Vandoncourt : quand la démocratie participative ne freine pas le vote d’extrême droite

Le vote Marine Le Pen est souvent associé à une désillusion face au fonctionnement démocratique français. Pourtant, à Vandoncourt, petit village du Doubs à 13 kilomètres de Montbéliard, la démocratie participative exercée depuis plus de 50 ans n’a pas empêché la candidate d’arriver en tête. Reportage.

Le vote extrémiste est parfois associé à une désillusion face au fonctionnement démocratique. À Vandoncourt, petit village du Doubs à 13 km de Montbéliard, la démocratie participative se pratique depuis 1971. Cela n’a pas empêché Marine Le Pen d’arriver en tête des suffrages exprimés, ce dimanche 24 avril au soir. Reportage dans cette cité que l’on surnomme « le village aux 600 maires ».

En ce lendemain de second tour de l’élection présidentielle, la commune de Vandoncourt, à 13 km de Montbéliard, est déserte. Comme tous les lundis, l’épicerie est fermée. L’école aussi, puisque c’est les vacances scolaires. Et la pluie battante a fini de chasser les derniers promeneurs. En mairie, Patrice Vernier, maire de Vandoncourt, se prépare pour la réunion hebdomadaire avec les 13 élus de la commune. « Cela leur permet de rapporter chaque semaine les propos des habitants de la commune », explique-t-il. Car les habitants y ont une place et une parole tout à fait importante.

« Laboratoire de la démocratie », « village des 600 maires »… Depuis 1971, Vandoncourt pratique la « démocratie participative ». C’est Jean-Pierre Maillard Salin qui, élu maire cette année-là et fraîchement rentré d’Afrique, décide de mettre en place ce concept testé en Amérique depuis une dizaine d’années, mais qui est encore très peu connu en France. Son projet : impliquer les 600 habitants de la commune dans la vie politique locale et en faire des acteurs des décisions importantes (retrouvez un reportage vidéo avec des images d’époque sur le projet).. Une tradition qui a perduré, puisque aujourd’hui, avec 850 habitants et Patrice Vernier comme maire depuis 2001, la démocratie participative tient bon.

Les habitants participent aux commissions, prennent la parole, sont conviés chaque année à de grandes réunions publiques pour définir les axes de l’année, convoquent des experts sur les sujets importants pour prendre au mieux les décisions de politique locale. Les habitants passent beaucoup de temps ensemble pour organiser de grands chantiers collaboratifs, des balades gourmandes, des concours de talents, de peinture, ou encore pour être bénévole dans la trentaine d’associations de la commune, dont l’association Vandoncourt sans frontières. Association que le maire défend fièrement, qui montre « l’ouverture et la richesse des habitants ».

Malgré cette démocratie participative – « plutôt tirée de politiques sociales de gauche », convient le maire – 53,99% des suffrages exprimés à Vandoncourt ce dimanche soir ont été en faveur de Marine Le Pen. Dans l’imaginaire collectif, ce vote en faveur du Rassemblement national, renvoie plutôt à un ras-le-bol du système démocratique français. Ce résultat n’étonne cependant pas le maire. « Les choses étaient déjà ainsi en 2017. À ce moment-là, j’avais été très perturbé que Marine Le Pen soit en tête. Mais cette fois, je m’y attendais.» Au 1er tour, l’affection pour la candidate d’extrême droite s’était déjà exprimée. Elle était en tête, recueillant 32,68% des suffrages exprimés, alors qu’Emmanuel Macron arrivait deuxième, loin derrière, avec 22,37% des voix. Plus de 10 points d’écart entre les deux candidats. L’abstention, de son côté, est plutôt contenue et plus faible qu’à l’échelle du pays. Elle était de 20,90 % ce dimanche 24 avril  et de 20,15 % le 10 avril à Vandoncourt, contre un taux de 28,01% à l’échelle nationale.

Déconnexion entre la vie politique locale et nationale

« [Ce vote] est difficile à saisir. Dans le village, les habitants ont le sens de l’accueil et du partage. Nous cultivons avec notre démocratie la richesse de l’autre », expose le maire. Il évoque, entre autres, des chantiers « jeunes » où 13 nationalités différentes ont été représentées. Ils montrent les photos de l’événement pour preuve, le sourire aux lèvres. « C’est d’autant plus difficile à comprendre que les habitants connaissent mon hostilité pour le Rassemblement national. Et pourtant, j’ai été élu quatre fois. Comme quoi », plaisante-t-il.

En 2017, le maire raconte avoir été discuté avec les habitants pour comprendre pourquoi la candidate d’extrême droite arrivait favorite. Pour la majorité, les habitants se plaignaient de constater à la télévision une montée de l’insécurité. « Tous m’ont dit être très bien dans le village et dans le système de démocratie participative. Leur vote n’est en rien une fronde contre ce qu’ils vivent au quotidien dans la vie politique locale », pointe le maire. « En fait, il y a une véritable différence entre les décisions que les habitants prennent au niveau local et national. Pour eux, les deux sont totalement déconnectés, d’où les votes parfois peu compréhensibles à notre échelle. La vraie peur est nourrie par des conclusions tirées sur l’insécurité nationale. Même si c’est très loin d’être le cas à l’échelle du village », se désole Patrice Vernier. 

Frédéric Barbier, député de la 4e circonscription du Doubs dont fait partie Vandoncourt, membre du parti Territoires de Progrès rattaché à l’Assemblée nationale au groupe de La République en Marche (LREM), analyse : « Ces votes, essentiellement dans les communes rurales, montrent qu’il faut faire de la politique autrement. Les Français ont l’impression de voter pour quelque chose de lointain, pour des choses qui se passent à Paris.» D’où le fait que les décisions prises pour l’élection présidentielle soient si déconnectées entre le paysage politique local et le choix aux urnes, notamment pour Vaudoncourt. Pour lui, un nouveau système est nécessaire pour associer les Français aux grandes décisions et donc, leur redonner le goût de la démocratie pour éviter des votes vers des partis d’extrême. « Avec les nombreuses réformes que l’on a faites, nous avons perdu beaucoup de gens. Ce vote RN, ce sont des gens qui disent : Parlez-nous, écoutez-nous », clame le député avant de conclure : « Ce sera un des défis de demain. Prendre en compte ces votes d’extrême et trouver des solutions. »

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