(AFP)
Après un été historiquement sec, mais qui pourrait devenir la norme, les prochaines crises de l’eau doivent être « anticipées », alerte un réseau de régies publiques qui souhaite prévenir les conflits d’usages.
Les restrictions d’eau provoquées par les multiples vagues de chaleur qui ont rythmé ces derniers mois ont été « assez inédites », souligne, dans un entretien, Christophe Lime, président de France Eau publique. Il représente plus de 152 membres, desservant plus de 17,2 millions d’habitants en eau potable à travers la France.
Inédites par le type de collectivités menacées, d’abord : alors que les coupures et le ravitaillement par des citernes de secours étaient jusqu’ici l’apanage de petites communes rurales, plusieurs villes de plus grande taille sont encore en plein automne en situation périlleuse, comme la sous-préfecture de Pontarlier, dans le Doubs, a souligné M. Lime.
De Pontarlier à Brest
Afin d’éviter des coupures, les autorités préfectorales ont appelé la population à la sobriété : une demande suivie d’effet puisque, « grâce à l’effort de l’ensemble des usagers », la consommation d’eau potable dans le secteur « a diminué de près de 500 m3 par jour, sur une consommation moyenne de 4.000 m3 », selon un point communiqué ce mardi par la préfecture du Doubs. Pour autant, la sortie de crise « n’est pas encore en vue », a-t-on indiqué de même source, en appelant à « maintenir les efforts ».
Dans le Finistère, les autorités ont décrété le 8 octobre une « alerte écarlate » autour de Brest et la situation tarde à s’améliorer.
La distance entre ces deux régions témoigne d’un autre caractère inédit de cette crise de l’eau : ces restrictions, qui touchaient principalement certaines régions du Sud-Ouest, ont touché « pratiquement l’intégralité du territoire », souligne M. Lime.
Mercredi, un mois après le début de l’automne, 65 départements étaient encore au niveau « crise », le plus haut degré de restriction d’eau, et 18 autres en « alerte renforcée », selon le site gouvernemental VigiEau.
« Il faut que d’ici la fin de l’année tous les préfets réunissent tous les acteurs de l’eau », dans les départements, « pour éviter d’avoir des discussions en situation de crise » et, de manière anticipée, « travailler sur la sobriété » en cas de crise, a déclaré Christophe Lime.
« Ça concerne les agriculteurs, mais ça concerne aussi les secteurs industriels et les particuliers, pour pouvoir passer l’intégralité de ces crises », a-t-il précisé.
L’eau demande de l’anticipation
Il a notamment évoqué la possibilité de prévoir, pour « un certain nombre d’activités qui sont grosses consommatrices d’eau », la possibilité de s’arrêter, comme c’est déjà le cas, pour l’énergie, de certains industriels, pour soulager le réseau électrique, en cas de tension entre l’offre et la demande.
Il a également appelé de ses vœux des travaux pour « avoir une meilleure connaissance de nos réserves d’eau, assez aléatoire pour l’instant ».
Autre préconisation : « regarder tous les forages ou tous les périmètres qu’on a fermés depuis un certain nombre d’années », plusieurs milliers, pour des problèmes de quantité, ou de qualité, et étudier de possibles remises en service.
« On répond à la crise sans anticipation, et l’eau demande de l’anticipation parce que ça demande de la concertation avant d’avoir des conflits », a-t-il déclaré, en dressant un parallèle avec la crise lycéenne.
Il rappelle qu’après avoir appelé durant l’été les exploitants à ne pas respecter les interdictions et restrictions d’irrigation prises face à la sécheresse, la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, a incité fin septembre les agriculteurs à « creuser » pour « faire des lacs », « que ce soit légal ou pas ».
« L’eau va devenir un des éléments les plus structurants de notre société. (…) Il faut se servir de ce qui s’est passé cet été pour pouvoir changer notre regard sur l’eau et sur notre société », a conclu M. Lime.
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