Pour les infirmières en psychiatrie dans le privé, l’amour du travail ne suffit plus

Plusieurs infirmiers en psychiatrie témoignent des mauvaises conditions dans le privé. Salaires inégaux, heures à gogo, intérimaires pour remplacer les infirmiers manquants, les difficultés s’accumulent. La direction, contactée, reconnaît les problèmes. Sans avoir de réelles solutions pour y remédier. 

Plusieurs infirmiers et infirmières en psychiatrie témoignent des mauvaises conditions dans le privé. Salaires inégaux, heures à gogo, intérimaires pour remplacer les infirmiers manquants, les difficultés s’accumulent. La direction, contactée, reconnaît les problèmes. Sans avoir de réelles solutions pour y remédier. 

Parfois, l’amour du travail ne suffit plus. « Si je reste, c’est parce que je suis entouré d’une bonne équipe », souffle l’un des infirmiers en psychiatrie de l’association hospitalière de Bourgogne Franche-Comté (AHBFC). Pour le reste, peu de choses le retiennent. Les retiennent. Ils sont plusieurs (infirmiers, aides-soignants, mais aussi aides médico-psychologiques) à témoigner d’un mal-être grandissant chaque jour dans les différentes structures de l’AHBFC, notamment à Pierre-Engel à Bavilliers, ou dans l’établissement Jean-Messagier, à Montbéliard. 

Les mauvaises conditions, le peu de moyens pour travailler : cela n’est pas nouveau. Parfois présents dans les établissements depuis plus de dix ans, ils ont acquis une expérience suffisante pour encaisser les coups durs. Mais à cela s’ajoute aussi l’injustice entre le salaire des infirmiers et infirmières dans le public et le privé qui a amplifié les mécontentements avec l’augmentation du prix de la vie ces derniers mois. « À cause d’un rachat en 2007, il y a deux statuts. Ceux qui ont gardé leur statut public peuvent gagner aujourd’hui 300 euros de plus que ceux qui sont concernés par la convention du privé », explique l’une des infirmières. Et il n’y a aucun moyen de rectifier le tir, puisque la direction applique la convention de la fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés solidaires (Fehap). Pour compenser, le personnel du privé réclame des primes… qui tardent à arriver. « Les négociations se sont déroulées le 10 juin et nous n’avons toujours pas de nouvelles…»

Contacté par téléphone, le directeur général de l’association hospitalière, Luc Bénet, explique : « Nous, dans le privé, nous n’arrivons pas à suivre en termes d’augmentation pour nous caler sur le public. Si j’avais l’argent, je mettrais tout le monde à hauteur. »  Pour le moment, il explique que les négociations ne sont pas finies. Il y a une réflexion sur la prime d’ancienneté, avance-t-il. « En tout cas, dès qu’on peut, on renvoie ce qui nous reste vers le personnel. 5 millions d’euros ont été investis pour valoriser la transition professionnelle »

Conditions de travail

Dès le mois de décembre, des groupes de travail se sont mis en place pour essayer de trouver des solutions. En fait, ils ont surtout mis en relief les nombreux problèmes, racontent les infirmiers et infirmières. Outre l’argent, ils déplorent le traitement qui leur est réservé,  et qui est réservé aux patients, notamment depuis la période covid.

« A force d’être maltraité, on maltraite nous-même », regrette une infirmière. Les heures, elle ne les compte plus. Elle dénonce des appels constants de sa hiérarchie. Pendant les jours de repos, parfois même lors des périodes d’arrêt maladie. « On est dans un système de culpabilisation constante », déplore-t-elle. « En plus, le personnel en service de soins sans consentement ne touche aucune prime de reconnaissance de risque…», ajoute-t-elle.  Un système qui pousse à partir. « Il manque 4 à 5 infirmiers dans chaque service et personne ne se pose jamais de questions sur les démissions. Comme si c’était normal », en rapporte une autre. 

« Ce qui se passe, ce n’est même plus une hémorragie. C’est une rupture d’anévrisme », image l’un des infirmiers. Avant d’exposer que plusieurs services sont en train de fermer, ou viennent de l’être, pour couronner le tout. Le service de pédo-psychiatrie, mais aussi le service central de réhabilitation qui permet de mener des projets pour préparer la sortie du patient, explique-t-il. Médusés, les professionnels exposent : « Dénoncer tout cela dans la presse, c’est notre seul moyen. Nous n’avons pas vraiment la possibilité de faire grève avec les réquisitions. » Ils estiment que le secteur du privé est oublié de toutes les réformes, en prime du reste. Et derrière, ce sont les patients « qui trinquent ».

Au téléphone, le directeur reconnaît tous les arguments du personnel. Il déplore, lui aussi, le peu de temps que peuvent passer les infirmiers et infirmières auprès des patients. Les heures effectuées. Les conditions. Mais se défend sur la question des démissions : « Contrairement à ce qui est dit, il n’y a pas plus de démission qu’avant.  Il y a eu 121 départs en 2019 et 117 en 2021.»

 Par contre, ce qui joue, selon lui, ce sont les arrivées. « Il y a peu de personnes qui arrivent dans le métier. Il n’y a plus assez d’infirmières. Sans compter les étudiants qui arrivent avec Parcoursup, alors que cette spécialité était seulement le deuxième voire le troisième choix. » Il est d’autant plus inquiet que d’ici 5 ans, ce sont 300 personnes qui seront amenées à partir dans le cadre de leur retraite. Il s’inquiète aussi de l’augmentation du nombre de patients qui entrent en psychiatrie.« En 2021, nous avons eu 30 % de nouveaux patients, notamment des étudiants.»

Mauvais suivi du patient

Le manque d’infirmiers au recrutement et les démissions poussent la direction à engager des intérimaires. « Cela met juste un nom sur un planning. Mais la spécialité est particulière et les patients ont besoin de stabilité.» Les infirmiers expliquent qu’à la moindre chose mal faite, c’est deux fois plus de travail qui les attend. 

« Derrière, on laisse l’image d’un hôpital de merde. Où on fait rentrer tout le monde, car on est obligé. Et où on fait ressortir des personnes qui ne devraient pas. » Face à cette affirmation, le directeur de l’AHBFC, Luc Bénet, explique: « Ce n’est pas ce qui se passe. Il est vrai que nous devons accepter tout le monde. Mais on ne laisse pas sortir comme ça. Il y a tout un parcours en extra-hospitalier qui se dessine pour continuer à accompagner.» Las, il conclut : « De toute manière, tant que nous n’aurons pas plus d’infirmières, nous n’aurons pas de solution.»

« Les infirmiers n’ont pas de formation spécifique pour la psychiatrie »

Les infirmiers et infirmières en psychiatrie expliquent que leur formation n’est pas spécifique à leur discipline. Ils le déplorent. « On apprend sur le tas », explique l’une d’entre elles. Le directeur général confirme : « La formation manque.» Il songe à créer une 4è année de formation, qui se passerait directement en service pour leur permettre de se spécialiser.

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