Les sous-traitants de la filière automobile au bord du gouffre économique

La séance du 20 mars est annulées à l'usine Stellantis de Sochaux.

Pour les sous-traitants de la filière automobile dans le nord Franche-Comté, la crise des semi-conducteurs, la hausse du prix des matériaux et la quête de compétitivité des constructeurs sont devenues un cercle infernal.

Pour les sous-traitants de la filière automobile dans le nord Franche-Comté, la crise des semi-conducteurs, la hausse du prix des matériaux et la quête de compétitivité des constructeurs sont devenues un cercle infernal. Leurs marges ne cessent de baisser. Le comité informel de liaison des industries fournisseurs de l’automobile (Clifa) déplore le manque de solidarité de groupes comme Stellantis. (Mis à jour à 19h41)

La CFE-CGC Métallurgie a fait paraître un communiqué, lundi 28 mars, où elle alerte sur « la précarisation sans précédent » des entreprises de la métallurgie sous-traitantes de l’industrie automobile dans le bassin d’emploi de Belfort, Montbéliard et Héricourt. Le syndicat dénonce des pratiques commerciales agressives et une dégradation importante des relations entre les fournisseurs sous-traitants et constructeurs, notamment avec le groupe Stellantis, qui se retrouve sous pression face à la recherche croissante de performance économique dans un contexte de crise de semi-conducteurs et d’inflation liée à l’invasion russe en Ukraine. 

« Les sous-traitants ne peuvent plus suivre », écrit le syndicat. Joint par téléphone, Olivier Laurent, président de la métallurgie Franche-Comté de la CFE-CGC, expose que les marges des fournisseurs sont constamment réduites. D’une part, à cause de l’inflation, du coût des matériaux, de l’énergie, du transport. De l’autre, dû aux pressions des constructeurs. « Ils sont pris dans une spirale infernale. Ils ont de moins en moins de fonds à cause des réductions de marge. Donc, ils ne peuvent plus investir. Et à cause de cela, ils sont aussi moins compétitifs et se retrouvent exclus des nouveaux marchés. Les trésoreries sont au plus bas », déplore le délégué syndical. « Ils ont l’impression d’avoir été abandonnés », ponctue-t-il. Des façons de faire que constate Eric Peultier, délégué syndical FO à Stellantis. « Cela fait des années que la direction demande aux sous-traitants d’avoir des prix toujours plus bas. Stellantis veut réduire les coûts au maximum alors que les pièces augmentent.» Il complète : « Avant, les fournisseurs pouvaient se faire des marges sur les quantités. Aujourd’hui, avec les pénuries, ils ne peuvent même plus.» 

Dans une lettre que Le Trois a pu consulter, plusieurs sous-traitants regroupés dans le comité informel de liaison des industries fournisseurs de l’automobile (Clifa) informent le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, que de « fortes tensions » se ressentent entre donneurs d’ordre et fournisseurs de la filière automobile « dictées par les exigences économiques et la recherche de compétitivité accrue ». Ils déplorent la manière dont se comporte le groupe Stellantis vis-à-vis de ses politiques d’achats. « Le groupe Stellantis conditionne toute attribution de nouveau marché à la signature rapide et sans négociation », condamne la Clifa. Les fournisseurs reprochent au groupe la pression mise sur les fournisseurs français mais aussi le choix de se diriger vers des fournisseurs étrangers qui vendent à moindre prix alors que la France ne cesse de parler de « réindustrialisation ». Ils déplorent le manque de solidarité de la filière. Dans leur lettre, les sous-traitants demandent au gouvernement de réagir en veillant à mieux encadrer les relations commerciales entre fournisseurs et constructeurs.

Accord en cours

Un porte-parole de la direction du groupe Stellantis expose que la situation est plus que complexe à cause de la conjoncture. « La crise des semi-conducteurs énerve tout le monde. Nous vivons une situation au jour le jour que nous aimerions pouvoir stopper.» Selon la direction, ce premier paramètre crée déjà un climat de tension qui joue sur les relations avec les fournisseurs. « Ensuite, il y a aussi le problème du contexte d’inflation lié à l’invasion. Les hausses nous concernent tous », expose-t-il. Pour aider les fournisseurs, la direction affirme être en cours de signature d’un accord avec la Clifa « pour trouver des solutions sur les prix » et accompagner chaque fournisseur au cas par cas. « Même si la situation est complexe pour tout le monde, notre volonté est celle de préserver nos fournisseurs. Nous sommes conscients du problème. » 

Enfin, le porte-parole en vient sur les enjeux technologiques de Stellantis. Et la volonté de réduire de 40% le prix des véhicules pour faire en sorte que les voitures électriques soient au même prix que les moteurs thermiques d’ici quelques années. « Le travail qui est mené est un vrai travail sur la performance où chacun doit faire un effort. » Des efforts mal perçus dans un contexte économique complexe pour les sous-traitants au sein de la filière automobile. 

FO s’insurge contre les décisions de la direction de Stellantis à Sochaux

Alors que les sous-traitants montent au créneau, les salariés se disent aussi en colère face aux décisions de la direction de l’usine Stellantis à Sochaux. Lors du comité social et économique du jeudi 31 mars, la direction a indiqué que les salariés seraient amenés à travailler samedi et jours fériés les prochains mois. Une décision qui passe difficilement, notamment pour les jours fériés, alors que l’usine navigue à vue depuis plusieurs semaines. « La direction s’axe sur l’industriel et oublie le social. Cette décision, alors que l’on ne travaille pas correctement depuis plusieurs semaines, est incompréhensible et anxiogène », se désole Eric Peultier, délégué syndical FO. Incompréhensible, car les équipes « vivotent », depuis plusieurs semaines, selon le délégué syndical.  « Cela ne sert à rien de rajouter des séances dans ce contexte », analyse-t-il. Dans un message adressé à la presse ce jeudi soir, le syndicat a d’ailleurs informé que la séance de l’équipe de nuit était suspendue pour le vendredi 1 avril pour les équipes du second système. 

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