Numérique : le masque ne fait pas l’anonymat

Les visiteurs de la Necronomi’Con sont-ils conscients des enjeux de maîtriser ou non leur vie privée sur les réseaux ? C’est en tout cas ce à quoi l’espace multimédia Gantner a souhaité sensibiliser pendant la convention de la culture geek et nippone, qui s’est tenue les 1er et 2 février, à l’AtraXion, à Andelnans.

Fabienne Delaunoy

Les visiteurs de la Necronomi’Con sont-ils conscients des enjeux de maîtriser ou non leur vie privée sur les réseaux ? C’est en tout cas ce à quoi l’espace multimédia Gantner a souhaité sensibiliser pendant la convention de la culture geek et nippone, qui s’est tenue les 1er et 2 février, à l’AtraXion, à Andelnans. Une œuvre d’art a provoqué le débat pendant les deux jours.

Derrière les costumes de loup, de policier ou le maquillage extravagant des personnages de Marvel ou de geisha, il est facile de se sentir un autre en jouant un rôle. Mais ces visiteurs de la convention 100 % geek sont-ils tout aussi protégés derrière leur écran ? Finalement, derrière la froideur du clavier, ne serait-ce pas le Petit chaperon rouge qui épie le loup dans cette histoire ? L’espace multimédia Gantner à Bourogne présente sur son stand l’œuvre du genevois Félicien Goguey intitulé Masquerade. Une installation imaginée en réaction aux pratiques de surveillance de masse opérées par les gouvernements. Son titre, en français, mascarade, semble être en parfaite adéquation avec le thème de ce week-end, sur lequel il joue sur plusieurs sens. Une mascarade évoque en effet, dans la culture occidentale, à la fois une manifestation festive, satirique, les déguisements et une mise en scène fallacieuse.

Un acte citoyen

Masquerade a vu le jour à la suite des révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden sur les pratiques de surveillance de masse de la National security agency (NSA), une agence américaine, via Internet. « Félicien Goguey voit ce projet comme un acte citoyen, à mener à une échelle collective », explique-t-on du côté de l’espace Gantner. L’œuvre met en scène un réseau de communication entre sept métropoles du monde : Washington, Le Caire, Buenos Aires, Moscou, Beijing, Londres et Paris. Ce réseau est alimenté par des échanges de phrases cohérentes gérées par un algorithme qui y place, à grande échelle, les mots clés liés à la menace terroriste : djihad, grenade, explosion… En une minute, le rapport papier, issu du traitement des données, dégringole en quantité de la machine sur le sol. « Heureusement que l’œuvre n’est pas connectée à Internet, sinon on verrait débarquer le GIGN dans les cinq minutes », s’amuse Joël M’Bajoumbé, chargé d’accueil multimédia à l’espace Gantner, qui assure la présence sur le stand. « Je trouve que l’œuvre est amusante et permet de savoir que les gouvernements peuvent récolter des données sur nous, explique un visiteur. Mais moi je ne poste quasi rien sur les réseaux sociaux car je n’ai pas envie d’étaler ma vie privée. »

La stratégie de Félicien Goguey est d’inonder le réseau des mots clés sensibles, qui, à coup sûr, provoqueraient une concentration de moyens de la part des services de renseignements. « Noyer le réseau permettrait de rendre intraitable les informations », explique Joël M’Bajoumbé. Un parti pris que dénonce un des visiteurs venu au stand : « Je préfère être surveillé que de voir un terroriste échapper au système de contrôle. »  Un débat qui va bien au-delà des murs du hall de l’AtraXion de Belfort.

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