Purple invente un revêtement routier avec une dalle perméable à base de produits recyclés

Purple alternative surface est une start-up belfortaine qui a inventé une dalle perméable, personnalisable et modulaire, conçue à partir de matières plastiques recyclées. Ce projet apporte des réponses à de nombreuses questions réglementaires, environnementales et d’aménagement du territoire.

Purple alternative surface est une start-up belfortaine qui a inventé un revêtement routier d’un tout nouveau genre : une dalle perméable, personnalisable et modulaire, conçue à partir de matières plastiques recyclées. Ce projet apporte des réponses à de nombreuses questions réglementaires, environnementales et d’aménagement du territoire.

Chaque minute, 19 tonnes de plastiques sont déversées dans l’Océan, interpelle Plastic Odyssey. C’est l’équivalent d’un camion poubelle. Effrayant. Selon l’Atlas du plastique 2020 (à retrouver ici), plus de 400 millions de tonnes de matière plastique sont produites chaque année dans le monde. Selon la même source, on en a produit plus depuis 2000 que lors des 50 années précédentes. Là encore, c’est une donnée effrayante. Pour contrer les conséquences de cette dynamique, Plastic Odyssey recense et stimule les projets de lutte contre la pollution marine due au plastique, à travers un tour du monde en bateau.

Une partie de la solution est portée par une start-up belfortaine, lancée il y a 18 mois : Purple alternative surface. Et la start-up va embarquer sur le navire cet été pour présenter son idée (lire ci-dessous). Purple alternative surface, ce sont quatre fondateurs. Un savant mélange de compétences, savoir-faire et réseaux pour porter cette idée qu’ils présentent au Crunch lab (notre article), lieu d’innovation collective portée par l’université de technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM).

Répondre à un problème de terrain

En découvrant ce projet, on a le sentiment qu’il répond à de nombreux problèmes. La première problématique est réglementaire et concerne notamment les parkings qui concentrent l’un des nœuds de l’artificialisation des sols.

En 2014, la loi Alur modifie de manière conséquente l’aménagement de ces terrains dédiés au stationnement. Si elle réduit la surface de parking autorisé, la loi insère aussi la notion de surface perméable. Les promoteurs immobiliers et les aménageurs se retrouvent donc devant une contrainte. Quelle solution de revêtement utilisée ? « Nous voulions une dalle perméable car c’est un problème rencontré sur le terrain et nous sommes des gens de terrain », observe Pierre Quinonero, l’un des quatre fondateurs de Purple, directeur général et ancien promoteur immobilier. Il travaillait justement avec de nombreuses enseignes nationales de distribution ; il est bien au fait de ces contraintes réglementaires. La loi Elan, approuvée en 2018, ajoute d’autres mesures environnementales au secteur de la construction complète Pierre Quinonero. Il faut donc agir.

Plastic Odyssey

Le projet Plastic Odyssey vise à réduire la pollution plastique dans les océans. Son bateau va parcourir le monde pour documenter les initiatives locales de lutte contre ces pollutions et en développer d’autres, en faisant des escales. Un tour de France est prévu en 2021, puis des étapes en Afrique et en Amérique en 2022, avant de rejoindre l’Asie et le Pacifique en 2023. Pendant 3 ans, 30 étapes sont programmées. Le bateau est une plateforme de recherches. Purple surface a été sélectionnée pour monter à bord cet été lors d’une escale française et travailler sur son projet pendant 15 jours. C’est l’une des sept start-ups retenues en Europe, sur 45 dossiers présentés. « [Avec Odyssey, nous] partageons la même volonté́, face à l’ampleur de la crise plastique, en s’engageant pour faire lancer des initiatives locales partout où il y en a besoin », insiste l’équipe de Purple.

Éco-responsables

Un autre cadre législatif renforce la pertinence de cette idée : la loi de lutte contre le gaspillage et économie circulaire, approuvée en février 2020. Cette loi fixe un calendrier contraignant pour limiter le gaspillage et la production de déchets plastiques. Depuis le 1er janvier, il est par exemple interdit de fournir des pailles, couverts jetables, touillettes et autres boîtes en polystère expansé dans la restauration rapide. En 2022, il sera obligatoire d’avoir des fontaines à eau dans les établissements recevant du public et il sera interdit d’avoir des emballages en plastique pour les fruits et légumes de moins de 1,5 kg. « La loi pose également un objectif de 100% de plastique recyclé d’ici 2025 ainsi que la fin de la mise sur le marché d’emballages en plastique à usage unique d’ici à 2040 », rappelle le site Internet Vie publique, site gouvernemental qui détaille les politiques publiques. Selon PlasticsEurope, qui rassemble les fabricants de polymère, cité par L’Usine nouvelle en janvier 2020, le taux de recyclage dans l’Hexagone du plastique est de 24,2 % en 2018, quand il s’élève à 32,5 % en Europe. L’enjeu est de taille.

« Nous sommes au tournant de quelque chose », appuie Patricia Pereira, co-fondatrice de Purple, en charge de la communication et du marketing du produit. Et Purple s’inscrit dans cette dynamique. En plus d’être perméables, les dalles sont fabriquées en recyclant de la matière plastique ou composite, mais de la matière qui n’est aujourd’hui pas valorisées, soit par du recyclage soit en participant à de la production énergétique. Les dalles vont notamment être conçue à partir de pales éoliennes qui arrivent en fin de vie. « Nous sommes des quadras avec des enfants, relève Sébastien Molas, président de Purple, ingénieur voirie, réseau et distribution (VRD), chez qui a germé l’idée, avant de questionner : Qu’allons-nous leur laisser ? » Ici réside aussi une partie de leur ADN. La dalle Purple se veut éco-responsable et inscrite dans une économie circulaire.

Déjà des commandes

Si Purple arrive avec un produit « de rupture », dixit Sébastien Molas, ce n’est pas seulement dans le cadre réglementaire et de son éco-conception. Au contraire du macadam, leur dalle est personnalisable et modulaire. On peut jouer sur la couleur, voire jouer sur les motifs. On peut également la remplacer facilement, à l’unité. Ce revêtement routier permet de supporter le passage de véhicules à moins de 50 km/h, s’adaptant parfaitement aux conditions des parkings.

Aujourd’hui, 8 personnes travaillent sur ce projet, dont les quatre fondateurs. Et ils espèrent être entre 25 et 30 personnes d’ici 5 ans. Cette entreprise est en cours de développement. Elle a postulé au fond Maugis, qui redistribue la pénalité de 50 millions d’euros de General Electric pour non création de 1 000 emplois après le rachat d’Alstom en 2015. Son dossier a été pré-sélectionné, fin janvier (notre article). Si elle obtient cette dotation, elle pourrait accélérer sa phase vers l’industrialisation. Aujourd’hui, elle a conçu son propre moule et sous-traite la fabrication des dalles. Mais l’objectif est de « capter la ressource [plastique] au plus près, la transformer au plus près et la commercialiser au plus près », insiste Sébastien Molas.

Purple alternative surface a déjà reçu des lettres de commandes des enseignes Leclerc et Baboo. Une rencontre avec Florian Bouquet, président du conseil départemental, est aussi programmée ; le Département gère le réseau routier départemental et pourrait voir d’un très bon œil une telle solution. « Purple est le revêtement de demain », signe Sébastien Molas. La voie est tracée.

Une dalle (aussi) intelligente

Le projet Purple ne répond pas seulement à des considérations environnementales. Les fondateurs se sont aussi rapprochés du Crunch lab, un tiers lieu qui met en relation des industriels et des chercheurs, des idées avec une réalité. Là-bas, l’innovation se pense de manière collaborative. Avec le Crunch lab, l’équipe de Purple a imaginé intégrer des capteurs à ces dalles composées de matières plastiques, chose qui est impossible dans du macadam. Des réflexions sont menées pour envisager un passage piéton connecté, par exemple, pour renforcer la sécurité de passages dangereux dans l’optique de l’arrivée des voitures autonomes. Une autre réflexion est en cours autour des places pour les personnes à mobilité réduite afin, par exemple, de les localiser, de les réserver, de savoir si elles sont libres ou de savoir si elles sont bien occupées par des véhicules de personnes à mobilité réduite… « Les idées sont là », sourit Patricia Pereira. « Et avec le Crunch lab, on priorise », ajoute Sébastien Molas. Des réflexions sont menées pour que les puces intégrées soient aussi auto-alimentées, afin d’être autonomes. Des adaptations pour repérer des fuites de gaz ou d’hydrogène sont projetées. Cette dalle permet surtout, pour la première fois, de connecter les véhicules à la route. Et ça, c’est aussi révolutionnaire. Et cela s’inscrit dans cette dynamique des smart city.

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