« J’ai toujours suivi cette entreprise avec bienveillance », témoigne Christian Proust, ancien président du conseil général du Territoire de Belfort et ancien président de la Sempat (devenue Tandem), la société d’économie mixte gère le Techn’hom à Belfort. Le Techn’hom est d’ailleurs né de la reconversion des bâtiments de Bull Belfort, qui fabriquait jusqu’en 1991 de imprimantes, dont l’imprimante « Mathilde ». Nipson et Serrib sont les deux entreprises belfortaines issue de Bull après sa disparition. Serrib a cessé ses activités en 2023 ; la liquidation de Nipson a été prononcée par le tribunal de commerce en novembre 2025.
Christian Proust, ancien « bulliste », a lui-même travaillé, en tant qu’informaticien, sur « Mathilde » : « Je travaillais sur la machine qui donnait les ordres à Mathilde, explique-t-il en substance. Bull était la seule entreprise qui produisait des imprimantes à très haute vitesse avec une bande déroulante. Mathilde était de très loin la plus rapide. » Depuis, d’autres technologies ont pris le dessus. « C’est miraculeux, et il faut s’en réjouir, qu’ils aient pu tenir aussi longtemps, presque quarante ans », souligne Christian Proust.
60 salariés en 2011 chez Nipson Belfort
Presque 40 ans qui n’ont pas été de tout repos pour l’entreprise. En fait, Nipson SAS, fabricant d’imprimantes, a disparu dès 2013. Une partie de ses actifs a été repris par Nipson Technology, alors dirigée par un ancien de Bull. À l’origine, Nipson Technology avait été créé pour fournir les consommables des imprimantes de Nipson SAS. En 2013, l’entreprise annonçait un résultat net de 600 000 euros.
L’entreprise s’est étiolée progressivement, explique Loïc Dufeil, dernier dirigeant de l’entreprise. Il a racheté Nipson en 2011, via sa société bordelaise « Avis d’tempête », pour « maintenir l’activité », explique-t-il aujourd’hui, et pour alimenter l’activité de 2J Impression, société qu’il avait créée en 1994.
L’entreprise avait en effet connu plusieurs rachats, dont un qui s’est soldé par une tentative de délocaliser la production à l’est de l’Allemagne afin, selon lui, de bénéficier d’aides à l’industrialisation. Ce qui s’est en fait soldé par une production nulle pendant un an.
Lorsqu’il a repris l’entreprise, en 2011, elle comptait encore une soixantaine de salariés. La production a alors été relancée à Belfort, mais n’a jamais dépassé une dizaine d’imprimantes par an et l’entreprise n’était plus de taille à affronter les nouvelles technologies à jet d’encre et les grands fabricants internationaux d’imprimantes.
Marchés de niche pour cet héritier lointain de Bull
Nipson opérait cependant sur un marché de niche : celui de l’impression sécurisée. La presque totalité des chèques en France sont imprimés avec du matériel Nipson. La technologie Nipson permettait aussi d’imprimer des vignettes de taxes, des chèques déjeuner, des formulaires pour les impôts, etc.
Les difficultés pour l’entreprise se sont accentuées à partir de 2020, quand l’entreprise a dû rembourser un prêt de BPI (Banque publique d’investissement), dont les mensualités augmentaient alors que le chiffre d’affaires, lui, baissait.
Si l’esprit Bull avait disparu au sein du personnel, il y avait en revanche une forte identité, un « esprit nipsonnien », évoque Loïc Dufeil. Près de 80 % des salariés ont quitté Nipson via un départ en retraite, affirme-t-il. Lors de la cessation d’activité, il subsistait cinq salariés.
L’entreprise a, dans un premier temps, été placée en redressement judiciaire et le tribunal de commerce de Belfort a prononcé sa liquidation par jugement, le 19 novembre 2025, en raison notamment de « l’absence de rentabilité, de la situation de la trésorerie et du poids du passif ». Un chapitre de l’histoire industrielle de Belfort s’est définitivement fermé.