(AFP – interview par Julie COSTE)
Que représente le Mondial de l’Auto de Paris pour Stellantis ?
Antonio Filosa – C’est un vrai plaisir parce que nous sommes très ancrés en France. C’est évidemment la maison de Peugeot, Citroën et DS, trois grandes marques de Stellantis.
En France, nous employons plus de 40 000 personnes. Nous avons 12 sites de production. Nous travaillons avec des centaines de fournisseurs et 22 % de l’ensemble de nos investissements en R&D (recherche et développement) y sont réalisés.
Le moment est important aussi, cinq mois après la présentation à nos investisseurs de notre plan stratégique, Fastlane 2030. Dans ce plan, nous avons promis 60 milliards d’euros d’investissements pour 60 nouveaux produits.
Quelles seront les nouveautés présentées au Mondial ?
Antonio Filosa – Ce sera la plus grande vitrine Stellantis jamais présentée, avec huit marques (Peugeot, Citroën, DS, Fiat, Lancia, Alfa Romeo, Leapmotor, Opel), neuf concept‑cars et 60 nouveaux modèles sur un stand de 5 000 m².
Tout le monde attend avec impatience la nouvelle 2CV. Ce sera assurément l’une des stars du salon.
La 2CV sera vendue moins de 15 000 euros. Est-ce nouveau pour le groupe de vouloir produire des voitures électriques plus abordables ?
Antonio Filosa – L’Europe vend 3 millions de voitures en moins par an depuis le covid (16 millions contre 19 millions).
Un tiers de ces voitures ont été perdues dans la tranche sous les 15 000 euros. Nous voulons revenir sur ce segment.
L’histoire de la 2CV a commencé en 1936, lorsque Pierre-Jules Boulanger, le patron de Citroën à l’époque, a imaginé une voiture très abordable, qui devait pouvoir transporter quatre personnes à 60 km/h, 50 kilos de pommes de terre et un panier d’œufs sans en casser aucun.
Nous avons la responsabilité d’en préserver l’accessibilité.
Nous allons développer ce produit sur une plateforme innovante, fabriquée en Europe, car nous croyons au « made in Europe ».
Que pensez-vous de la réglementation européenne sur l’automobile, dans un marché en plein bouleversement ?
Antonio Filosa – Deux choses sont très importantes : la législation sur les émissions de CO2 et sur le « made in Europe ». Ce n’est un secret pour personne : les constructeurs chinois déstabilisent le marché. Ils représentent désormais 10 % des ventes en Europe et cela va continuer d’augmenter.
Nous avons besoin que le cadre réglementaire européen instaure des règles du jeu équitables.
Si, en tant que constructeur, vous pouvez démontrer que votre voiture repose largement sur de la conception européenne, que vous avez beaucoup d’ingénieurs européens, d’usines et de fournisseurs européens, vous devez être récompensé.
Il faut garder un chiffre en tête : l’industrie automobile emploie 13 millions de personnes en Europe, nous devons les protéger. Sur l’autre volet réglementaire, qui concerne la manière dont l’Europe va gérer la transition énergétique, la flexibilité est essentielle.
L’urgence aujourd’hui concerne les véhicules utilitaires, où une plus grande flexibilité est nécessaire.
Pouvez-vous nous parler de vos partenariats avec les constructeurs chinois Leapmotor et Dongfeng, qui vont produire des véhicules respectivement dans les usines de Saragosse, en Espagne, et de Rennes ?
Antonio Folosa– « Partenariat » est le mot-clé. Nous avons créé des coentreprises dans lesquelles Stellantis détient 51% des parts. Elles disposent du droit exclusif de distribuer les voitures Leapmotor et Dongfeng en dehors de la Chine.
Nous voulons développer cette collaboration industrielle, cela implique un partage de connaissances.
En Europe, nous avons des capacités excédentaires. Nous devons surveiller l’efficacité de notre empreinte industrielle. Nous pourrions fermer des usines, mais ce n’est pas notre choix.
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