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Forvia : un silence assourdissant après l’annonce de 10 000 suppressions de postes

Opérateur manipulant un réservoir hydrogène dans l'usine Forvia. (ex- Faurecia- à Allenjoie). | ©Forvia
Reportage
La colère couve chez les organisations syndicales du nord Franche-Comté. Aucune information n’est donnée depuis l’annonce des possibles 10 000 suppressions de postes chez Forvia. Dans l’attente, les syndicats s’annoncent défaitistes sur la suite.

Les organisations syndicales de Forvia (CGT, CFE-CGC, CFDT) se sont réunies ce mercredi 21 février à Audincourt, à la maison des syndicats. Sur une table disposée en U, chacun tient son gobelet de café fumant, le regard dans le vide. L’amertume et la colère se lisent sur les visages. « Notre considération ? Elle est faible, voire nulle », commence d’emblée Christophe Husson, délégué CFE-CGC central de la branche hydrogène. 

S’ils tiennent ce point presse ce jour, c’est parce que l’équipementier automobile Forvia annonce 10 000 suppressions de postes dans le cadre de son projet baptisé « EU Forward » pendant la période 2024-2028, afin d’améliorer sa « compétitivité » sur un marché automobile atone. Le groupe français (ex-Faurecia) fabrique notamment des habitacles, des phares et des systèmes d’échappement. Où ? Quand ? Comment ? Les organisations syndicales ne savent rien. Elles veulent des précisions sur les suppressions de postes. 

« On l’a appris dans la presse ou par des collègues », racontent les syndicalistes. Quand ils ont su, ils ont demandé que se tienne un comité social et économique exceptionnel en urgence. Cela n’a rien donné. Une réunion informelle a été organisée « pour parler de tout sauf de ça », confie Andres Gomez, délégué syndical CGT sur le site de Bavans-Seloncourt. « Et si c’était pour nous rassurer, c’est raté », poursuit-il. 

Ce qui gêne, c’est que la direction est « parfaitement silencieuse », se désole Tarek Zarhdad, délégué syndical central CGT à Allenjoie. Le prochain comité social et économique se tiendra le 18 mars. Avant, les syndicats n’auront pas de réponse. « Ils nous disent qu’ils n’auront rien à nous transmettre avant; c’est intolérable », s’emporte le délégué syndical. 

Activités en berne

Dans le nord Franche-Comté, l’activité de Forvia permet l’emploi d’environ 2 500 personnes en CDI en regroupant tous les sites. Et les délégués syndicaux ne voient pas comment ils pourraient être épargnés. Pour plusieurs raisons. 

La première est que la production de moteurs thermiques arrive à terme. Pour renouveler ses activités, Forvia, qui produit des systèmes d’échappement, a fortement investi dans une usine toute neuve à Allenjoie, afin de produire des réservoirs à hydrogène. Mais cela arrive trop vite, selon les syndicats. « La deadline de 2035 pour la fin des moteurs thermiques est bien trop proche. Le compte n’y sera pas avec l’hydrogène. » Le carnet de commandes ne suit pas, selon eux. « Nous sommes loin des 100 000 réservoirs à hydrogène sortis d’usines comme promis pour 2025 », rit jaune Eric Nappiot, délégué syndical CGT à Allenjoie. Il annonce d’emblée huit mois d’activité partielle dans le site d’Allenjoie pour l’activité hydrogène. « Vous avez vu des véhicules à hydrogène rouler dans le coin ? Nous non. Ça vous donne une idée de l’état actuel du marché », tempête Tarek Zarhdad. 

 « On le sait, l’échappement, c’est mort. Comment l’histoire pourrait bien se finir pour nous ? », souffle-t-il. Et même si la production de réservoirs à hydrogène fonctionnait correctement, les délégués syndicaux estiment que l’activité ne peut pas absorber tous les salariés qui travaillaient pour la partie système d’échappement. 

L’attente leur paraît interminable avant d’avoir des réponses. Et ils partent défaitistes d’emblée. Ils sont en colère de ces annonces qui sonnent comme paradoxales après la publication des résultats du groupe en 2023. Forvia est redevenue bénéficiaire à hauteur de 222 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 27,2 milliards d’euros (+10,9% en un an). 

« L'écosystème politique a baissé les bras »

Ce qui dérange profondément, c’est aussi que le groupe touche de l’argent public, des subventions européennes et françaises sans aucune obligation du maintien de l’emploi. « Il serait temps que les élus prennent leurs responsabilités et dénoncent le chantage permanent des grands groupes qui réclament toujours plus de subventions pour toujours moins d’emplois », dénoncent les délégués syndicaux. 

« Où sont les milliers d’emplois face aux millions d’euros ? », martèlent les organisations syndicales qui regrettent le manque d’implication des élus locaux dans le dossier. « Où sont passés les politiques ? Leur silence à eux aussi est assourdissant », estime encore Tarek Zarhdad. Il cible notamment le député Nicolas Pacquot, élu dans la 3e circonscription du Doubs. « Ils doivent demander où est passé l’argent versé. Aujourd’hui, les politiques ne sont pas aux côtés des syndicalistes. »  Autour de ces suppressions, ce sont « les petites entreprises sous-traitantes qui vont être touchées », estime Eric Nappiot. « Et l’écosystème politique a baissé les bras », ajoute-t-il.

Pour le moment, seuls les élus communistes régionaux ont réagi publiquement en envoyant une lettre au directeur général de Forvia et en la transmettant à la presse. Dans cette lettre, ils affirment que le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a depuis cinq ans subventionné la stratégie hydrogène. Selon Mathieu Guinebert et Muriel Ternant, tous deux conseillers régionaux, ces aides représentent plus de 7 millions d’euros « lorsqu’on prend en compte les aides indirectes ». Plusieurs questions sont posées. Qu’en est-il du carnet de commandes dans le site d’Allenjoie ? Qu’en est-il du marché Renault, Mercedes ? Quel avenir pour la filière échappement ? Quel avenir pour les emplois sur le site ?

« Nous estimons que Faurecia doit rendre des comptes; l’argent public dont l’entreprise a bénéficié, c’est autant d’argent mis en commun par l’ensemble de nos concitoyennes et concitoyens », exposent les élus. Ils ont sollicité en urgence un rendez-vous auprès de Patrick Koller, directeur général du groupe, afin d’obtenir des réponses sur le devenir du site d’Allenjoie et sur les projections en termes d’effectifs sur ce même site.

Les syndicats aussi aimeraient une entrevue avec un membre de la direction du site. Un interlocuteur qui « parlera d’une seule voix en donnant le même niveau d’information à tout le monde ». Alors qu’aujourd’hui, la politique de communication est plutôt, selon les syndicats, d’ « allumer des contre-feux en nous disant que ce ne sera pas pour nous, mais pour le voisin, afin qu’on ne se rende compte de rien », détaille Jean-Luc Scanavin, délégué syndical CFDT à Bavans (échappement). 

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