Un repli généralisé de l’emploi salarié
Après une période de relative stabilité depuis plus de deux ans, l’emploi diminue en Bourgogne-Franche-Comté de 0,4 % au quatrième trimestre 2024. Ce repli concerne la majorité des secteurs d’activité, marquant un retournement de tendance. « L’emploi privé enregistre sa plus forte baisse depuis 2016, hors crise sanitaire, tandis que le secteur public ne joue plus son rôle de soutien », analyse l’Insee. En outre, la formation en alternance ne contribue plus à la dynamique de l’emploi. Elle a presque stagné en 2024 en raison de la diminution des aides à l’embauche. L’emploi se replie également de 0,3 % au niveau national, pour la première fois depuis la crise sanitaire de 2020.
Le secteur privé régional perd 0,5 % de ses effectifs, accentuant le léger repli amorcé le trimestre précédent. Hors crise sanitaire, il s’agit de la plus forte baisse depuis 2016. Le secteur public, de son côté, diminue de 0,3 %, marquant une rupture après plusieurs trimestres de progression.
Le Territoire de Belfort est le seul département de la région où les services marchands hors intérim et non marchands progressent encore au quatrième trimestre.
Les effectifs salariés diminuent en revanche dans les autres départements de Bourgogne-Franche-Comté. La Haute-Saône est le plus touché (-0,8 %). Elle enregistre les plus fortes baisses de la région dans la construction et les services marchands hors intérim.
Pourquoi cette tendance ?
Dans son étude, l’Insee détaille qu’en dépit d’un retour à une inflation faible, le contexte économique demeure peu porteur en Bourgogne-Franche-Comté comme en France. « Le climat d’incertitude est entretenu par une situation politique et budgétaire instable en France, un changement de gouvernement aux États-Unis ou encore la crise allemande. Le marché du travail en France se retourne avec un climat de l’emploi orienté désormais à la baisse et inférieur à sa moyenne de longue période. »
Une baisse marquée dans les services non marchands et l’intérim
Les services non marchands, qui avaient jusqu’alors soutenu l’emploi, enregistrent une perte de 0,5 % de leurs effectifs. Cela représente 1 600 emplois de moins qu’au trimestre précédent, dont près de 1 000 dans l’administration publique. L’intérim est également en fort recul avec 700 emplois supprimés, poursuivant une tendance baissière entamée début 2023.
Dans les services marchands hors intérim, la baisse de 0,3 % est principalement due aux difficultés des services aux entreprises, non compensées par la progression de l’hébergement-restauration, détaille l’Insee. Cette contraction touche également la France, où l’emploi dans ce secteur recule pour la première fois depuis 2013, hors crise sanitaire.
L’emploi dans le commerce demeure stable malgré un ralentissement de la consommation des ménages.
L’industrie stabilisée mais fragilisée
L’emploi industriel résiste mieux (-0,1 %), porté par une hausse dans l’agroalimentaire. Toutefois, la fabrication de matériels de transport continue de décliner, perdant 1,1 % de ses effectifs ce trimestre. Ce secteur compte désormais 20 200 salariés, soit 3 500 de moins qu’à fin 2019.
La construction toujours en crise
Avec des coûts de production toujours élevés, le secteur de la construction peine à se sortir d’une crise qui dure depuis plus de deux ans. Le secteur subit une nouvelle baisse de 0,6 %, entrainant une forte diminution du nombre d’heures rémunérées (-3,5 % sur un an). Le nombre de permis de construire atteint son niveau le plus bas des vingt dernières années, avec un repli de 40 % par rapport à 2022. Les mises en chantier suivent la même tendance, reculant de plus d’un tiers sur la période.
Un taux de chômage en très légère baisse
Malgré la dégradation de l’emploi, le taux de chômage en Bourgogne-Franche-Comté diminue de 0,2 point pour s’établir à 6,5 %, contre 7,3 % au niveau national. Cette tendance masque toutefois une hausse des demandeurs d’emploi en catégorie A (+4,0 % sur le trimestre, +5,7 % sur un an), notamment chez les jeunes de moins de 25 ans (+7,0 %).
Tous les départements sont concernés par cette augmentation. Avec 8,8 %, le Territoire de Belfort demeure le seul département de la région où le taux de chômage est plus élevé qu’au niveau national.
Les travailleurs frontaliers toujours nombreux
Le nombre de frontaliers employés en Suisse continue d’augmenter (+0,4 % sur le trimestre, +2,2 % sur un an), atteignant 48 600 personnes. Le vieillissement de la population suisse, notamment dans les secteurs de la santé et de l’informatique, soutient cette progression. Cependant, la demande dans l’industrie horlogère suisse ralentit, entrainant une stagnation du nombre de frontaliers dans le canton de Neuchâtel et une baisse de 2 % dans le Jura suisse.
Le Territoire de Belfort enregistre pour la première fois depuis 2020 une diminution du nombre de travailleurs frontaliers (-1,4 %), alors que le Jura et le Doubs continuent d’en gagner (+1,5 % et +0,5 % respectivement).
Source : Insee Conjoncture n° 46 – Bourgogne-Franche-Comté – Mars 2025 « Le marché du travail se retourne »