Élégance et langage(s) [édito]

Avec 850 participants, le 6e TEDxBelfort de ce vendredi 8 novembre est un succès : la Maison du peuple (qui l’abritait pour la première fois) était remplie d’un public souriant et attentif. Parmi les douze intervenants, invités à partager leur expérience autour du thème du « langage des ID », j’avoue un coup de cœur. Un coup de cœur par définition sans objectivité et, pardonnez-moi, un tantinet corporatiste. Il s’agit en effet de la prestation de Muriel Gilbert, correctrice au Monde et chroniqueuse sur RTL.

En l’espace des quelques minutes qui lui étaient imparties, elle a fait partager son amour de la langue française et de son orthographe. Et même des incohérences de cette orthographe, qui l’amusent, dont elle joue et dont elle se joue. Ainsi, saviez-vous que si évènement s’est écrit pendant des années « événement », c’est que parce que l’imprimeur d’un dictionnaire ne disposait pas assez de caractères typographiques en plomb du « è » (e avec accent grave) et qu’il les a remplacés par les « é » (e avec accent aigu) qui lui restaient ? Aujourd’hui, les deux orthographes sont permises. Saviez-vous que « nénuphar » s’écrivait autrefois « nénufar », jusqu’à ce qu’un savant linguiste ne décrète qu’il devait s’écrire avec ph en raison de prétendues origines grecques, comme le mots « nymphe » ? Hélas ! Il se trompait… Nénuphar trouve plutôt ses origines en perse, avec nilufar. Là aussi, les deux orthographes sont désormais admises.

Muriel Gilbert s’amuse de ces confusions et de ces évolutions ; des règles et des exceptions de l’orthographe française (l’écriture de quatre-vingt, l’accord des adjectifs de couleur et autres difficultés). Elle s’amuse aussi des arbitrages différents faits entre le Petit Robert ou le Petit Larousse. Et invite chacun à se décomplexer face à l’orthographe, afin d’en faire un jeu pour améliorer son écriture en ouvrant dictionnaires (et le « s » est important) et grammaires et précis de la langue française. Que d’élégance dans cette démarche qui consiste à cacher son savoir derrière la modestie.

Élégance confirmée après l’entracte, alors qu’un soucis informatique retardait le lancement de la vidéo-souvenir consacrée à l’anniversaire de la chute du mur de Berlin. Muriel Gilbert a alors volé au secours de Christian Arbez, directeur de la CCI et organisateur du TEDxBelfort pour l’aider à meubler ce temps mort ; on appelle cela « les joies du direct ». Gentiment, elle est revenue sur scène avec quelques feuilles de papier. « Tu lis les caractères en gras, comme le fait le journaliste lors de mes chroniques, et je lis le reste. » Elle a ainsi relu une de ses chroniques, savamment et joliment écrite, transformant le « blanc » en nouvel instant de partage et de plaisir du langage et de la belle langue.

Une belle démonstration d’élégance. Merci Madame !

Défilement vers le haut