Nucléaire : le discours ambivalent sur les petits réacteurs modulaires

Lors de son allocution, jeudi à Belfort, Emmanuel Macron, a annoncé la relance du nucléaire en France. Il a aussi annoncé 500 millions d’euros pour le développement des petits réacteurs modulaires. L’engagement est certain. La dynamique encore timide.

Lors de son allocution, jeudi à Belfort, Emmanuel Macron, a annoncé la relance du nucléaire en France. Il a aussi annoncé 500 millions d’euros pour le développement des petits réacteurs modulaires. L’engagement est certain. La dynamique encore timide.

Le 12 octobre, Emmanuel Macron présentait son plan d’investissement France 2030. Il bornait déjà la relance de la filière nucléaire. Surtout, il annonçait la nécessité de s’inscrire dans le déploiement des petits réacteurs modulaires nucléaires, les small modular reactor (SMR). Dès l’été, Apsiis (lire notre article) avait débuté son travail de lobbying sur cette question, pour positionner Belfort sur la carte de cette technologie et montrer en quoi la cité du Lion disposait des compétences nécessaires à la conception et au développement des centrales SMR.

À Belfort, jeudi, Emmanuel Macron a bien annoncé 500 millions d’euros fléchés vers le projet Nuward piloté par EDF, qui consiste à concevoir le réacteur modulaire. Le projet est porté par un consortium réunissant EDF, le commissariat à l’énergie atomique (CEA), TechnicAtome et Naval Group. TechnicAtome sera chargé de fabriquer la chaudière nucléaire. Ce projet de SMR prévoit d’associer deux réacteurs de 170 MW.

En marge de la visite présidentielle, l’Élysée reconnaissait toutefois que cette technologie bénéficiait d’un « niveau de maturité (…) inférieur ». Le projet est soutenu par le président de la République, des projets sont accompagnés dans le cadre de France 2030, mais on est très loin d’une phase d’industrialisation et de la construction d’une centrale SMR, là où Apsiis souhaite justement positionner les compétences de conception et d’intégration des Belfortains ; l’association espérait même des confirmations à l’occasion de la visite présidentielle. « Nous sommes sur une phase très en amont », concède l’Élysée.

Aujourd’hui, on évoque la publication d’appels à projets. Il faut faire « émerger le plus possible d’acteurs privés qui portent des projets et susciter une vraie dynamique », estime l’Élysée. Et quand ces acteurs existeront, on regardera ce que l’on fait et où, indique le palais présidentiel. Plusieurs voix estiment surtout que Nuward n’a d’avenir que s’il se fait à l’échelle européenne, donc en construisant un consortium européen, à l’image de ce qu’il s’est fait sur les batteries électriques. C’est d’autant plus vrai face à la concurrence mondiale qui se crée sur ce dossier

La Russie en avance

En 2019, Jean-Bernard Levy, le p-dg d’EDF avait noté que les centrales SMR pouvaient jouer « un rôle essentiel dans le remplacement des centrales à charbon », comme l’avait écrit La Revue générale nucléaire. Dans son discours, il avait évoqué la feuille de route du Canada, qui cherche à alimenter « des sites éloignés, parfois isolés du réseau principal ». La revue de relever à l’époque sur le rôle des SMR : « Les SMR auront donc cette vocation, d’approvisionnement en électricité des sites isolés mais pas seulement. L’intérêt porte aussi sur ses autres fonctionnalités pour répondre au monde de demain : chauffer les villes et les usines, produire de l’eau douce par dessalement de l’eau de mer, favoriser la cogénération nucléaire, décarboner la production d’hydrogène et de carburants de synthèse. » L’enjeu du SMR est, pour la France, notamment sur l’exportation de cette technologie.

Si la France semble être très loin d’une industrialisation, ce n’est pas le cas d’autres pays. Le Canada envisage d’installer l’un de ces équipements dès 2026, à Chalk River. La Russie a inauguré son premier SMR en mai 2020 ; un SMR flottant, développé par Rosatom. Le Britannique Rolls Royce annonce un produit disponible au début des années 2030. Le projet américain NuScale envisage la première centrale en 2029. La centrale doit être installée dans le nord-ouest des États-Unis, à l’Idaho national laboratory. Le coût de construction est estimé à 2,5 milliards d’euros, comme le rapporte L’Usine nouvelle.

Objectif démonstrateur

Apsiis a pu présenter ses idées lors d’un entretien avec le conseiller Énergie d’Emmanuel Macron, Stanislas Reizine, le jeudi matin. « Un canal de communication avec l’Élysée a été ouvert », apprécie un porte-parole de l’association. Cette dernière rappelle l’importance des compétences d’intégration pour garantir la réussite de cette technologie. « Les compétences de conception et de développement centrale sont singulières et encore à Belfort ! Il faut faire vite, et opérer de manière agile », insiste l’association. Qui glisse également que « les compétences critiques de l’écosystème du Nord Franche-Comté sont reconnues ».

Apsiis va continuer ses discussions, notamment avec EDF et d’autres acteurs de la Nuclear Valley, pour réfléchir à l’installation d’une structure, dans le nord Franche-Comté, « dont l’activité serait l’intégration de centrales SMR ». Elle regardera les appels d’offre. L’association se projette aussi sur le démonstrateur de cette technologie, comme l’avait été la centrale à gaz de Bouchain (Nord), pour la toute nouvelle turbine à gaz 9HA, de General Electric, la plus puissante au monde. Apsiis a entamé des démarches pour présenter son idée de reconditionnement de l’ancienne centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) comme un démonstrateur de la technologie SMR.

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