« Ce que je ne voudrais pas c’est que la station ferme », déplore Eric Oternaud, conseiller régional du groupe écologistes et solidaires. Dans un communiqué publié le 8 janvier, l’élu régional dénonce « l’immobilisme » du Syndicat Mixte Intercommunal du Ballon d’Alsace (Smiba) face aux changements climatiques.
Tout part d’un constat d’Eric Oternaud. Contrairement à ses stations de moyennes montagnes voisines, le Smiba ne propose pas de projet pour s’adapter à un tourisme de quatre saisons. « À la région, on aide financièrement les stations à s’adapter aux dérèglements climatiques et à changer en partie leur activité économique », explique l’élu. Mais surprise pour le conseiller, la station du Ballon d’Alsace n’a fait aucune demande d’aides à la région.
Une utilisation des canons à neige jugée excessive par Éric Oternaud
Ce n’est pas le seul élément qui laisse Éric Oternaud perplexe quant à la capacité du Smiba à s’adapter aux dérèglement climatique. « Le Ballon d’Alsace veut démarrer sa saison en décembre et la finir en avril, mais ils n’y arrivent pas », déplore l’élu régional. Il explique qu’une moyenne montagne, la neige tombe en janvier et février mais pas avant. « C’est je pompe, je pompe, je canonne, je canonne, et donc au début décembre il y avait un peu de froid. Donc ils ont fait des tas de neige de réserve sauf que mi-décembre il a fait un radoucissement terrible toute cette neige il est reparti à la rivière », s’alarme Éric Oternaud.
Il prévient également sur les coûts qu’une utilisation déraisonnée des canons à neige peut engendrer. Le prix du mètre cube de neige artificielle s’élève à 5 euros « je peux vous dire que ça débite avec toute la nuit les 38 canons à neige ». Une production pour un coût global de 30 000 euros. Des canons mis en place en 2015 par la gauche et dont la droite avait voté contre. « Quand les canons à neige ont démarré, c’était déjà une erreur », rappelle l’élu en raison de sa forte consommation en eau et en électricité.
Du côté du Smiba, la directrice, Fabienne Thouvenin explique avoir « une gestion raisonnée de la neige de culture qui permet d’assurer l’activité alpine sur une durée moyenne supérieure à plusieurs stations sur le massif des Vosges ». Une stratégie mise en place pour répondre à une réalité économique et sociale de la station. De plus, la production de neige de culture ne peut se faire seulement lors de conditions météorologiques favorables. « La production n’est pas toujours possible », précise Fabienne Thouvenin.
Suppression du bus des neiges, nouvelle offre de location… des incohérences pointées du doigt par l’élu
D’autres incohérences de gestion sont mises en avant par Éric Oternaud. Malgré les dépenses élevées faites dans la neige artificielle, le Smiba a fait le choix de fermer le bus de neige. Ce service permettait aux skieurs et aux groupes scolaires d’accéder plus facilement à la station. « C’est pas logique. Ils font de la neige à canon pour les pistes vertes pour les enfants mais ils arrêtent le bus des neiges », déplore l’élu.
Autre problématique : le Smiba veut proposer sa propre offre de location de ski. Pourtant, sur la station, un prestataire privé propose déjà ce type de location. « C’est-à-dire que c’est de l’argent public qui sert à concurrencer le privé sur un marché qui n’existe pas puisqu’on a une piste verte avec 30 gamins ».
À ce sujet, le Smiba fait savoir que la suppression des bus des neiges « a été prise après constat d’une sous-fréquentation avérée du service et analyse des coûts de fonctionnement ». Fabienne Thouvenin précise qu’une solution de mobilité est étudiée dans le cadre de l’Opération grand site. Pour le service de location, la directrice du Smiba évoque une insuffisance ponctuelle constatée sur certains créneaux : « Destination Ballon d’Alsace propose un parc de matériel d’appoint qui vient en complément du loueur principal, sans aucunement se substituer à lui. »
Dans la cible d’Éric Oternaud, il y a aussi la salle hors-sacs. Cette salle sert aux randonneurs pour qu’ils puissent trouver un abri. Une utilité nécessaire puisque le Ballon d’Alsace est le départ du sentier de grandes randonnées (GR) 59. D’abord supprimée pour accueillir le service de location de ski, cette salle a été de nouveau réaménagée pour retrouver sa fonction première. « Des dépenses inutiles qui ne font qu’alourdir le bilan financier », regrette l’élu régional.
Une gestion a plusieurs qui rend complexe les prises de décision
Depuis la publication du communiqué d’Éric Oternaud, le Smiba a annoncé avoir un projet d’adaptation qui va être remis fin 2026. Un projet que l’élu attend de pied ferme puisqu’il l’assure, le Smiba a « 4/5 ans de retard » par rapport aux autres moyennes montagnes de la région. Éric Oternaud fait la liste des actions mises en place dans les stations voisines. À Métabief, dans le Doubs, la station a fait le choix de transformer ses activités pour le tourisme de quatre saisons. Le VTT et les raquettes remplacent petit à petit le ski. De son côté, la station des Rousses, dans le Jura, a décidé de garder le ski de fond et de descente tout en se concentrant sur des domaines. Notamment le travail de la neige.
« En toutes saisons, le Ballon d’Alsace bénéficie d’un rayonnement significatif », tient à corriger Fabienne Thouvenin. Elle évoque les pistes de randonnée, de cyclisme ainsi que les activités de pleine nature et de découverte patrimoniale et naturelle.
« Je leur demande juste qu’ils aient un projet », explique Éric Oternaud. Mais pour l’élu, ces projets tardent à arriver. Pour lui, la construction politique du Smiba a tout à voir avec la problématique actuelle. « Il doit y avoir au minimum deux ou trois communautés de communes et trois départements ». Une pluralité qui rend plus complexes les prises de décision.
« Le Smiba a bel et bien sollicité et obtenu des financements pour sa transition », explique Fabienne Thouvenin. Une mission d’accompagnement vers une montagne durable et résiliente en toute saison est en cours. Une action co-financée par l’État et les trois départements : les Vosges, la Collectivité européenne d’Alsace et le Territoire de Belfort.
Contacté, le Département du Territoire de Belfort ne souhaite pas communiquer sur la nouvelle dynamique touristique impulsée au Ballon d’Alsace.