On parle d’E2C, d’école de la 2e chance…
École de la 2e chance est la dénomination primaire. Mais c’est déjà tellement restrictif ; cela peut faire peur aux jeunes personnes que nous allons vouloir accompagner. Nous essayons de ne plus dire école, alors que nous avons souvent des jeunes qui ont été en échec scolaire ou en souffrance dans le cursus classique. À présent, nous disons E2C.
Qu’est-ce que l’E2C justement ?
Les E2C viennent d’un Livre blanc (il est intitulé Enseigner et apprendre) rédigé par Édith Cresson, lorsqu’elle était commissaire européenne, en 1995. Dans sa réflexion, elle disait qu’il fallait vraiment aller chercher les jeunes en grande difficulté (la première école de la 2e chance est née à Marseille, en 1997, NDLR). Notre cœur de cible, ce sont des jeunes en grande difficulté (âgé de 17 à 29 ans). L’E2C n’a pas une pédagogie classique. Nous n’avons pas de cours définis de français ou de mathématiques. Nous travaillons sur l’approche par compétences. Toute personne a, au fond d’elle, quelque chose qui va mieux marcher qu’autre chose. À partir de là, nous regardons les capacités du stagiaire, sans chercher à lui imposer. Nous faisons un état des lieux. L’autre lien important de l’E2C, c’est celui avec l’entreprise, puisque nos stagiaires passe 40 % de leur temps en entreprise. Dernière particularité, nous avons des rentrées permanentes ; chez nous, environ toutes les deux semaines (L’E2C Nord Franche-Comté compte 17 salariés, NDLR).
Combien avez-vous d’entreprises partenaires ?
Notre portefeuille, ce sont 1 200 entreprises, dont 250 avec lesquelles nous sommes vraiment proches. Nous avons des employés libre-service, des peintres en bâtiment, des carrossiers à la RTTB (régie des transports du Territoire de Belfort, qui affrète le réseau Optymo, NDLR)… Nous avons toutes les possibilités.
Vous accueillez aujourd’hui 180 jeunes chaque année. Il y a cinq ans, c’était 130. Comment justifiez-vous ce bon ?
La mairie de Belfort est un soutien important. Nous avions un préau ; il a été fermé et nous avons eu une salle de classe supplémentaire. Elle nous a aussi donné une autre salle à l’étage du bâtiment (site Bartholdi, aux Résidences, NDLR), qui nous permet d’avoir une psychologue. Le deuxième soutien est un soutien financier, puisque nous sommes financés à plus de 30 % par l’État. Et l’État a accepté que nous augmentions notre nombre de stagiaires en nous finançant davantage. Le conseil régional, qui nous finance aussi, a également accepté que nous augmentions. Pourquoi y a-t-il toujours autant de jeunes devant la porte ? Cela n’a rien à voir avec notre région. Au niveau national, 12 % des 17-29 ans sont en-dehors des radars, sans emplois ni en formation.
Vous accueillez actuellement les E2Ciades (lire ci-dessous), avec des centaines de personnes logées dans les hôtels de Belfort…
Nous avons fait à Belfort un allotement hôtelier ! Nous avons bloqué des hôtels entiers. Cela représente plus de 2 100 nuits réservées. Il y a un retour économique important pour le territoire.
L’équipe aussi a été mobilisée…
Quand, il y a deux ans et demi, je lui ai dit que pour nos 20 ans on pourrait organiser les E2ciades, on n’y croyait pas vraiment. Quand je vois aujourd’hui comment cela tourne et les retours que nous avons… Entendre : « Qu’est-ce que c’est beau, Belfort. Je ne connaissais, c’est magnifique. » Nous avons tous compris pourquoi nous faisions les E2Ciades. Je ne dirai jamais assez merci à l’équipe pour le cadeau qu’elle me fait.
Quels sont les projets de l’école pour les prochains mois ou les prochaines années ?
Sur dix jeunes qui rentrent dans l’école, sept, au bout de six mois, entrent en formation qualifiante ou en emploi. Ce sont des résultats très positifs. L’État vient de confirmer, alors qu’il y a des réductions de budget partout, une augmentation du budget pour nos écoles au niveau national. Si on nous donne les moyens, nous sommes un peu juste en termes de place. Nous sommes passés de 130 à 180 en cinq ans. Si, nous avons un peu plus de places, nous passerons à 200.
Vous avez mené des actions particulières autour de la santé, de la logistique… D’autres secteurs pourront-ils être regardés ?
Ouvrir au secteur de l’industrie fait partir de notre volonté. Nous commençons à travailler avec Alstom, General Electric… Ce n’est pas simple car les procédures sont différentes. Nous voulons vraiment le développer et orienter dans des écoles pour apprendre à être soudeur par exemple. Cela a été le cas pour un stagiaire.
Les E2Ciades
Pendant cinq jours, l’E2C de Belfort a accueillis les E2Ciades, évènement annuel réunissant le réseau des E2C françaises. Le réseau compte 58 écoles, 145 sites et accompagne près de 18 000 jeunes. Toutes la semaine, les délégations se sont affronté dans lors de défis sportifs et culturels. De lundi à vendredi, Belfort a accueilli 39 délégations, soit 320 jeunes, dont une équipe de La Réunion et une autre de Mayotte.
