Les bons tuyaux d’une marraine pour faciliter l’intégration dans la caserne

Recruter des pompiers volontaires, un défi quotidien pour les soldats du feu. Depuis un an, les pompiers belfortains mènent une politique volontariste, visant notamment les femmes, pour étendre le spectre du recrutement.

Recruter des pompiers volontaires, un défi quotidien pour les soldats du feu. Depuis un an, les pompiers belfortains mènent une politique volontariste, visant notamment les femmes, pour étendre le spectre du recrutement. En parallèle, ils développent une série de mesures pour faciliter l’intégration dans les casernes.

« Attache bien tes cheveux, comme si on partait en intervention », préconise Emmeline, 31 ans, pompier professionnelle à la caserne de Belfort-Sud, en s’adressant à sa filleule Solène, 20 ans, pompier volontaire aux Tourelles, à Morvillars, et en service civique à Belfort-Sud depuis le mois de décembre. « Et mets ta cagoule ! » ajoute-t-elle. Même si c’est une séance photo improvisée dans les locaux de la caserne de Belfort-Sud, installée à Danjoutin, on ne badine pas avec les bons réflexes. Ni les bons gestes. On ne rate pas une occasion de glisser un conseil. Ou de raconter une expérience. Depuis quelques semaines, Emmeline guide Solène dans ses premiers pas de sapeur-pompier.

Un taux de féminisation de 14,5 %

« En 2019, nous avons initié une démarche un peu plus volontaire de recrutement de femmes », resitue le colonel Stéphane Helleu, directeur du service départemental d’incendie et de secours (Sdis) du Territoire de Belfort. Dans le Territoire de Belfort, le taux de féminisation de l’effectif est de 16,8 %. Mais lorsque l’on retire le personnel du service de santé et de secours médicaux (SSSM), très féminisé, ce taux tombe à 14,1 %. Les femmes sont 9 chez les sapeurs-pompiers professionnels (sur 124), 67 chez les volontaires (sur 428). À l’échelle nationale, les femmes représentent 17 % des soldats du feu civils, soit 3 points au-dessus du taux belfortain. En près de 10 ans, le taux de féminisation du département est toutefois passé de 9,7 % à 14,5 %.

Accompagner la féminisation

En parallèle de la campagne volontariste de recrutement qui s’adressait aux femmes, le service départemental d’incendie et de secours s’est interrogé sur cette féminisation dans les casernes. Une pompier professionnelle a fait le tour des centres de secours pour recueillir les attentes et les freins à l’intégration. « Une enquête qualitative, assure le colonel, pour repérer les axes d’amélioration. » Au-delà du dispositif de marrainage et de parrainage évoqué pour favoriser l’intégration de tous, on s’est aperçu qu’il fallait accroître le nombre de femmes formatrices, permettant de faciliter l’identification des jeunes recrues féminines. Si ce métier est très masculin, que souvent le rapport charge/poids est défavorable aux femmes, ces dernières développent aussi toute une série de stratégies de compensation, très intéressantes à recueillir. Des éléments qui permettent par exemple de réfléchir aux techniques opérationnelles.

« Ce constat est à mettre en parallèle du recrutement dans le volontariat, d’effectif au sens large », insiste l’officier. Qui comprend deux objectifs : conserver les volontaires dans leur engagement ; et avoir des pompiers volontaires disponibles pour intervenir. Chaque année, on déplore un turnover de 30 à 40 pompiers volontaires, soit 7 à 10 % de l’effectif. Il faut donc constamment recruter. « Il y a une politique volontariste à l’égard des femmes, mais pas au détriment des hommes, pondère le colonel. Nous insistons juste sur les femmes, pour qu’elles soient plus, dans la société, à se dire : « Pourquoi pas moi ? » » En s’adressant aux femmes, on élargit tout simplement le spectre des recrues. Pour communiquer, le Sdis s’est appuyé sur des femmes qui sont déjà dans ses casernes (vidéo ci-dessous). « Si nous recrutons plus de femmes, peut-être que nous trouverons les pompiers qui nous manquent », analyse le colonel Stéphane Helleu. Un déficit estimé à une quarantaine de volontaires, aujourd’hui dans le département.

Entrer dans le moule

Dans le recrutement, l’une des périodes où l’on enregistre la plus grande perdition se noue lors de l’arrivée dans la caserne et lors de l’intégration aux équipes. « On perd le soutien entre stagiaires », analyse l’officier. Dans une caserne, il y a des codes. Des règles. Une tradition. Autant d’éléments qui jouent un rôle en intervention et dans l’efficacité des soldats du feu. « On est jeune. On voit des gens plus vieux que nous, avec plus d’expérience ; pour certains, ce sont d’anciens pompiers de Paris », confie Solène. On peut être impressionné. Avec ce dispositif, on cherche à faciliter l’intégration pour « entrer dans le moule », sourit le colonel. Un moule lié à l’esprit de groupe, au dépassement de soi ou encore à la hiérarchie.

Le service départemental d’incendie et de secours teste actuellement un dispositif de marrainage, qui dépasse le simple tutorat, pour justement accompagner l’arrivée des femmes dans les casernes. « Le tutorat, c’est technique, relève le colonel. Cela ne suffit pas pour s’intégrer à un groupe. » « Cela peut faciliter l’intégration et éviter certaines erreurs », approuve Emmeline, dont le père est un ancien militaire. « Quand on ne vient pas de ce milieu, il y a des codes que l’on ne voit pas. Que l’on ne perçoit pas. » En caserne, on peut se charrier. Blaguer. « Mais en parallèle, il y a la solidarité en intervention », insiste Emmeline. Ce dispositif sera étendu prochainement à toutes les nouvelles recrues. Femmes et hommes.

Avec le dispositif de marrainage et de parrainage, on veut faciliter l'intégration dans la caserne, en créant de la complicité pour apprendre les codes (©Le Trois – Thibault Quartier).

« Je suis un pompier »

« Nous sommes là pour faciliter les choses, raconter notre expérience et échanger des p’tits trucs, note Emmeline, qui doit devenir prochainement sous-officier. On a vu comment ranger la tenue de feu par exemple, pour laquelle j’ai donné des astuces pour ne pas arriver dernier dans le fourgon. On contourne le problème », confie la trentenaire, qui ne manque pas de p’tits tuyaux. Des conseils qui vont de la sortie de la piscine pour se sécher très rapidement aux façons de s’adresser aux collègues. « Tant qu’on n’a pas dit de tutoyer, on vouvoie et on appelle par le grade », insiste-t-elle.

« En tant que fille, on peut se comprendre », valide Solène, qui a toujours voulu être sapeur-pompier volontaire. Dans sa famille, personne n’est pompier. Par contre, l’engagement est familial. Certains sont gendarmes, d’autres policiers. « J’ai toujours aimé aider les autres et j’aime travailler en équipe, même si je suis timide », confie-t-elle, léger sourire aux lèvres. C’est un rêve de gosse qui se réalise, même si elle n’a jamais été jeune sapeur-pompier. « Je pensais qu’il fallait avoir de la famille… » souffle-t-elle. Aujourd’hui, elle a franchi le pas et Emmeline l’aide à s’intégrer. « Si on le veut et que l’on a la gnak, on peut y arriver », certifie Emmeline. Avec un objectif :  « À l’intérieur, je ne suis pas une femme. Pas un homme. Je suis un pompier. »

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