Victor Trapp, monsieur développement durable des Eurockéennes

Pour la première fois, les Eurockéennes de Belfort ont embauché une personne chargée de coordonner toute la politique liée au développement durable. L’accent a été mis en 2019 sur le tri des déchets et leur réduction.

Pour la première fois, les Eurockéennes de Belfort ont embauché une personne chargée de coordonner toute la politique liée au développement durable. L’accent a été mis en 2019 sur le tri des déchets et leur réduction. Le festival est une véritable bulle, dans un écrin de verdure. Il a compris l’urgence de le préserver. Rencontre avec Victor Trapp.

« Les Eurocks, c’est le Malsaucy. » L’un ne va pas sans l’autre. L’image du festival est attachée à celle de son écrin. Et la renommée de cet espace naturel est mariée à la renommée du festival. En une phrase, Victor Trapp, 23 ans, assistant développement durable aux Eurockéennes de Belfort depuis le mois d’avril, résume la singularité de cet événement : l’enchevêtrement d’un festival attirant près de 135 000 personnes sur 4 jours, organisé au cœur d’un espace naturel. « Depuis la première édition (il y a 30 ans, en 1989, NDLR), il y a un lien très fort entre ces deux identités », poursuit le jeune homme, mélomane, adepte d’électro et de rap, qu’il a rassemblé dans une esthétique propre à lui : l’électro-trapp !

Sa présence est révélatrice de la volonté du festival d’améliorer son empreinte environnementale. Il y a quelques mois, Les Eurockéennes de Belfort ont donc publié une annonce. Elles recherchaient un stagiaire pour piloter la dimension développement durable du festival. Victor Trapp terminait son Master 2 de droit des énergies renouvelables et des ressources naturelles. Il cherchait un stage pour valider sa formation. Il a donc conjugué sa passion à sa conscience écologique.  

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Le nombre de cendriers de poche achetés par la maison départementale de l’environnement et distribués aux festivaliers

156 tonnes de déchets en 2018

Si en 2017, on avait enregistré 170 tonnes de déchets au festival, en 2018, on en compte 156 tonnes. 10 kilos de mégots ont également été ramassés, soit près de 50 000 unités. « Le grand objectif de cette édition, c’est de réduire la présence du plastique sur le site », souligne Victor Trapp, casquette à visière plate vissée sur la tête. La première option est de réduire le nombre de bouteilles plastiques vendues. Et de passer de 100 000 bouteilles à 10 000 bouteilles collectées. « C’est une réduction drastique, insiste le spécialiste du développement durable. Il y a une vraie volonté. » Pour répondre à ce défi, il est interdit de vendre des bouteilles en plastique. Coca cola est donc revenu à ses canettes en métal le temps du festival. De leurs côtés, les techniciens participant au chantier ont troqué les bouteilles par des gourdes, fournies par le festival, qu’ils peuvent remplir à l’une des deux fontaines à eau installées sur le site. Autre manière de réduire le plastique : la mise en place de couverts biodégradables. Les stands ont l’obligation de se soumettre à cette obligation contractuelle. Cette politique semble déjà porter ses fruits. « Luc Vejux, le régisseur nettoyage des Eurockéennes, m’a dit ce vendredi matin que le site avait été propre plus vite après la soirée de jeudi », rapporte, satisfait, le jeune homme.

La venue de Victor Trapp marque aussi la volonté de faire une synthèse sur la gestion des déchets. Le festival traite onze flux différents de déchets. Papier, bio-déchets, verre, bois, métal… Deux déchetteries sont même installées le temps du festival. L’une sur le site et l’autre au camping. Toutes les poubelles captées par l’équipe de nettoyage – qui compte une centaine de personnes – sont retriés systématiquement pour garantir la qualité du tri. « C’est un travail titanesque », remarque Victor. Mais l’enjeu est important. Sur le site, on ne trouve que des poubelles bi-flux (recyclable / non-recyclable) car le verre est interdit dans l’enceinte du festival.

Poubelle tri-flux aux Eurockéennes. Les meubles ont été conçus par Luc Véjux (©Le Trois – Sam Coulon)
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En litres, le volume d’eau pollué lorsque l’on jette un mégot au sol.

Dans d’autres parties du site, on trouve des meubles de poubelles avec des poubelles tri-flux : vert (verre) ; jaune (recyclable) ; gris (non recyclable). On y ajoute une collecte du verre. Les autres flux correspondent à des filières déchets liées au chantier (bois, métal…) ou aux stands alimentaires du festival. Les déchets ne sont donc pas les mêmes selon le lieu du festival et le moment. Lors des quatre jours du festival, on génère par exemple plus de bio-déchets, alors que pendant le chantier, on génère de nombreuses chutes de bois. Les déchets pouvant être valorisés le sont, comme les bio-déchets collectés aux stands alimentaires. Ils sont ensuite envoyés à Ribeauvillé (Haut-Rhin), dans une filière de valorisation, dans un processus de méthanisation. Mais quelle que soit notre volonté en matière de déchets, « le meilleur des déchets est celui que l’on ne crée pas », relève tout de même Victor Trapp.

Changer les comportements

Si le festival a 30 ans, les Eurockéennes de Belfort se sont inscrites dans une politique de tri sélectif il y a une dizaine d’années. En même temps, ils ont opté pour les éco-cup. Cette année, Les Eurockéennes, en parallèle de la maison départementale de l’Environnement (MDE), mettent l’accent sur la préservation de l’environnement et sa sensibilisation. « Les déchets ont toujours été une urgence, concède Victor Trapp. Les festivals prennent conscience aujourd’hui de les valoriser et de les réduire. » Et c’est dans cette volonté que le festival a recruté un responsable développement durable. Tout en sachant que pour un festival, tous ces choix, ce sont aussi des investissements coûteux : achat de gourdes à tous les techniciens ; achat d’un kit de valorisation des mégots… Ce sont de vrais choix. « Les Eurockéennes se donnent les moyens et donnent les moyens aux gens d’avoir un comportement éco-responsable dans la gestion des déchets », conclut Victor Trapp.

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