Un don de 45 estampes de Picasso complète la Donation Jardot

Le musée d’art moderne – donation Maurice Jardot, à Belfort, a reçu un don exceptionnel de 45 estampes réalisées par Picasso. Des gravures qui viennent complétées la riche collection de ce musée qui célèbre ses 20 ans.

Le musée d’art moderne – donation Maurice Jardot, à Belfort, a reçu un don exceptionnel de 45 estampes réalisées par Picasso. Des gravures qui viennent compléter la riche collection de ce musée qui célèbre ses 20 ans. Une exposition a été construite autour de ces œuvres, La Caisse à remords. Picasso graveur.

« C’est un don inestimable. » Damien Meslot, maire de Belfort, est bien conscient de la valeur du don reçu par le musée d’art moderne – Donation Maurice Jardot (lire par ailleurs). Ses collections comptent désormais une série de 45 gravures réalisées par le maître du cubisme. Des œuvres gravées entre 1919 et 1955, mais seulement imprimées en 1960. Cette série – une sélection réalisée par le maître – est « un journal de la vie de Picasso », « un retour sur lui-même », « une introspection », décrit Marc Verdure, directeur des musées de Belfort et de la citadelle, commissaire de l’exposition La Caisse à remords, Picasso graveur, organisée en écho à cette donation. Ces estampes soulignent sa capacité « à renouveler infatigablement quelques thèmes durant toute sa vie : le portrait, le couple, les jeux, la bacchanale », ajoute-t-il.

Ces travaux montrent surtout une autre facette de l’artiste, dans un domaine que l’on connaît peu et qu’il maîtrise pourtant très bien : la gravure. On lui attribue la création de près de 2 000 estampes entre 1899 et 1972, « se passionnant pour l’aspect artisanal des procédés d’impression », explique le musée. « Il l’expérimente toute sa vie », complète Marc verdure. Dans ces œuvres, il laisse s’exprimer « ce qui sort de lui-même ». Il y a un côté « reptilien », analyse le commissaire de l’exposition. « L’important, pour Picasso, c’est le processus », poursuit-il. C’est ici que s’inscrit sa manie de dater ses œuvres. Selon le musée, Picasso estime « qu’il ne suffit pas de connaître les œuvres d’un artiste. Il faut aussi savoir quand il les faisait, pourquoi, comment, dans quelle circonstance ». Et on sent dans ces œuvres qui s’affichent sur les murs du musée, la dimension « frénétique » de son travail.

L’histoire d’un don

Ce don de 45 estampes est celui de Quentin Laurens, directeur de la galerie d’art Louise-Leiris, à Paris. Quentin Laurens est l’exécuteur testamentaire de Maurice Jardot, qui a fait don d’une partie de sa collection en 1999 à Belfort. Une donation à l’origine de la création du musée d’art moderne – Donation Maurice Jardot. « C’est un geste d’une grande valeur, apprécie Damien Meslot. Nous sommes honorés. » Maurice Jardot ne détenait pas dans sa collection ce type d’œuvres de Picasso. Pour Marc verdure, Quentin Laurens « surveille ce que l’on fait et il est content de ce qui se passe ». « Il remercie Belfort de ses efforts », confie le directeur. « Il nourrissait ce projet de donation depuis longtemps », ajoute-t-il. Les contraintes ont été nombreuses, notamment le fait qu’il devait payer des droits sur ce don. Les élus locaux ont sollicité le ministre de l’Économie à ce sujet, qui n’a pas cédé. « Quentin Laurens a fait fi de cette contrainte », conclut Marc Verdure. Pour le plus grand bonheur du musée belfortain.

Une exposition exceptionnelle

Soixante épreuves de chaque estampe de cette série ont été imprimées. Le musée détient donc l’une des soixante éditions qui existe au monde de cette série. Un jour, le marchand d’art de Picasso, Daniel-Henry Kahnweiler (dont la galerie était dirigée par Maurice Jardot !) lui demande de signer les milliers de feuilles que représentent ces estampes. « Devant cette montagne de papier, Picasso demande qu’on la mette dans un coin, préférant travailler plutôt que de se consacrer à cette tâche fastidieuse », raconte le musée. En 1973, à sa mort, ces œuvres ne sont toujours pas signées de la main du maître. Ainsi naît la légende de la caisse à remords. Les remords du marchand d’art de ne pas avoir fait signer ces œuvres. 

Extension du musée

Un projet d’extension du musée d’art moderne est à l’étude. Une extension de 600 m2, en regard de la restructuration du square Lechten, classé aux Monuments historiques. Ce projet est éligible au contrat métropolitain signé avec la Région au début de l’été. Le projet envisagé s’élève à 4,5 millions d’euros et l’aide régionale pourrait atteindre près de 2,2 millions d’euros. Ce sera une salle d’exposition temporaire, mais qui permettra de mettre en valeur des œuvres de la collection qui ne sont pas toujours visibles. Le programme reste à écrire, mais l’objectif est « d’augmenter le parcours », explique Marc Verdure. La collection belfortaine compte près de 200 numéros. Avant ce don, le musée comptait 13 œuvres de Pablo Picasso.

« Ces tirages sont authentiques, rassure tout de même, avec le sourire, Marc Verdure. Picasso avait donné son bon à tirer pour les impressions. » La signature a été apposée sur les œuvres, post-mortem, en accord avec ses descendants. Elles ont été faites avec un tampon humide.  

Dans le cadre de cette exposition, les œuvres sont complétées par 29 lithographies et linogravures prêtées par le Picassomuseum de Münster (Allemagne), « afin de présenter l’immense diversité de l’œuvre gravé de l’artiste », note le musée. Deux étages du musée sont consacrés à cette exposition qui célèbre également les 20 ans de la Donation Jardot.

Cette exposition est exceptionnelle. Ce sera l’une des seules fois où il sera possible d’observer l’ensemble des 45 estampes en même temps, permettant d’appréhender cette dimension expérimentale qui anime constamment Picasso. La fragilité du papier et de l’encre, très sensibles à la lumière, obligent le musée à les conserver et à les sortir avec parcimonie. Après la fin de l’exposition, les estampes seront visibles, mais à tour de rôle. On a jusqu’au 19 janvier pour les admirer.

  • Du 4 octobre, jusqu’au 19 janvier 2020. La Caisse à remords. Picasso graveur, au musée d’art moderne – Donation Maurice Jardot, à Belfort. Vendredi 4 octobre, visites guidées à 14 h, 15 h et 16 h.  Samedi 5 octobre, visites guidées à 14 h et 15 h. 30 minutes, pas de réservation. Entrée gratuite tout le week-end – Plus de renseignements sur le musée :  https://musees.belfort.fr/musee-s/musee-d-art-moderne-donation-maurice-jardot-971.html

Prêt à la fondation Louis-Vuitton

Ce don et cette exposition s’inscrivent dans un contexte particulier. Depuis plusieurs années, la fondation Louis-Vuitton, à Paris, prépare l’exposition Le Monde nouveau de Charlotte Perriand, une architecte et designer française. Elle était proche de Maurice Jardot et a même contribué à l’aménagement intérieur du musée d’art moderne de Belfort, qui accueille la donation de Maurice Jardot. « Au sein de ce projet, l’appartement de Maurice Jardot sera reconstitué et un éclairage particulier sera apporté sur la collection belfortaine », explique Marie Rochette de Lempdes, adjointe en charge de la culture. 32 œuvres sont donc prêtées par le musée de Belfort. Un projet préparé depuis 3 ans. Le don et l’exposition belfortaine se sont construits dans ce contexte, alors que le musée de Belfort perdait ses chefs d’œuvre pendant plusieurs mois et que l’on célébrait les 20 ans du musée. Ainsi est née, également, le prêt du Picassomuseum de Münster (Allemagne), pour compléter l’exposition consacrée aux gravures de Picasso. Le transport des 29 œuvres, qui s’élève à 15 000 euros, a été financé par l’entreprise LVMH, en contrepartie du prêt à la fondation Louis-Vuitton.  

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