Lors du conseil communautaire de septembre, Pays de Montbéliard Agglomération (PMA) a annoncé de nouvelles aides financières pour les praticiens et étudiants en médecine. Dans la liste : une chirurgienne-dentiste, trois médecins généralistes subventionnés de 10 000 euros chacun. Il y a aussi trois étudiants en médecine générale, qui seront aidés à hauteur de 500 euros par mois durant deux ans (lire notre article).
Un projet de cabinet dentaire à Audincourt complète le tout. PMA soutient 10% des investissements prévus, soit plus de 31 000 euros. À première vue, cela semble une bonne nouvelle pour lutter contre la désertification médicale. Mais, est-ce que ces aides sont réellement utiles ? Cela a été tout l’enjeu des débats du conseil communautaire.
De mauvaises expériences
Le maire de Vieux-Charmont, Damien Guillaume, est le premier à émettre des doutes : « Est-ce que le pacte de non agression existe toujours ? » Le praticien souhaitant ouvrir un cabinet dentaire à Audincourt est actuellement installé à Vieux-Charmont. « Il avait bénéficié d’un soutien pour l’acquisition d’un terrain (celui d’Audincourt, NDLR) qui appartenait à l’agglomération », met en lumière Damien Guillaume. Il souligne que son départ va à la fois avoir des conséquences négatives sur la patientèle, mais aussi sur la vie de la commune. « Avec ce genre de politique des maisons de santé, on dénature et on supprime l’accès à la santé dans les villages. »
Pierre-Aimée Girardot, président de l’agglomération, assure que la charte de non agression est bien en vigueur et a été signée par toutes les communes sauf une. « Le praticien s’installe auprès d’un docteur qui va bientôt partir en retraite et donc le remplacer. Il aura aussi la possibilité d’accueillir un praticien supplémentaire », justifie le président. Pour éviter ce genre de situation, la question de vérifier l’antécédent des aides qu’un praticien a déjà reçu a été soulevée.
Des praticiens qui partent après les cinq années obligatoires
Serge Delfils, maire de Blamont, partage lui-aussi une mauvaise expérience de ses aides financières. Un praticien avait également été soutenu par PMA pour s’installer dans sa commune. Aujourd’hui, c’est la douche froide pour le maire : le praticien vient de lui annoncer son départ. « Il arrive à la fin de ces cinq années d’installation et il s’en va. Fin d’années, nous avons plus personnes »
Isabelle Griffond-Boitier, maire de Dasle et conseillère déléguée à l’offre des soins, rejoint le maire de Blamont. Elle a vécu la même situation. « C’est un bon système, mais qui reste temporaire. » Le président de l’agglomération en est conscient, les praticiens sont nombreux à prendre les aides, faire leurs années et repartir. « Il demande aussi un local pour que ça ne leur coûte pas cher. »
Salarier des médecins
« Le travail qui avait été fait avec Renaud Fouché était assez remarquable qui avait été signalé par l’ARS », signale Martial Bourquin, maire d’Audincourt. Renaud Fouché est l’ancien vice-président de PMA chargé de la politique de santé. Il a dirigé, à partir de 2020, un groupe de travail pour lutter contre la désertification médicale. Dans ses travaux, on retrouve les fameuses aides financières. En cinq ans, 37 implantations de praticiens ont été observées.
Martial Bourquin serait d’avis d’accentuer les aides. Pour une raison bien précise : « Si on arrête ses aides, on risque d’avoir à côté de nous, des agglomérations qui elles feront des aides et nous gêneront. » Mais Pierre-Aimée Girardot le rassure : pas question de mettre fin à cette opération. Des modifications au niveau du règlement pourront être apportées après étude. Le président évoque aussi une autre possibilité, salarié directement les médecins.