Le Condorcet à résidence.- Les témoignages se poursuivent au lycée Condorcet de Belfort, pendant cette période de confinement. Même les anciens élèves, membres actifs du journal du lycée L’Illuminé, transmettent leur quotidien. C’est le cas de Hoshi, étudiante à Paris aujourd’hui. Elle pousse un coup de gueule. En mettant les formes…
Hoshi – texte et dessin
Le Condorcet à résidence.- Les témoignages se poursuivent au lycée Condorcet de Belfort, pendant cette période de confinement. Même les anciens élèves, membres actifs du journal du lycée L’Illuminé, transmettent leur quotidien. C’est le cas de Hoshi, étudiante à Paris aujourd’hui. Elle pousse un coup de gueule. En mettant les formes…
“Il fait beau, la banlieue parisienne sent les fleurs et la pizza et je suis un figurant de film catastrophe. Vous voyez ce personnage qui attrape la maladie pendant la scène d’exposition et qu’on ne voit plus du tout après ? Eh bien ça c’est moi, la mort hors-champ en moins, Internet en plus.
On cherche encore les héros dudit film, histoire qu’ils arrangent tout ça, de préférence avec un remède miracle qu’on va s’empresser d’administrer en dépit du protocole scientifique. Éventuellement on pourrait aussi trouver les méchants, ça serait pratique.
À la réflexion la vraie vie est un très mauvais blockbuster. Pourtant début mars, les journaux promettaient un marronnier divertissant mais oubliable, en attendant l’été. Une petite épidémie comme celles qui frappent à intervalles réguliers. Un drame lointain, observé bien à l’abri de nos sociétés occidentales. Puis on a fermé les cinémas et tout d’un coup on n’était plus spectateur mais acteur.
Et évidemment le résultat n’est pas brillant. Le choc est passé et chacun fait de son mieux, pourtant la pellicule de notre monde est, comment dire… bof.
Certes le postulat de base est excitant. Qui n’a jamais dit “à la place des personnages je ferais ça” ? Ça n’est pas tous les jours qu’on figure dans l’Histoire. Mais la réalité s’est montrée décevante : l’intrigue est difficile à suivre, les personnages-clé sont toujours aux fraises et on dirait que le réalisateur est bourré.
Une suite ?
Non mais sérieusement, qui irait manifester en cas de confinement général ? Soyons réalistes. Et on en parle de Trump ou Bolsonaro ? Je ne suis pas réfractaire aux running gags, mais là…
D’accord, les grandes scènes de solidarité, c’est émouvant. Les « sympathisations », la créativité, les initiatives aussi. Et en effet il y a une jolie morale sur la cohabitation, le rapport à la nature et le besoin des autres. Mais le message est dilué et brouillé, surtout avec la sous-intrigue des réseaux sociaux. À force de multiplier les points de vue, on a du mal à voir où tout ça est censé aller. De même pour la menace : doit-on craindre les chauves-souris, les cons, la bourse, les pangolins ou les coupes budgétaires d’un capitalisme étatique ? C’est brouillon, pour quelque chose qui a coûté autant. Dommage aussi qu’aucun complot mondial n’ait réussi à se mettre d’accord sur une version du scénario. Au moins ça aurait fait plaisir aux homéoplativax et autres science-sceptiques. Ils ont beau être des comics reliefs efficaces, ces derniers perdent vite de leur saveur à force de se répéter.
Dernier défaut et non des moindres : c’est terriblement long. Après un mois à tourner en rond dans deux pièces, entre des recherches sur la culture de l’ananas et le cours négatif du pétrole, on commence à questionner le sens de l’écoulement du temps. On croyait que ça durerait deux semaines, puis un mois et on y est encore. Zola en aurait été fier. Puis il aurait commencé à décrire ce bout de pain maison tout plat, qui a retardé son destin funeste grâce à une tentative de meurtre par étouffement. Les pénuries se sont lentement déplacées des pâtes à la levure. Des manques de matériel pour les soignants à… bah toujours des problèmes. Pour eux tout cela doit paraître terriblement plus long. J’espère qu’à la fin de la crise on ne se contentera pas d’applaudissements.
Car tout film a une fin, et tout le monde ressortira à tâtons de sa petite pièce sombre. Déçus, en colère peut-être. Heureux, sûrement. Décidés à oublier ce début d’année pourri. Et pourtant il y aura probablement une suite, Confinement livre 2 ou du moins Corona le retour. Parce que contrairement aux franchises de cinéma, les maladies reviennent même si elles font perdre de l’argent.”