Plusieurs tombes l’une à côté de l’autre portent les noms de Dreyfus au cimetière israélite de Belfort. Ce sont les tombes de proches du capitaine Dreyfus, victime en 1894 d’une machination visant à le faire passer pour un espion à la solde de l’empire allemand. Le capitaine Dreyfus est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris, mais deux de ses frères, qui se sont installés à Belfort après l’exode alsacien de 1870, et leurs épouses reposent là.
Ces tombes figurent parmi les sépultures remarquables qui seront mises en valeur par quatre parcours thématiques qui doivent être mis en place dans les prochains mois. Le projet est porté par l’association Judaïques Cultures de Belfort, présidée par Gilles Benhamou. Nadia Hofnung a imaginé les parcours thématiques et son mari, Laurent, a pris en charge le montage des dossiers de demandes de subventions. Ainsi, la Fondation du Patrimoine, via son programme de sauvegarde du patrimoine juif, lui-même soutenu par la fondation Edmon J Safra, vient d’attribuer une aide de 133 000 euros au projet.
Quatre parcours thématiques
Les quatre parcours imaginés par Nadia Hofnung ont pour thème l’art et l’histoire, la vie juive, la société civile (maires, députés, industriels, philanthrope) et les combattants, résistants et victimes civiles de conflits. Une table d’accueil sera installée à l’entrée du cimetière les quatre parcours seront ponctués de cartels (sortes de panneaux explicatifs) qui donneront des informations historiques sur les tombes remarquables et les personnes qui y reposent. Ultérieurement, des QR codes seront ajoutés, qui permettront d’accéder à ces informations sur son smartphone.
« C’est un moyen de découvrir l’histoire de la ville », explique Laurent Hoffnung. Les textes seront finalisés en avril, afin que les cartels puissent être commandés en juin et être installés à partir de septembre. Laurent Hofnung espère une première réception en octobre et la finalisation de l’ensemble du projet en 2027.
L’oratoire à l’entrée du cimetière doit également être rénové. Sa toiture a été fortement endommagée par la grêle et des infiltrations d’eau ont dégradé plafond et murs. Le coût total du projet s’élève à 550 000 euros ; il est pour l’instant financé à hauteur de 50 %.
Le cimetière juif de Belfort est un espace privé. Il ne bénéficie donc pas de l’entretien de la commune, comme les cimetières de Brasse et de Bellevue qui sont des cimetières municipaux. Son entretien est donc à la charge de la communauté juive de Belfort, qui comprend de moins de membres à Belfort.
Une histoire commencée en 1811
La première inhumation remonte à 1811 dans ce cimetière, alors que la synagogue actuelle de Belfort a été érigée en 1857, grâce à l’apport financier de cinquante familles et à l’aide de l’Etat, qui pouvait alors encore financer des édifices religieux.
Lorsque la famille Dreyfus a quitté Mulhouse, elle a installé sa filature sur l’actuel site de Comafranc. Le frère ainé est resté à Belfort, raconte Laurent Hoffnung, tandis qu’un autre frère du capitaine s’installait à Paris.
Laurent Hoffnung évoque aussi Edouard Goldschmidt, pour lequel il a une affection particulière pour son implication dans la vie de la cité, en soutenant notamment l’enseignement technique. Décédé en 1967, il a créé une fondation, ensuite gérée par sa fille, Simone. Cette fondation délivre quatre prix et bourses pour soutenir des élèves méritants du lycée Follereau.
Intarissable et passionnant, Laurent Hofnung évoque aussi Lucien Dreyfus, créateur de la Cordonnerie parisienne, magasin de chaussure autrefois faubourg de France, à Belfort. Il avait fait don d’un immeuble à la Ville pour des logements sociaux.
Ou encore Edouard Lévy-Grundwald, maire de Belfort de 1925 à 1932, qui a lancé de nombreux aménagements urbanistiques à Belfort. Il s’est suicidé en 1932 et a refusé par testament que son nom soit donné à une rue de la ville. C’est finalement l’école des Barres qui porte son nom, depuis 2023.
Autant d’histoires qui seront à découvrir dans les futurs parcours thématiques du cimetière juif de Belfort.