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Olivier Mousson : « Il faut planifier une stratégie industrielle »

Olivier Mousson, président de la société d'encouragement pour l'industrie nationale (©SEIN).
La société d’encouragement pour l’industrie nationale (SEIN) organise ce jeudi 20 octobre une matinée de réflexions autour de l’industrie et de l’énergie, à la CCI du Territoire de Belfort. Un temps d’échanges pour comprendre que l’industrie est indispensable au fonctionnement de nos sociétés. Entretien avec Olivier Mousson, président de cette association d’utilité publique.

« Ensemble, nous valorisons les innovations d’aujourd’hui qui changeront le monde de demain. » L’ambition est énorme. Le défi, gigantesque. L’industrie doit être au cœur de la stratégie de notre société pour accélérer la réponse à l’urgence climatique, résoudre les enjeux de l’emploi et assurer notre souveraineté stratégique. C’est le message porté par la société d’encouragement à l’industrie nationale (SEIN), association d’utilité publique créée en 1801 à l’époque du Consulat et de la Première révolution industrielle, alors que l’Angleterre avait déjà une longueur d’avance. Et c’est une idée qu’elle porte haut aujourd’hui, après les déboires de la crise du covid-19 et à l’heure de la crise énergétique, accélérée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

À l’origine, l’idée était de collecter les innovations et de les diffuser à travers un bulletin. Cette information devait être prescriptrice. Des concours étaient organisés pour encourager l’entreprenariat. Aujourd’hui, les missions ont un peu changé. Mais l’association fédère toujours les corps intermédiaires de l’industrie et porte, au regard des enjeux actuels, la voix d’une renaissance industrielle (découvrir ici le guide de la Renaissance industrielle porté par la société d’encouragement).

« Redonner envie »

Le poids de l’industrie n’a eu de cesse de reculer en France ces dernières décennies. Et dans une proportion plus importante que ses voisins. Selon l’OCDE, la part de l’industrie dans le PIB français est passée de 25 % en 1970 à 21 % en 1990, à 18,8 % en 2000 et à 13,2 % en 2020. En Allemagne, elle recule également, mais son poids reste plus important. Il était de 31 % en 1990 (il n’y a pas de données avant, l’Allemagne étant divisée entre RDA et RFA), de 25,5 % en 2000 et de 23,4 % aujourd’hui. Cette part est de 24,7 % en Italie en 1990, de 22,2 % en 2000 et de 19,5 % en 2020. « La France est l’un des pays les plus désindustrialisés d’Europe », observait dans nos colonnes, en 2021, la géographe Anaïs Voy-Gillis (lire notre article).

C’est l’un des objectifs de la société d’encouragement pour l’industrie nationale : replacer ce secteur d’activité au cœur de la stratégie française et dans le cœur des Français. « Dans notre ADN, nous sommes ce lieu où se rencontrent les chefs d’entreprise, les haut fonctionnaires, les politiques et les chercheurs », appuie Olivier Mousson, président de la société d’encouragement à l’industrie nationale, conseiller maître à la Cour des comptes, en charge des questions industrielles. Il a travaillé en cabinet ministériel (Gérard Longuet, Gilles de Robien), est docteur d’État en économie, mais aussi conseiller régional d’Ile-de-France. « C’est une sorte de tiers-lieu », sourit Olivier Mousson, alors que ce terme est particulièrement à la mode comme zone de points de contacts. « La société est un lieu de dialogue », souligne-t-il.

Les crises sanitaires, géopolitiques et économiques créent un environnement plus propice à un message industriel, alors que la fin des années quatre-vingt-dix était celui d’une industrie sans usine, comme le formulait Serge Tchuruk, p-dg d’Alcatel ; on connait la suite. Une série de délocalisations et une désindustrialisation galopante de la société française. Une dynamique qui a clairement « paupérisé » les territoires convient Olivier Mousson. Et la désindustrialisation, ce sont des écoles qui ferment, des prix de l’immobilier qui chutent, des services publics qui se raréfient ou des rentrées fiscales en moins pour les collectivités. En parallèle, il faut « redonner envie » en l’industrie, alors qu’elle a été décriée pendant de nombreuses années.

« Une double révolution industrielle »

« Nous devons nous organiser, au moins à l’échelle européenne, pour maîtriser les chaines de valeur », insiste Olivier Mousson. Qui valide également : « La division internationale du travail a des effets néfastes sur les gaz à effet de serre. » Cette renaissance industrielle, portée par la société d’encouragement pour l’industrie nationale, répond à cette urgence écologique. L’industrie peut être également une réponse sociale relève Olivier Mousson. Il faut recréer de l’activité productive, en dehors des métropoles. « Et le faire grâce à l’innovation », croit ce spécialiste des questions industrielles. Si le 4.0 implique une robotisation, il suggère aussi des emplois induits, le tout dans un contexte où l’on crée une production « plus propre », afin de susciter « une industrie plus propre ». « Sur la frugalité, la France a sa carte à jouer », soutient le président de la société d’encouragement.

En effet, avant de relocaliser, il faut « déjà imaginer transformer les usines existantes en France, les rendre moins polluantes et plus vertueuses », souligne Olivier Mousson, qui note : « Nous sommes dans une double révolution industrielle. » Cette révolution est celle de la numérisation des procédés industriels et celle de la soutenabilité du modèle productif, en décarbonant les process. La numérisation doit permettre de réduire le coût de production et peut contribuer à la relocalisation, pour « produire avec moins de main d’œuvre, moins d’énergie et en générant moins de pollution ». Mais cela n’est possible que si on protège les entreprises du choc énergétique qui s’annonce. Si les prix de l’énergie s’envolent, l’industrie ne reviendra pas en France et ce qui reste partira pour des territoires où l’énergie est moins chère.

Mais l’industrie ne va pas seule. Elle est accompagnée d’un écosystème, celui de la disponibilité du foncier, de la présence de compétences et de réseaux logistiques. Elle implique surtout une programmation. « Il faut planifier une stratégie industrielle », intime Olivier Mousson. Une planification qui comporte notamment un volet sur les activités indispensables « à l’autonomie stratégique ». Politiquement, la réflexion est à plusieurs niveaux : européen, français et régional. C’est notamment pour cela que la société d’encouragement organise ces temps de réflexion dans les territoires, où elle réunit les différentes composantes d’un projet industriel : entrepreneurs, politiques, financeurs, chercheurs, comme ce jeudi 20 octobre« Les projets industriels ne peuvent pas sortir de terre s’il n’y pas tout ça », insiste Olivier Mousson, qui souligne encore que l’industrie est créatrice de richesses et moteur de développement. Et ces journées permettent aussi d’informer : « Les politiques ne connaissent pas l’industrie pour beaucoup ou ne savent pas comment faire », observe-t-il. Il faut donc les accompagner. L’enjeu est simple : construire une vision à long terme, plus souveraine et plus circulaire. Et convaincre que l’industrie est une partie de la solution.

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