En arrivant aux abords du lycée Germaine-Tillon, ce jeudi matin, on découvre des alignements de camionnettes de CRS : une demi-compagnie a été mobilisée sur place depuis le mercredi 27 mai, à la demande du commissaire de Montbéliard ? Certains sont en attente dans les camionnettes, d’autres échangent avec des lycéens.
Sur l’allée Adolphe-Kégresse, plusieurs dizaines de lycéens et des professeurs grévistes sont là, sous le soleil. Des haut-parleurs distillent de la musique et relaient quelques prises de paroles d’enseignants et de professeurs qui rendent compte des réunions qui se tiennent ce matin avec la direction de l’établissement et les représentants du rectorat.
« On a cherché à apaiser les tensions après les violences de ces derniers jours, explique Sidonie Marchal, professeure. On a mis de la musique, on a apporté à boire et à manger. » Aussi bien pour les lycéens que pour les forces de l’ordre. L’idée est de remettre en place des échanges.
« On est traumatisés ; on n’en dort plus »
Des enseignants sont en grève depuis mercredi ; ils ont installé un piquet de grève ce jour-là et l’ont remis en place ce jeudi dès 7 h 30.
Jeanine Chabod et Manon Cartier témoignent de leur épuisement face aux quatre dernières journées agitées que vient de vivre la communauté lycéenne. Et de quel point elles ont été choquées par la violence lors des heurts entre la police et certains lycéens. « On est vraiment traumatisés de ce qu’on a vu ; on n’en dort plus ».
Mais pas question pour les enseignants de parler à la place des lycéens, et encore moins de récupérer leur mouvement. « On n’est pas d’accord sur tout, mais l’essentiel est qu’ils en parlent ».
Elles se tournent vers Rayane Tahary, vice-président du conseil de la vie lycéenne (CVL) qui a participé à une réunion avec la direction. Il revient sur la fermeture du hall, qu’il décrit comme l’élément déclenchant de la protestation, « la goutte qui a fait déborder le vase : on l’a ressenti comme une punition collective ». Lors de la réunion, les lycéens ont demandé la réouverture de ce hall, du foyer, et la suppression de la sanction immédiate en cas d’oubli du carnet. Selon lui, la direction s’est déclarée favorable à ces demandes.
Les nombreuses demandes des enseignants
Côté enseignants, les demandes sont multiples. Elles portent sur les examens au sujet desquels ils disent avoir constaté « des manquements graves et récurrents » ; sur la vie du lycée, avec une fonctionnement devenu « surprocédural » et qui engendre des blocages ; sur « une gestion peu humaine » ; sur « une gestion difficile des élèves à travers des règles peu claires » ; sur un déficit de personnel pour gérer la vie scolaire ; sur un « dysfonctionnement de communication qui ne prend pas en compte les situations particulières et laisse trop souvent les agents dans l’incertitude ». L’état du lycée est aussi évoqué par les enseignants, mais ils relativisent la présence dénoncée de rats dans l’établissement : « Ce n’est pas vrai ; quelqu’un a peut-être vu passer une souris, et c’est devenu un rat, voir pire. Les choses ont été exagérées ».
Soudain, les enseignantes voient des CRS équipés de bouclier se diriger vers un parking. Immédiatement, elles redoutent de nouvelles violences. Le parking en question est celui où ont eu lieu les échauffourées mardi. Deux groupes de quelques CRS se positionnent à plusieurs mètres les un des autres, tandis qu’un officier va à la rencontre d’une vingtaine d’ados, un peu bravaches, qui jouent au foot. Il leur explique que ce n’est pas le lieu pour jouer au ballon, et, avec le soutien du premier petit groupe de CRS, les faits rentrer dans l’enceinte de l’un des sites du lycée. Un enseignant arrive et entame le dialogue avec les lycéens. Mardi, il s’était déjà interposé, avait tenté de calmer les lycéens les plus virulents malgré ses yeux rougis par les lacrymos. Il les invite à rejoindre le terrain de foot. Peu à peu, la tension baisse.
Le Trois a tenté de rencontrer le proviseur du lycée pour recueillir son point de vue et son témoignage. En vain. Il semble qu’il ne soit pas autorisé à répondre à la presse.

