Ces Nord Comtois qui ont brillé à la coupe du monde de football

La Coupe du Monde de football arrive à grand pas. Les Nord-Comtois ont brillé depuis la création de la compétition en 1930. Retour sur des parcours souvent liés au FC Sochaux-Montbéliard.
Le joueur du FC Sochaux Lucien Laurent a été le premier buteur de la coupe du monde de football en 1930. | ©Domaine public

Jordan Lahmar-Martins

La Coupe du Monde de football arrive à grand pas. Les Nord-Comtois ont brillé depuis la création de la compétition en 1930. Retour sur des parcours souvent liés au FC Sochaux-Montbéliard.

Les Nord-Comtois sont nombreux à avoir foulé les pelouses lors des événements organisés par la FIFA (fédération internationale de football). Mais avant d’aller plus loin, comment les Nord-Comtois ont été sélectionnés ? Pour être retenu, il faut avoir évolué cinq ans dans un club de l’Aire urbaine ou être né dans le nord Franche-Comté. Ainsi des joueurs emblématiques du FC Sochaux comme Faruk Hadžibegić ou Roger Courtois ne figurent pas dans cette liste. 

Les pionniers des années 1930

La coupe du monde de football est une invention comtoise. Jules Rimet est un dirigeant français né à Theuley en Haute-Saône. Il est le fondateur de la Fifa et de la coupe du monde. Les conditions de la première édition sont assez inédites. Rimet et ses collègues pensent à s’adresser à un pays européen pour l’organisation. Cependant, aucun État du Vieux Continent ne se positionne. Le coût de la compétition est élevé et le résultat est incertain. Par chance pour la FIFA, l’Uruguay, qui veut célébrer son centenaire d’indépendance, prend le risque d’organiser l’événement.

Les équipes européennes ne se déplacent guère. Il faut redoubler d’effort pour que Rimet réussisse à convaincre son pays d’envoyer une délégation par bateau. À l’époque, le ballon rond n’est pas encore professionnalisé. Les employeurs libèrent les ouvriers. Parmi eux, les Peugeot laissent partir quelques-uns de leurs salariés. Le voyage dure quinze jours environ. Selon l’hebdomadaire Football, en date du 24 juillet 1930 : « Le voyage s’est passé dans les meilleures conditions. […] Peu à peu, les Français se sont familiarisés avec la vie du bord et le voyage s’est sans qu’ils aperçoivent de sa durée. […] Les seuls qui ont eu à souffrir du mal de mer furent Lucien et Jean Laurent et Maschinot. Mattler fidèle à son patron, ne parlait toute la journée que des derniers succès de la Peugeot. » Ce témoignage est surprenant car seul les joueurs sochaliens sont atteints de mal de mer… Une manière de rappeler que les Doubistes sont les plus éloignés des terres peut-être.

André Maschinot est Valdoyen. Attaquant, il réalise l’essentiel de sa carrière dans des clubs locaux, comme Strasbourg par exemple. Il ne participe qu’à un seul match, une défaite de la France face à l’Argentine. Il ne connaît pas la carrière de la légende Étienne Mattler. Le Belfortain, solide défenseur, participe aux trois premières éditions de la coupe du monde. Il est le témoin des jeux géopolitiques mondiaux. Ainsi, en 1938, l’équipe d’Autriche déclare forfait quelques mois avant la compétition. La raison de ce retrait ? L’annexion du pays par l’Allemagne nazie.

Allié de l’Allemagne, l’Italie de Mussolini rencontre la France en quart de finale. Pour le régime fasciste, battre l’Hexagone, et plus largement remporter la compétition, est un vecteur de puissance. Le match du 12 juin 1938 a donc une valeur particulière. Mattler a fort à faire face aux offensives italiennes. Malgré toute sa détermination, le Belfortain ne peut empêcher l’élimination de son équipe. Quelques mois plus tard, une autre rencontre opposera Français et Italiens à Naples. Avant le match, les officiels italiens ne font pas jouer la Marseillaise. Cette situation provoque l’ire de Mattler qui se mettra à chanter l’hymne national dans une auberge après le match. Le Belfortain sera résistant pendant la Seconde Guerre mondiale avant de devenir entraineur après guerre. Il se reconvertit en occupant un tabac-bar à Bavilliers. Il décède en 1989.

Suisses et Sochaliens : les années 1950

Après le conflit mondial, une nouvelle compétition se déroule au Brésil. La France ne se  déplace pas, pourtant un Nord-comtois participe à l’événement. Jacques Fatton est né à Exincourt en 1925. Né d’un père suisse et d’une mère française, il atterrit en Suisse. Il fait les beaux jours du Servette de Genève. Il est sélectionné avec la « Nati » pour l’édition 1950.

Pendant les matchs de poule, il réalise un doublé d’anthologie face au Brésil. Quatre ans plus tard, l’Exincourtois est de nouveau sélectionné. Il inscrit le dernier but face à l’Italie au Stade Saint-Jacques de Bâle. Ce « pion » permet à la Suisse d’atteindre le quart de finale, meilleure performance de la nation helvète en coupe du monde. Peu après, Fatton quitte la sélection suisse. Après un passage à l’Olympique lyonnais, il finit sa carrière au Servette de Genève, devenant le meilleur buteur suisse de son temps. Il décède en 2011.

Fatton ne croise pas, en 1954, la route du Sochalien Jean-Jacques Marcel.  Provençal d’origine, il joue depuis 1949 avec les Lionceaux. Il est aussi de la formidable aventure des Bleus en 1958.

La génération dorée

Très connue, la génération sochalienne formée dans les années soixante-dix arrive en équipe nationale. L’exploit sochalien en coupe d’Europe en 1980 a attiré les regards et permis à des noms légendaires d’être internationaux : Bats, Rust, Stopyra, Soler, Genghini, etc. Ces joueurs participeront activement aux épopées de 1982 et 1986. L’un des premiers sélectionnés est Bernard Genghini. L’Alsacien illumine la compétition de deux buts. Le premier signé contre le Koweit. Au cours de ce match, le frère de l’émir du Koweit entre sur le terrain. Il parvient, à la stupéfaction de tous, à faire annuler un but français. Genghini est accompagné par l’ancien sochalien Gérard Soler, resté six années dans le pays de Montbéliard.

Après la désillusion face à l’Allemagne de l’Ouest, les Français reviennent revanchards pour l’édition de 1986. Si la France peut vivre ces moments c’est grâce aux gardiens formés à Sochaux. Bats et Rust, titulaire et remplaçant en 1986. À l’attaque, Yannick Stopyra apparaît comme l’une des révélations françaises. Il inscrit notamment le pion de la victoire face à l’Italie en huitième de finale. Il a été formé à Sochaux.

Nord-Comtois d'Afrique

Depuis les années quatre-vingt, peu d’internationaux Nord-Comtois ont participé à une coupe du monde avec la France. Les nouveaux joueurs sont à trouver dans les sélections africaines. Souvent formés dans des centres de formation français, ces joueurs portent les couleurs d’autres sélections. Ils ont bénéficié d’un allégement des règles des binationaux en 2003. Désormais, un jeune footballeur sélectionné en équipe de France chez les jeunes peut par exemple évoluer dans une sélection étrangère une fois majeur. Il suffit parfois même d’avoir seulement un grand-parent d’une nationalité étrangère pour jouer pour un autre pays.

 

Les sélections du monde entier tentent alors de renforcer leurs équipes, France compris. Le sélectionneur Raymond Domenech tente ainsi d’attirer le Franco-argentin Gonzalo Higuain chez les Bleus sans succès. Pour d’autres sélections, notamment africaines, la stratégie consiste à s’appuyer sur la diaspora pour intégrer des talents à l’équipe nationale.

 

C’est la stratégie choisie par l’Algérie à la coupe du monde 2010. Sur les vingt-trois joueurs des « Verts », vingt sont nés en France. Cette tactique est payante. Anthar Yahia, qui a grandi à Belfort, qualifie l’équipe pour sa première compétition mondiale depuis 1986. Il marque un but légendaire contre le rival égyptien. Pour son arrivée en Afrique du Sud, Anthar est accompagné par un jeune colmarien qui réside à Belfort, Ryad Boudebouz. Ce dernier, joueur de Sochaux, ne peut empêcher l’Algérie de sombrer. Quatre ans plus tard, Boudebouz est de l’épopée brésilienne.

 

Les Algériens tombent sur l’Allemagne en huitième de finale. Près de trente ans avant, l’Allemagne de l’Ouest et l’Algérie étaient déjà dans la même poule, accompagnés de l’Autriche. L’Algérie attend alors une victoire de l’Allemagne ou de l’Autriche, qui s’affrontent, pour être qualifiée. Les deux équipes germanophones réalisent un match nul, insipide. « Le match de la honte », comme il est couramment appelé, entraîne des changements dans l’organisation de la coupe du monde. En 2014, les Verts ont l’occasion d’effacer cet affront. Malgré un match parfait, l’Algérie est éliminée avec un Boudebouz remplaçant.

 

Un Montbéliardais avait déjà rejoint la sélection marocaine dans les années quatre-vingt-dix : Gharib Amzine. Il évolue alors au FC Mulhouse, qui végète en deuxième division. Il est appelé à partir de 1997 avec les Lions de l’Atlas. Il participe à la coupe du monde 1998. Le Maroc est dans une poule relevée : Le Brésil, futur finaliste, la Norvège qui compte de nombreux joueurs évoluant en Angleterre, et l’Écosse. Les Marocains perdent contre les Brésiliens de Cafu et de Ronaldo. Ils parviennent cependant à dominer les Écossais et à accrocher les Norvégiens. Leur élimination n’est due qu’à un penalty sifflé à la fin du match entre le Brésil et la Norvège. Gharib Amzine participe à tous les matchs au poste de milieu de terrain. Sa participation va accélérer sa carrière ; il signe quelques semaines après la compétition à Strasbourg.

 

Des joueurs étrangers à l’Aire Urbaine sont aussi devenus des Nord-comtois d’adoption. C’est le cas d’Omar Daf, ancien entraîneur de Sochaux. Le Sénégalais débarque en Belgique en 1995. Ses débuts font l’objet d’un documentaire sorti la même année : Omar Daf, un footballeur africain. On y voit un certain désenchantement, l’institution sportive belge avait promis mont et merveilles, il n’en sera rien. Après avoir erré deux ans, Daf débarque au FC Sochaux où il devient très vite titulaire. Le reste est entré dans la légende. Ses performances attirent la sélection sénégalaise qui le choisit pour la coupe du monde 2002.

 

Face à la France, considérée comme la meilleure équipe du monde, les Sénégalais réalisent l’exploit. Une victoire historique, une humiliation pour certains commentateurs. Passé la Coupe du Monde, Omar continue sa carrière dans le pays de Montbéliard. Blessé plusieurs fois, il n’est pas renouvelé par le club doubiste. Après un passage à Brest, il termine sa carrière dans son club de toujours. Il signe avec un projet de reconversion professionnelle. D’abord adjoint, il devient entraîneur principal de l’équipe en 2018. Il a quitté son poste en 2022. Il est le témoin privilégié des tumultes de l’équipe sochalienne qui changera trois fois de propriétaire en sept ans.

 

Grâce à Sochaux, de nombreux joueurs ont pu participé à la coupe du monde. On aurait pu évoquer la présence du « jaune et bleu » Bernard Bosquier en 1966 avec la France . Plus récemment, Adel Chedli en 2006 avec la Tunisie a participé à une coupe du monde après sept ans passés à Sochaux.

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