. « C’est important. J’ai toujours voté, confie-t-elle. C’est hors de question de ne pas voter aujourd’hui. » Dans la salle d’audience, les témoignages se ressemblent. Et la colère est palpable.
Cette affluence n’est pas « habituelle », convient la juge Camille Zimmer, de permanence ce jour. Elle est en poste à Belfort depuis septembre 2024. « C’est chargé », ajoute-t-elle. Elle assure aux personnes qui sont venues jusqu’au tribunal – combien ont jeté l’éponge avant ? – de faire son maximum pour rendre un jugement avant 18 h. Et combien ont fait l’effort de venir en centre-ville, même s’il fallait prendre un bus ?
Certains citoyens ne reçoivent pas un jugement favorable. La procédure a été respectée par la mairie indique la juge. C’était au citoyen de faire la démarche pour notifier un changement d’adresse. D’autres sont, par contre, réinscrits sur décision de la juge. « Je n’ai pas la preuve que la mairie ait fait un envoi préalable de radiation », indique ainsi la juge Camille Zimmer, à un citoyen, debout, à la barre. Avec son jugement, il file à la mairie pour valider sa réinscription. Il pourra ensuite voter.
Selon les deux dernières commissions de contrôle des listes électorales dont les compte-rendus ont été consultés par Le Trois (décembre 2025 et février 2026), ce sont 1 452 personnes qui ont été radiées par la mairie, selon une procédure encadrée. On compte près de 24 000 électeurs à Belfort. Il sera possible de contester sa radiation dans l’entre-deux tour, pour voter le 22 mars, en cas de second tour.
