120 milliards d’euros. C’est le coût annuel de la corruption en France, selon l’association Anticor, créée en 2002 ; elle lutte contre la corruption et pour l’éthique en politique. Cela correspond à plus de 4 % du PIB de la France et équivaut à près de 40 % de son budget.
Selon l’indice de corruption de l’ONG Transparency internationale, la France se classe même 27e (sur 182) avec un score de 68 ; 0 désigne un pays fortement corrompu et 100, un pays très peu corrompu. Le classement est dominé par le Danemark, avec 89 points, la Finlande, avec 88 points et Singapour, avec 84 points. La France arrive derrière les Barbades, identifié comme un paradis fiscal, ou encore les Émirats Arabes unis. Elle devance les États-Unis.
« Les atteintes à la probité (corruption, prise illégal d’intérêt, favoritisme…) sont en augmentation constante ces dernières années », déplore Philippe Briquet, co-référent, avec Frédéric Poifol, du groupe local Anticor 90, qui vient de se constituer (lire par ailleurs). Selon Anticor, ces atteintes ont même augmenté de 28 % entre 2016 et 2021.
Déjà une alerte adressée à la procureure de la République de Belfort
L’association est « transpartisane », soulignent les deux hommes et elle vise « à réhabiliter le sentiment de confiance entre les citoyens et les personnalités publiques ». Aujourd’hui, l’association compte déjà une trentaine d’adhérents et sept personnes sont déjà actives au quotidien. L’association n’avait plus de groupe local depuis une décennie.
Prochainement, les référents d’Anticor 90 vont solliciter des rencontres avec des élus pour leur présenter l’association, ainsi qu’avec la procureure de la République, la chambre régionale des comptes et le préfet, en charge du contrôle de légalité des délibérations des collectivités. « Ce sont les premiers remparts, observe l’association. Ce sont des acteurs importants de la lutte contre la corruption. On ne peut pas travailler sans eux. »
L’association va éplucher les marchés publics, les appels d’offre, les rapports de la chambre régionale des comptes, les sociétés d’économie mixte, le mécénat. « Nous savons où regarder », sourit Philippe Briquet, cadre territorial. Et s’il prenne connaissance d’un fait délictuel, le groupe le signalera au procureur de la République, en vertu de l’article 40 du code pénal. Le groupe a déjà fait un signalement au procureur, concernant une prise illégale d’intérêt ; le dossier a été transmis à la chambre régionale des comptes. En cas de besoin, l’association peut faire appel à l’échelon national pour appuyer un dossier et le porter. Et elle pourrait se porter partie civile dans une procédure judiciaire.
Anticor ne veut pas tomber dans le « Tous pourris ! »
« Ce ne sont pas les montants qui font les atteintes à la probité », insiste encore Philippe Briquet, pour ne pas laisser croire qu’une corruption est moins grave si elle peu élevée. Même une petite corruption est grave. « C’est une question d’éthique », complète Frédéric Poifol, retraité, ancien dirigeant d’une entreprise de marketing digital. Philippe Briquet de poursuivre encore : « Et ce n’est pas parce qu’il n’y pas d’enrichissement personnel, qu’il n’y a pas d’atteinte à la probité. » L’avantage d’avoir un groupe local, c’est que si l’on est témoin d’un délit, on peut le dénoncer tout en se préservant des risques d’omerta ou de représailles.
Les deux référents ne veulent pas non plus tomber dans la caricature du « Tous pourris ! » Ils veulent proposer des accompagnements aux élus, des sensibilisations aux atteintes à la probité. « Il y a une démarche de prévention », résume Philippe Briquet. Cette prévention passe déjà par une prise de conscience des conséquences de la corruption. « On dit que les caisses de l’État sont vides, mais de l’argent, il y en a », observe Philippe Briquet. Pourtant, les agences engagées dans la lutte contre la corruption ont peu de moyens déplore-t-il.
À l’échelle nationale, Anticor compte 10 415 adhérents et suit 168 procédures. Elle s’appuie 70 groupes locaux, mais il n’y en a pas dans le Doubs, ni en Haute-Saône.
- L’adresse mail sécurisée, pour contacter Anticor : gl90@gl-anticor.org
Anticor a retrouvé son agrément
Le 26 décembre 2023, le ministère de l’Intérieur refuse de renouveler l’agrément de l’association Anticor, qui lui permet de se porter partie civile dans les procédures judiciaires ; à l’époque, c’était Gérard Darmanin qui était le locataire de la place Beauvau. Cette décision, liée à un problème de rédaction de la demande de renouvellement, empêche Anticor de mener sa mission et lui retire un atout de taille. « Au plus haut sommet de l’État, Anticor dérange », convient Philippe Briquet. L’association engage une procédure judiciaire, qui aboutit en septembre 2025. « Après 440 jours d’atermoiement, le Premier ministre a été sommé de renouveler l’agrément. La justice nous a donné raison », indique Frédéric Poifol.

