« Les premiers Wh seront livrés d’ici 2029 », annonce Marie-Anne Pierguidi-Tharin, directrice d’agence commerciale Franche-Comté et Haut-Rhin chez Dalkia. Le futur réseau de chaleur urbain bas-carbone du Grand Belfort se concrétise petit à petit (lire notre article). Le Syndicat d’études pour l’élimination des déchets (Sertrid), à la tête de l’incinérateur de Bourgogne, et Dalkia, filiale d’EDF, ont passé un nouveau cap dans leur collaboration : la signature d’une convention de fourniture de chaleur. Comment le nouveau réseau de chaleur du Grand Belfort va fonctionner ?
Passer de déchets à de la chaleur
Le Sertrid s’occupe d’incinérer les déchets de l’agglomération, selon son rapport d’activité de 2023, il a brûlé 84 413 tonnes de déchets. Cette destruction produit de la fumée qui est transformée en vapeur. Cette dernière est déjà employée par le Sertrid pour produire de l’électricité. Mais l’usine d’incinération va bientôt bonifier la chaleur fatale qu’elle produit. C’est-à-dire la chaleur produite, mais qui est relâchée dans la nature. Certains changements vont devoir être effectués dans l’usine d’incinération.
« On investit cinq millions d’euros », indique Philippe Briquet, directeur général des services du Sertrid. Au programme : la construction d’un bâtiment à l’entrée du site comprenant des pompes à chaleur et un éco-condenseur mais aussi un stockage thermique d’une capacité de 400 m3. « On récupère la chaleur à trois endroits : en amont et à l’échappement de la turbine, mais aussi aux niveaux des cheminées », éclaircit Marie-Anne Pierguidi-Tharin. Ce réseau de chauffage urbain est alimenté par plusieurs apports comme la chaufferie biomasse à Andelnans, mais la plus grande source de chaleur viendra du Sertrid : 47 %.
Faire voyager cette chaleur à travers l’agglomération
Une fois la chaleur produite, elle sort de l’usine d’incinération à 105 °C. Mais, il faut encore qu’elle arrive jusqu’aux habitations. « Nous, on fournit la chaleur jusqu’à la sortie de ici (du site du Sertrid, NDLR) et après Dalkia s’occupe de tout », développe le président du Sertrid, Roger Lauquin. Dalkia va construire les 55 km de réseau de chaleur à travers l’agglomération. « Il y a quelques cours d’eau, une autoroute, une ligne de TGV a traversé », liste Natacha Roulleau, directrice commerciale de Dalkia en région Est. De son côté, la filiale d’EDF va investir près de 125 millions d’euros pour le projet. Après la phase préalable d’étude, le commencement des travaux est prévu fin 2027.
Dalkia n’est pas à son coup d’essai. Le réseau de chauffage urbain de Montbéliard est déjà également géré par la filiale d’EDF. Un réseau également alimenté par une usine d’incinération. « Normalement, il y a eu une récupération sur la turbine et une récupération sur les fumées, mais seulement jusqu’à un certain niveau. Là, on veut aller beaucoup plus loin dans les températures avec jusqu’à 45, 50 degrés », précise Habib Diop, responsable pôle décarbonisation chez Dalkia.
Qui va bénéficier de ce réseau de chaleur ?
L’équivalent de 18 000 logements va pouvoir être alimentés par ce nouveau réseau, dans l’ensemble du Grand Belfort. Est compris dans le total, 3 600 logements sociaux, une cinquantaine de copropriétés et une centaine de bâtiments publics comme l’hôpital Nord Franche-Comté. « Il y aura aussi quelques grandes industries comme Arabelle Solutions et Alstom », ajoute Natacha Roulleau. D’ici l’horizon 2032, 77 GWh de chaleur seront fournie annuellement par le Sertrid et 148 GWh tous les apports confondus. Même si les premiers Wh seront livrés fin 2029, seulement la moitié du réseau de chauffage est concernée. Le déploiement se fera par étape jusqu’en 2031.
Pas de panique. Même si un problème survient au Sertrid, les habitants ne vont pas se retrouver sans chauffage. Même si le chauffage provient principalement du site d’incinération, le réseau de chauffage n’y est pas totalement dépendant. Des installations de secours sont prévues.
Pouvoir faire baisser les factures de chauffage
Une solution qui va permettre aux abonnés de faire baisser leur facture de chauffage. Le coût de la chaleur issue de ce nouveau réseau de chauffage est stable dans la durée. À terme, la facture pourrait baisser de 15 à 20 %. « Le tarif est régi par la convention de fourniture de chaleur qui est signée aujourd’hui. Les deux parties s’engagent pour une chaleur à coût stable », commence Marie-Anne Pierguidi-Tharin. Le coût de la chaleur a été calculé en fonction des investissements et des coûts de fonctionnement pour être à l’équilibre. Dalkia et Sertrid sont partis dès le départ sur un postulat : « on ne cherche pas forcément à s’enrichir. » Autre avantage pour les abonnés, ils ne subiront pas les inflations sur le gaz.
Ce nouveau réseau de chaleur urbain aura aussi un intérêt écologique. Il permettra d’éviter 32 000 tonnes de CO₂ chaque année, soit l’équivalent de 16 000 véhicules retirés de la circulation.

