Le parquet conteste au Dr Péchier la possibilité d’exercer la médecine

La chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Besançon a validé mercredi la possibilité pour Frédéric Péchier de retravailler en tant que médecin. Ce jeudi, le procureur a annoncé qu'il allait saisir le magistrat instructeur.
Le procureur Manteaux lors d'une conférence de presse en 2017.| © Archives

(AFP)

La chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Besançon a validé mercredi la possibilité pour Frédéric Péchier de retravailler en tant que médecin. Ce jeudi, le procureur a annoncé qu'il allait saisir le magistrat instructeur.

Le procureur de la République de Besançon a annoncé jeudi qu’il allait contester la possibilité d’exercer à nouveau la médecine accordée au Dr Frédéric Péchier, anesthésiste mis en examen pour 24 empoisonnements de patients et soupçonné de 8 autres. « Je vais saisir le magistrat instructeur d’un alourdissement du contrôle judiciaire », a annoncé lors d’une conférence de presse Etienne Manteaux, estimant qu’il n’était à ses yeux « pas un seul instant envisageable » que M. Péchier, certes « présumé innocent » mais mis en examen, « soit autorisé à exercer la profession de médecin ».
Le procureur s’exprimait au lendemain d’une décision de la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Besançon validant la possibilité pour Frédéric Péchier de retravailler en tant que médecin, excluant cependant sa spécialité, l’anesthésie.

In fine, le Conseil de l'ordre décidera

C’est toutefois le Conseil de l’ordre des médecins qui dira in fine s’il peut ou non exercer à nouveau, a précisé la chambre de l’instruction, qui a également allégé son contrôle judiciaire, autorisant notamment le Dr Péchier à revenir dans le Doubs, où résident ses enfants. Il doit en revanche conserver son domicile principal dans la Vienne, où il vit chez ses parents.
Selon M. Manteaux, l’arrêt rendu mercredi constitue une « lecture stricte » et une clarification des « termes utilisés par le juge des libertés et de la détention » (JLD) qui avait laissé M. Péchier libre sous contrôle judiciaire en lui interdisant « d’exercer la profession de médecin-anesthésiste ». Une formulation qui avait depuis été entendue par « tout le monde » comme « une interdiction générale d’exercer la profession de médecin », notamment par le suspect et ses conseils qui avaient donc saisi la chambre de l’instruction pour pouvoir de nouveau exercer la médecine.
Selon M. Manteaux, l’un des messages de la chambre de l’instruction, c’est aussi de demander « aux acteurs judiciaires » que « cette information judiciaire s’achève » : l’instruction, débutée en 2017, « devient très longue ».

« Une affaire hors norme »

Il s’agit d’une affaire « hors norme en tous points » et « très complexe, mais il faut (qu’elle) s’achève et je peux vous assurer que nous en sommes tous bien conscients », a-t-il insisté, évoquant comme objectif de clore l’information judiciaire « à l’été 2023 ». Une date qui « va beaucoup dépendre évidemment de la défense » du médecin, en fonction des demandes d’expertises ou de contre-expertises qu’elles pourraient demander, a nuancé le procureur.
La totalité des expertises devrait en effet être rendue au début du mois de février et M. Péchier est convoqué par le juge d’instruction en mars pour « neuf interrogatoires successifs », notamment autour de huit nouveaux cas d’empoisonnements pour lesquels il est soupçonné, a ajouté M. Manteaux.
Frédéric Péchier, 50 ans, est soupçonné d’avoir pollué les poches de perfusion de patients pour provoquer des arrêts cardiaques, puis démontrer ses talents de réanimateur, mais aussi discréditer des collègues avec lesquels il était en conflit. Il est mis en examen pour 24 cas d’empoisonnement, dont neuf mortels.
Depuis septembre, il est en outre soupçonné de huit nouveaux cas d’empoisonnements potentiels de patients, dont quatre mortels.

Le praticien clame son innocence depuis le début de l’affaire.

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