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Les rivières de Franche-Comté sont aussi à l’agonie

Les faibles précipitations entraînent une baisse des débits des rivières. On évoque une sécheresse printanière.
Le débit des cours d'eau comtois est vraiment très faible dans certains secteurs alertent État, associations et pêcheurs.

Préfectures, associations de défense de l’environnement et fédérations de pêche s’accordent pour tirer la sonnette d’alarme. Avec plus de quarante jours sans pluie, l’état de sécheresse des eaux et rivières de la région augmente.

Manon Hilaire

Préfectures, associations de défense de l’environnement et fédérations de pêche s’accordent pour tirer la sonnette d’alarme. Avec plus de quarante jours sans pluie (ou très peu !), l’état de sécheresse des eaux et rivières de la région augmente. Certains alertent également sur la pollution chronique des rivières. Décryptage d’une situation en passe de devenir dramatique.  

« S’il ne pleut pas, la situation risque de devenir critique », interpelle Gérard Mougin, le président de la fédération de pêche et de protection des milieux aquatiques du Doubs. Les jours défilent depuis plus d’un mois et demi et toujours aucune goutte de pluie. Ou si peu. Une situation d’autant plus inquiétante que nous sommes seulement au mois d’avril. « En 2003, il y avait déjà eu une sécheresse printanière », rappelle-t-il en référence à la canicule de 2003, qui avait couté la vie à près de 20 000 personnes.

Du côté des services de l’État, le constat est le même, les débits sont trop faibles pour la saison et correspondent à des « valeurs “normales” des mois de juillet ou août alors que nous ne sommes que fin avril ». « Depuis mi-avril, les niveaux des rivières de l’Allan (et du plateau calcaire du Jura) ont franchi les niveaux d’alerte traduisant un état de sécheresse printanière », décrypte Odile Roque-Bedaux, responsable du pôle communication à la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). De même qu’en juillet 2018, une partie du Doubs est à nouveau à sec.

Débits trop bas dans plusieurs zones

Les services des préfectures « attendent la confirmation de la sécheresse avant de prendre les premières mesures de restriction d’usage de l’eau », précise Odile Roque-Bedaux. Malgré le fait que « les débits de la Savoureuse à Belfort sont par exemple aussi bas qu’en avril 2014 », « la vigilance reste de mise puisque les années 2018 et 2019 ont connu des sécheresses estivales alors que le printemps avait été plus pluvieux… » Selon les prédictions de la Dreal, « si la sécheresse 2020 débute bien en ce moment, alors cela pourra être pire que les sécheresses d’été de 2003 et 2011 ».

L’administration a pu relever des débits trop bas dans des cours d’eau de nombreuses communes de la région. Citons la Saône à Cendrecourt (Haute-Saône), le Rahin à Plancher-Bas (Haute-Saône), l’Ognon à Rougemont (Doubs) ou encore la Semouse à Saint-Loup-sur-Semouse (Haute-Saône). Tous ces cours d’eau sont touchés par une baisse du niveau de l’eau. Pis, selon le baromètre de l’observatoire du risque d’inondation, de la sécheresse et du Karst (ORISK), la Savoureuse atteindrait à peine les 0,07 m à Belfort (retrouvez en temps réel la situation des rivières ici).

Le niveau de la Savoureuse est extrêmement bas. On craint une sécheresse printanière (©Le Trois – Manon Hilaire).
Le niveau de la Savoureuse est extrêmement bas. On craint une sécheresse printanière (©Le Trois – Manon Hilaire).

Pollution chronique

Si l’on observe les bienfaits du confinement sur la qualité de l’air, la situation est toute autre pour les rivières. En plus d’être asséchées, les rivières et cours d’eau, moins surveillés (lire l’encadré plus bas), sont également pollués. Le constat sur place est simple : « Le débit très faible montre une pollution chronique des cours d’eau », regrette Gérard Mougin. Selon Odile Roque-Bedaux, il est pourtant « trop tôt pour pouvoir estimer » l’impact du manque d’eau sur sa qualité.

« On a tout intérêt à polluer le moins possible, car nous buvons l’eau de nos rivières »
Manon Silvant
Bénévole à SOS Loue et rivières comtoises

Du côté des associations, c’est un autre son de cloche. Manon Silvant, chargée de mission à l’association SOS Loue et Rivières Comtoises, et bénévole depuis cinq ans, avertit que les « problématiques environnementales ne s’arrêtent pas avec le confinement, comme on peut l’entendre ». Et c’est même pire concernant la pollution de l’eau, car il n’y a « plus personne pour surveiller ». Les pêcheurs, eux aussi confinés, ne forment plus un maillage de sécurité.

La pollution dans l’eau n’est pas un phénomène nouveau en Franche-Comté. Depuis des dizaines d’années, on se rend compte de problèmes liés aux « entreprises au bord du Doubs qui rejettent leurs déchets », aux stations d’épurations plus aux normes ou encore aux agriculteurs qui déversent leur lisier dans les rivières. La bénévole ne veut surtout pas « généraliser ou faire de l’agribashing », mais souligne les conséquences dramatiques d’un surplus de lisier dans les rivières. Un excédent d’engrais « conduit à trop nourrir l’eau, entraînant alors le développement d’algues en quantité trop importante qui vont prendre l’oxygène nécessaire aux poissons », vulgarise Manon Silvant.

Les effets de la pandémie

La pandémie liée au nouveau coronavirus oblige à une hygiène stricte des habitants pour limiter la propagation. Cela signifie notamment une augmentation de l’usage de lingettes biodégradables. La bénévole de SOS Loue et Rivières comtoises regrette cette stratégie commerciale qui consiste à les qualifier de biodégradables. « Oui, elles le sont, mais dans combien de temps ? » s’agace-t-elle. Pour éviter qu’elles ne bouchent les stations d’épurations et finissent dans les cours d’eau, Manon Silvant n’a qu’un conseil : « Elles doivent être mises à la poubelle ! »

La pollution est bien présente, mais de manière « assez contrastée », constate, pour sa part, Odile Roque-Bedaux. « D’un point de vue global, le département [du Territoire de Belfort] est soumis à des pressions non négligeables pour ce qui concerne les nitrates et les pesticides, mais cette pression est localisée et ne concerne pas tout le département », indique la Dreal. Le niveau de pollution est donc « très variable en fonction des cours d’eau », tempère Odile Roque-Bedaux. Mais Manon Silvant de rappeler : « On a tout intérêt à polluer le moins possible, car nous buvons l’eau de nos rivières. »

Pour le mois de mars, « l’ensemble de la région [a bénéficié] d’un ensoleillement supérieur à la normale », certifie Météo France. Une situation météorologique qui a des conséquences notables sur le niveau des cours d’eau. La pluie de ces derniers jours est la bienvenue, mais suffira-t-elle à redresser la situation ? Sûrement pas. Et l’inquiétude est partagée par tous les acteurs.

Un dispositif de sentinelles

« Prêt.e à vous mouiller pour nos rivières ? Plongez ! » C’est le message du collectif SOS Loue et Rivières Comtoises. Un large appel pour devenir sentinelle des rivières de Franche-Comté a été lancé par l’association. La raison ? À cause du confinement, « nos rivières, nos cours d’eau se retrouvent sans aucune surveillance, incitant certains à enfreindre les règles de base en termes de protection de l’environnement », explique un communiqué de l’association. L’opération, qui a démarré le 6 avril, a d’ores et déjà rassemblé 14 sentinelles en moins de 48 heures, « couvrant un périmètre très large de Giromagny (90) à Saint-Claude (39) ». Avec un objectif de 50 sentinelles, le collectif souhaite « un meilleur suivi du territoire » et ainsi avoir « une surveillance d’une centaine de points sensibles dont toutes les sources des principaux cours d’eau ». Les sentinelles ont ainsi un rôle plus qu’essentiel. Elles signalent les pollutions visibles et réalisent le suivi d’un même lieu à l’aide de photos. Au moins deux fois par mois, les bénévoles prennent des photos d’un lieu similaire pour prouver la présence de pollution.   

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