Vincent Ilhe : « C’est le rôle de La Poudrière de remettre de l’huile dans le moteur »

Vincent Ilhe, 41 ans, est le nouveau directeur de La Poudrière à Belfort. Il a pris ses fonctions le 16 mars, au moment de la fermeture administrative de l’établissement… Aujourd’hui, il propose avec son équipe un programme hors les murs pour faire vivre l’institution et remettre de l’huile dans le moteur.

Vincent Ilhe, 41 ans, est le nouveau directeur de La Poudrière à Belfort. Il a pris ses fonctions le 16 mars, au moment de la fermeture administrative de l’établissement… Aujourd’hui, il propose avec son équipe un programme hors les murs pour faire vivre l’institution et remettre de l’huile dans le moteur. Et présente son projet teinté de proximité, de partenariat et de travail avec le territoire. Avec un objectif : l’obtention du label de Scène des musiques actuelles (Smac).

Quel est votre projet pour La Poudrière ? Quelle est votre philosophie ?

La philosophie de La Poudrière et de Rockhatry c’est tout d’abord la proximité de nos équipements dont nous avons la gestion. La Poudrière est une salle à taille humaine, de 235 places, ce qui garantit une relation quasi inédite, à l’heure actuelle, entre public et artiste et même entre équipe accueillie et équipe des permanents. C’est pareil à Rockhatry. Ce sont certes des locaux de répétition, mais c’est aussi bien plus ; il y un attachement aux personnes et aux lieux. Nous voulons continuer à développer cette proximité.

Cette notion de proximité implique-t-elle aussi de développer plus de choses avec l’extérieur ?

Tout à fait. La volonté de mon projet est d’asseoir La Poudrière dans la ville de Belfort, en tant que partenaire privilégié des différents services, que l’on soit identifié en tant qu’acteur musical, mais aussi au niveau du département. Belfort cristallise un peu toutes les synergies du département. On a tendance, quand on est Belfortain, à oublier qu’il y a d’autres choses dans le nord Territoire ou le sud Territoire. Que ce soit l’action culturelle ou en diffusion, j’ai vraiment envie de prendre mon bâton de pèlerin et d’aller battre la campagne.

« Que ce soit l’action culturelle ou en diffusion, j’ai vraiment envie de prendre mon bâton de pèlerin et d’aller battre la campagne »
Vincent Ilhe
Directeur de La Poudrière

Vous avez déjà développé des actions dans des Ehpad et à la maison d’arrêt. Souhaitez-vous aller plus loin ?

Absolument. Un des objectifs clairement affichés par l’association (les Riffs du Lion, qui gère La Poudrière et Rockhatry, NDLR) est d’obtenir le label de Scène de musiques actuelles (Smac), délivré par le ministère de la Culture. Ces missions de travail hors les murs et pour différents publics  – public empêché, public ruraux, public urbain – font partie du cahier des charges. Ce n’est pas une contrainte. C’est quelque chose que nous pratiquons et en quoi l’équipe croît : au niveau de la répétition ; au niveau de la régie ; au niveau de la communication. Tout le monde se nourrit de ce projet et en a besoin pour avancer. Nous sommes super contents de remplir une camionnette de matériel et d’aller faire un concert hors les murs. La crise du covid nous oblige à créer autre chose. Nous étions très heureux de pouvoir proposer une randonnée musicale, le 11 juillet (30 participants, au ballon d’Alsace, avec trois pauses musicales, animée par Fred Hug, NDLR). Nous sommes aussi très content que des maires de communes avoisinantes nous fassent confiance et nous accueillent (le 16 juillet, un concert en extérieur a été organisé à Saint-Germain-le-Châtelet, NDLR).

Comment existe-t-on dans cette période singulière ? Vous avez parlé de la randonnée musicale du 11 juillet, une autre est programmée en août…

Nous sommes force de propositions. Nous nous sommes aperçus pendant le confinement que les gens avaient besoin de spectacles vivants, de concerts, de danse, de théâtre. On a pu se retrouver sans rien faire et avec un trop plein d’écran : live Facebook, réseau sociaux. Nous avons proposé ce type de rendez-vous et cela a très bien marché. Nous avons même réussi à créer du lien avec des artistes locaux. Mais nous nous sommes aussi dit qu’il fallait s’avouer vaincu. Notre force, c’est de savoir s’arrêter et de se poser. Si nous n’avons rien à dire, nous n’allons pas faire pour faire. À partir du moment où il était possible de proposer de nouveau des choses, nous avons eu cette idée de randonnée musicale, pour faire jouer des artistes belfortains ou locaux. Des intermittents qui ne travaillent pas depuis le mois de mars. La Poudrière vit d’argent public. Nous avons les moyens de le faire, c’est notre rôle de remettre de l’huile dans le moteur pour relancer la machine. C’est avec grand plaisir que nous avons accueilli Fred Hug pendant la randonnée musicale et que nous faisons jouer le groupe de jazz Beyond trio à Saint-Germain-le-Châtelet, qui répète aux Rockhatry, dans le cadre du concept La Poudrière s’invite. Cela faisaient trois mois qu’ils n’avaient pas fait le moindre cachet (Le 21 juillet, c’était le groupe Mines Floors Cowboy qui jouait devant le fort de Meroux à Meroux-Moval, NDLR). Nous avons voulu proposer quelques concerts pour ne pas finir la saison sur une mauvaise note. Ensuite, nous avons pris le pari de ne faire que du hors les murs sur la première partie de saison, au mois de septembre et début octobre.

« Un des objectifs clairement affichés par l’association est d’obtenir le label de Scène de musiques actuelles (Smac), délivré par le ministère de la Culture »
Vincent Ilhe
Directeur de La Poudrière

Qu’est-ce qui nous attend sur la prochaine saison ?

Beaucoup de choses en partenariat, que ce soit avec Conte & Compagnies (festival organisé par le conseil départemental, NDLR), avec des associations étudiantes pour un évènement de rentrée ; nous avons envie de faire une présentation de saison devant La Poudrière. Nous ne savons pas encore ce que nous serons en mesure d’annoncer, mais nous avons envie de provoquer des moments de concert. Des moments de rencontres. Parce que nous avons besoin de revoir des gens. Il y a aussi pour nous une nécessité de ne pas perdre les publics ; il y a une grosse incertitude. Quand nous allons rouvrir, les gens vont-ils revenir ? Il faut les rassurer, en proposant des spectacles, en proposant des concerts, pour ne pas déshabituer les gens à avoir du spectacle.

L’incertitude du retour du public pose plusieurs questions : quand ? dans quelles conditions ? avec quels blocages psychologiques ? Ces éléments peuvent avoir des conséquences sur la billetterie et le bar. Quelles sont leurs parts dans le budget ?

Cela représente 25 %, rien que la partie concert ; nous avons aussi été touchés sur les rentrées financières liées aux répétitions, à Rockhatry, qui représentent 5 % des recettes de l’association. Forcément, tous ce qui est partenariat privé, les mécènes… C’est compliqué pour tout le monde. Nous ne sommes pas non plus en mesure d’assurer des contreparties, ne pouvant pas proposer des concerts ou des temps privilégiés.

L’ambiance club de La Poudrière fait-elle sa force ?

Tout à fait. C’est ce côté club à l’Anglaise qui fait toute la force du bâtiment et de ce que l’on peut ressentir. C’est sûr qu’il va falloir convaincre les gens, aller les chercher. Il faudra être patient avec le public. À nous de bien communiquer, d’expliquer et surtout de rassurer. Nous avons les moyens de proposer des concerts, alors faisons-le. C’est vraiment notre rôle. C’est de l’intérêt général. Mon job, c’est de faire jouer des artistes et de relancer la machine. On peut le faire, mais pas à La Poudrière. Pour éviter les déceptions, nous n’avons pas non plus ouvert la billetterie.

Mon job, c’est de faire jouer des artistes et de relancer la machine. On peut le faire, mais pas à La Poudrière. Pour éviter les déceptions, nous n’avons pas non plus ouvert la billetterie.
Vincent Ilhe
Directeur de La Poudrière

Vous êtes à La Poudrière depuis 17 ans… Vous voulez une nouvelle dynamique, mais vous êtes marqué par ces murs… Que voulez-vous en garder ?

C’est une question que je me suis posé quand j’ai décidé de postuler. Est-ce que faire du neuf avec de l’ancien, n’est-ce pas risqué ? N’est-ce pas une mauvaise image que peut renvoyer la structure ? Est-ce que ma nomination ne renvoie pas l’image que les dés étaient peut-être pipés ? J’ai décidé d’y aller parce que je sortais de 10 ans fantastiques avec Sandrine Dupuy où on a construit un projet de Smac partagé avec le Moloco, un projet qui avait du sens sur le territoire, et avec des valeurs que l’on partage toujours avec David (David Demange, le directeur du Molodo, NDLR). Je sortais aussi de trois supers années avec Jean-Paul (Jean-Paul Roland, directeur des Eurockéennes, NDLR) et son équipe. Il y a de l’humain qui a été créé, un apport en compétences. Il y a vraiment du positif dans l’expérience du mandat de gestion aux Eurockéennes. Je ne m’inscris pas en rupture. C’est plus une continuité. La volonté est de prendre ce qui a réussi, ce qui m’a fait vibrer dans les différents projets et d’essayer d’apporter ma patte dans tout ça ; en étant effectivement, j’en ai conscience, le gardien du temple.

Pour la programmation, comment cela se passe ?

C’est moi qui l’ait récupéré. On va la gérer de façon collégiale. On travaille toujours en réseau, que ce soit avec La Vapeur (Dijon), La Rodia (Besançon) ou le Noumatrouff (Mulhouse) ; on se connaît, on s’apprécie et on se donne les bons tuyaux.

L’association en chiffres

  • 6 salariés à La Poudrière et aux studios du Rockhatry, bientôt 7 ; le recrutement d’un administrateur est sur les rails
  • Une trentaine d’intermittents, hors artistes, interviennent chaque année
  • 5 salles de répétition au Rockhatry
  • Une cinquantaine de groupes répètent au Rockhatry
  • 235 personnes, la jauge de La Poudrière
  • 500 000 euros HT de budget annuel
  • Une quarantaine de dates par an
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