Hugo Guéritaine
Il y a un besoin de clarification. Depuis le mois de juin, la communauté de communes des Vosges du Sud (CCVS) a annoncé vouloir acquérir et vider deux étangs, rue d’Éloie, à Étueffont. Si cette décision peut étonner, elle est clairement expliquée par la collectivité, par l’intermédiaire de son président, Jean-Luc Anderhueber.
Dans une volonté de développement économique, la collectivité veut étendre la zone d’activités de la Brasserie, à Lachapelle-sous-Rougemont, située à proximité immédiate de la R.D. 83, un axe très fréquenté. Sur les 10 ha disponibles dans la zone, 8,4 ha sont classés en « zones humides ». La CCVS a, par ailleurs, l’obligation de conserver le volume de zones humides dans son territoire. Trois solutions sont donc possibles : éviter de détruire la zone humide ; réduire la future zone d’activités ; ou bien compenser la destruction de la zone humide. C’est cette dernière option qui est privilégiée par Jean-Luc Anderhueber. « Éviter, on ne peut pas parce qu’on veut faire du développement économique. Réduire, c’est-à-dire passer de 10 ha à 2 ha de zone d’activités, ça n’a pas de sens. Donc, il nous faut compenser. »
Pour cela, une opportunité s’offre à la collectivité : acquérir deux étangs à Étueffont. L’objectif est d’en faire une zone humide. Ce terrain s’étend sur 8,5 ha, ce qui compenserait intégralement la zone détruite avec l’extension de la ZAC de la Brasserie. Pour créer cette zone humide, il faut vider intégralement ces deux étangs. Une décision plutôt incomprise par les habitants, selon le président de la communauté de communes. Il s’explique. « Un étang n’est pas une zone humide, remarque l’élu. Oui, un étang stocke de l’eau, mais on ne peut pas le remplir plus. Et l’eau se réchauffe, donc on envoie de l’eau chaude dans les ruisseaux, poursuit-il, avant de résumer : Le but d’une zone humide, c’est de faire éponge. Là ce n’est pas le cas. » La CCVS précise aussi que la digue des étangs est en mauvais état et que des ragondins y font des trous. Cette dégradation de la digue risque d’entraîner des inondations, menaçant la route et les habitations situées à proximité.
Entre 500 000 et 600 000 euros
« Ce qui est intéressant avec la morphologie d’un plan d’eau, c’est qu’il est plat. Pour faire de la zone humide, c’est intéressant. En plus, ces plans d’eau sont alimentés par des cours d’eau. L’intérêt de ce genre de site, c’est d’avoir une alimentation pérenne en eau, ce qui garantira le caractère humide », détaille Yann Flinker, chargé de mission Gemapi (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations, une compétence des intercommunalités) à la CCVS. La collectivité table sur un budget compris entre 500 et 600 000 euros. « L’achat des deux étangs pèse près de 200 000 euros. Une fois l’aménagement fait, il faudra laisser la nature reprendre ses droits tout en l’accompagnant. Mais il n’y aura pas de tontes, pas de labour, pas d’abattage d’arbres », indique Jean-Luc Anderhueber. Le projet de zone humide se ferait en plusieurs phases. L’objectif est aussi d’en faire un parcours pédagogique avec des panneaux de communication, notamment destiné aux écoles.
La CCVS compte faire avancer le projet de la ZAC de la Brasserie et de la création de la zone humide à Étueffont en même temps. « On ne met pas la charrue avant les bœufs, mais nous sommes obligés de développer les deux projets en parallèle. Nous avançons pas à pas », justifie le président de la communauté de communes. Lorsqu’une collectivité crée une zone humide, elle a l’obligation de l’entretenir durant au moins trente ans.
Qu’est ce que la Gemapi ?
La Gemapi (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) est un bloc de compétences confié aux établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), depuis le 1er janvier 2018. Elle vise à assurer quatre missions :
- l’aménagement d’un bassin ou d’une fraction de bassin hydrographique,
- l’entretien et l’aménagement d’un cours d’eau, canal, lac ou plan d’eau, y compris les accès à ce cours d’eau, à ce canal, à ce lac ou à ce plan d’eau,
- la défense contre les inondations et contre la mer,
- la protection et la restauration des sites, des écosystèmes aquatiques et des zones humides ainsi que des formations boisées riveraines.