1933. La rencontre d’un besoin qui n’est pas encore identifié et de l’intuition d’un entrepreneur. Joseph Frechin annexe à sa pharmacie une fabrication de produits pharmaceutiques destinés aux humains. Il crée alors les Laboratoires biochimiques de l’Est. Puis il tire le fil de son idée et utilise « les propriétés antiseptiques de l’oxyquinoléine pour soigner les animaux ». Et répond aux attentes des éleveurs de la région.
Ainsi naît le remède Vetoquinol, qui a donné le nom à cette société de pharmacie vétérinaire, toujours installée à Magny-Vernois, près de Lure. Une vieille dame de près de 100 ans, exclusivement spécialisée en santé animale. « C’est le 1er laboratoire de pharmacie vétérinaire du monde », replace Dominique Derveaux, directeur général délégué de la société. Une société toujours dirigée par la même famille, les Frechin. Matthieu Frechin est le p-dg depuis 2010 et représente la 3e génération à la tête de l’entreprise.
Dès 1970, le catalogue de l’entreprise compte plus de 250 produits. Aujourd’hui, on parle plutôt de 4 000 références. Avec des domaines bien particuliers : dermatologie ; antiparasitaire ; mobilité, douleur et inflammation ; anti-infectieux. L’entreprise est notamment spécialisée dans les soins pour la vache laitière, les porcs ou encore les chats et les chiens. « Sur le traitement de la mammite, nous sommes le principal acteur », évoque ainsi Dominique Derveaux. Les éleveurs de bovins connaissent par exemple le Forcyl, fabriqué à Lure, les propriétaires de chat, l’insecticide Felpreva et les propriétaires de chien, le Clavaseptin. Vetoquinol n’est pas présent sur le marché des vaccins.
Vetoquinol investit 40 millions d'euros par an dans la R&D
Aujourd’hui, l’usine de Lure fabrique 180 millions de comprimés par an ; une entreprise exclusivement tournée vers la médecine vétérinaire. Elle a enregistré, en 2025, un chiffre d’affaires de 525,7 millions d’euros. L’entreprise se classe comme le 9e acteur de ce marché, à l’échelle mondiale ; les premières places sont trustées par des spin-off de laboratoires de santé humaine. Le marché de la santé animale pèse près de 50 milliards d’euros, dont un quart est concentré aux États-Unis ; les animaux de compagnie représentent la moitié du potentiel de ce marché. Les autres principaux marchés sont le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Allemagne ou encore la Pologne.
« Nos principaux clients, ce sont les vétérinaires », indique Dominique Derveaux. L’entreprise produit des médicaments, mais également des produits non-médicamenteux ; ils ont toutefois la rigueur scientifique, assure Vetoquinol.
« Nous avons une fierté ici, souligne Nicolas Thouvenin, directeur achat de Vetoquinol, notre laboratoire de R&D uniquement dédié à la santé animale. » C’est l’innovation « qui porte », insiste-t-il. 40 millions d’euros sont investis chaque année. Une stratégie qui mobilise énergie et capitaux, mais qui permet à Vetoquinol de dérouler sa stratégie concentrée « sur les produits essentiels ». « Nous apportons des solutions complètes aux vétérinaires pour traiter les animaux, explique Dominique Derveaux. Nous devons rester focaliser, pour apporter un plus.
Sécuriser les approvisionnements de Vetoquinol
Depuis 100 ans, Vetoquinol s’est adaptée pour pérenniser son activité. Depuis six ans, les crises mondiales se succèdent. Mais les valeurs de l’entreprise et sa nouvelle stratégie d’approvisionnement permettent de construire un brin de sérénité. « Depuis 5 ans, nous avons mis en place une stratégie où les produits sont doublement sourcés, pour se prémunir des événements de force majeur », indique Dominique Derveaux ; pour produire, Vetoquinol s’appuie sur 600 fournisseurs. Comme en santé humaine, la Chine produit l’écrasante majorité des principes actifs. Et comme en santé humaine, la supply chain est mondiale. Mais chez Vetoquinol, les produits chinois représentent moins d’un tiers des produits nécessaires à la fabrication. Et la moitié des fournisseurs vient d’Europe. « On s’est beaucoup autonomisé », appuie l’entreprise. Mais plus de sourcing auprès de plus de fournisseurs impliquent aussi plus de stock, donc plus de mobilisation de capitaux, encore une fois. La bourse ne peut donc pas être la boussole de l’entreprise.
En juin, l’entreprise a réuni à Magny-Vernois plusieurs dizaine de fournisseurs, « pour créer un lien différent » et « activer une protection collective », développe le directeur général délégué, en charge de l’opérationnel. Une stratégie d’autant plus importante actuellement où les hausses des coûts de l’énergie ont des répercussions sur les produits de conditionnement ou dans les acides sulfuriques, dérivés du pétrole et utilisés dans les antibiotiques.
À Magny-Vernois, Vetoquinol compte 650 collaborateurs, sur les 2 500 que compte le groupe dans le monde. L’usine s’étend sur 16 ha, dont 4 ha sont dédiés à la production.

