Derrière le bureau, des dossiers s’empilent sur une commode. Sur la droite, une armoire croule elle aussi sous les classeurs. Cette accumulation témoigne des 49 ans de Daniel Granjon passés dans ce bureau en tant que maire de Mathay. Avec huit mandats consécutifs, il est considéré comme le maire du Pays de Montbéliard avec le plus d’expérience. Pourtant, il l’a annoncé début 2025, il ne briguera pas un autre mandat (lire notre article). « Il y a un moment, on peut pas non plus faire ça sans arrêt », explique Daniel Granjon.
Il l’assure, être maire, il l’a fait avec passion. « Je dirais que je l’ai toujours fait avec beaucoup de patience parce que pour être honnête, ce n’est pas tous les jours rose », développe le maire. Pourtant, de ses presque 50 ans à la tête de la mairie, Daniel Granjon en tire du positif.
Les premiers mandats, la découverte de la fonction
Alors qu’il est bientôt l’heure pour lui de plier bagages, Daniel Granjon, 79 ans, se plonge dans les souvenirs de ses premiers mandats. « J’ai un ami qui est venu me rechercher à la maison, il m’a demandé si je voulais être maire, j’ai répondu oui comme pour une balade du dimanche », se remémore-t-il. À 30 ans, alors responsable au sein de PPG à Mulhouse, il ne connaît rien au rôle d’édile mais accepte la mission. « Je travaillais à Mulhouse et il fallait revenir à Mathay pour faire des réunions, puis repartir ». Daniel Granjon est un enfant du pays, ces grands-parents et parents sont originaires de Mathay. Il part pourtant s’installer à Grenoble un certain temps après avoir passé un DUT de chimie à Besançon. Il revient à Mathay avec un poste dans la société Parker Us, dans le traitement des surfaces.
En 1983, Daniel Granjon est réélu à la mairie. Il a encore en mémoire l’angoisse du dépouillement. Les noms de l’opposant sortaient de plus en plus : « Elle prenait de l’avance mais finalement la tendance a tourné ». S’ensuivent six autres mandats. En 1977, il commence avec une secrétaire et un employé communal armé d’une brouette et d’une pelle. Mais petit à petit, l’équipe s’étoffe jusqu’à attendre une quinzaine de salariés aujourd’hui.
49 ans en tant que maire, 49 ans de projets
« Le travail, je dirais qu’en 50 ans, on a le temps d’en faire et on en a fait », souligne Daniel Granjon. Deux projets l’ont particulièrement marqué. Dans les années 90, la zone socio-sportive de la ville voit le jour. « On a mis en place une série d’équipements : une salle polyvalente, deux terrains de foot, des vestiaires, deux terrains de tennis, un skatepark », liste l’édile. A suivi la création du lotissement voisin au complexe. « Une soixantaine de maisons ont été construites. On a vraiment apporté de la population. »
Des changements qui sont corrélés avec l’augmentation de la population. En 1975, Mathay comptait 1 480 habitants, aujourd’hui, la ville en compte 2 178. D’ailleurs, en 50 ans, Daniel Granjon a vu passer beaucoup de jeunes mariées à la mairie. « Il y a un phénomène qui est assez plaisant, c’est de marier les parents puis de marier les enfants », sourit l’édile proche de la retraite.
De moins en moins d’aides pour les collectivités territoriales
Avec 49 ans d’expérience, Daniel Granjon examine le statut de maire avec recul. « Disons que c’était plus simple dans le temps », partage-t-il. Il prend l’exemple de la diminution de la dotation globale de fonctionnement. Il se souvient qu’en 2011, elle était de 236 000 euros mais aujourd’hui la ville perçoit 15 000 euros. « Sur toutes les années, on a perdu 2 millions d’euros », s’exaspère le maire. Même constat du côté de la rénovation des voiries et des bâtiments, les subventions diminuent ou sont plus complexes à percevoir.
Daniel Granjon prend son agenda posé sur son bureau, il vérifie la date précise : le 20 mars, il ne sera plus maire. Pourtant, il restera dans la sphère politique quelque temps. Il est, en parallèle de maire, vice-président en charge de l’eau, de l’assainissement, le Gemapi et des déchets à Pays de Montbéliard Agglomération (PMA) mais aussi vice-président du syndicat d’électricité du Doubs (SYDED). « En avril, il va y avoir l’élection au niveau de PMA. Les délégués vont être nommés dans les différentes commissions et ces délégués vont aller au SYDED. Ça va se faire en cascade », éclairci-t-il.
