Le coronavirus va plonger la France dans la récession, des nationalisations envisagées

Le gouvernement déclare « la guerre économique », dixit Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, au coronavirus et n’exclut pas de nationaliser certaines grandes entreprises en danger dans une économie française à l’arrêt avec des Français confinés et des entreprises au bord de la faillite.

Marie Heuclin et  Antonio Rodriguez – AFP

Le gouvernement déclare « la guerre économique », dixit Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, au coronavirus et n’exclut pas de nationaliser certaines grandes entreprises en danger dans une économie française à l’arrêt avec des Français confinés et des entreprises au bord de la faillite.

« Il y a aussi une guerre économique et financière. (…) Elle sera durable, elle sera violente, elle doit mobiliser toutes nos forces », a martelé mardi matin le ministre de l’Économie Bruno Le Maire sur RTL, au lendemain de la déclaration de « guerre » d’Emmanuel Macron contre le Covid-19. Le président de la République a instauré des restrictions strictes de déplacement pour la population, qui vont encore augmenter l’impact de l’épidémie sur l’économie, alors que de nombreuses entreprises sont déjà au bord de l’asphyxie.

« La guerre sanitaire, j’espère que c’est une affaire de semaines. La guerre économique et financière, c’est une affaire de mois. Il faudra donc du temps pour faire redémarrer l’économie, pour lui redonner toute sa puissance », a encore insisté Bruno Le Maire. En attendant, la France va plonger dans la récession cette année, a prévenu
le ministre. Le PIB devrait reculer de 1% en 2020, loin de la croissance de 1,3% prévue par le gouvernement avant l’apparition du virus. Mais il a insisté sur le fait que cette prévision était « provisoire », en fonction « de l’évolution de l’épidémie dans les semaines à venir et de notre capacité à surmonter cette crise ».

"Opérations de nationalisation si nécessaire"

Pour limiter les dégâts, notamment des faillites en cascade d’entreprises, trop fragiles pour encaisser un arrêt total de leur activité pendant des semaines, le gouvernement va dégainer un arsenal immédiat de 45 milliards d’euros. L’essentiel – 32 milliards d’euros – passera en report ou annulation de charges sociales et fiscales, déjà en place depuis plusieurs jours.

Les dispositions de chômage partiel pour les salariés contraints de cesser de travailler coûteront 8,5 milliards d’euros sur 2 mois, a précisé Bruno Le Maire lors d’une conférence téléphonique avec la presse. « Si nous mettons autant d’argent maintenant sur la table, c’est pour aider (l’économie) à redémarrer rapidement », une fois que l’épidémie sera vaincue, a justifié Bruno Le Maire. « Tous les moyens » à disposition seront utilisés « pour protéger les grandes entreprises françaises, a insisté le ministre, y compris des opérations de prise de participations et même de « nationalisation si nécessaire », a-t-il ajouté.

Certains groupes, à l’image d’Air France-KLM, vivent un supplice en Bourse et ont vu leur capitalisation fondre en quelques jours. Alors que l’Autorité des marchés financiers (AMF) a interdit pour 24 heures les ventes à découvert sur une centaine de titres, le gouvernement est prêt « à aller plus loin (…) jusqu’à l’interdiction d’un mois », a dit Bruno Le Maire.

La désorganisation des chaînes de production du fait des mesures de confinement conduit de plus en plus d’entreprises à réduire ou même à suspendre complètement leur production pour abaisser leurs coûts. Renault, PSA, Michelin, ont ainsi annoncé la fermeture de leurs usines en France, et Airbus a suspendu sa production dans le pays et en Espagne pendant quatre jours.

La secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher recevra chacune des grandes filières industrielles pour faire le point sur leur situation. Bruno Le Maire s’est toutefois voulu rassurant sur la santé des grandes banques françaises. Elles « sont attaquées sur les marchés, mais elles sont très solides », a assuré Bruno Le Maire.

"Solidarité"

Lundi soir, Emmanuel Macron avait déjà annoncé que l’État allait garantir à hauteur de 300 milliards d’euros les prêts bancaires contractés par les entreprises auprès des banques. « Aucune entreprise ne sera livrée au risque de faillite », a-t-il promis, en insistant notamment sur le soutien de l’État aux petites entreprises. Pour celles-ci, et également pour les micro-entrepreneurs et les travailleurs indépendants, Bruno Le Maire a détaillé l’action du « fonds de solidarité », annoncé la semaine dernière et censé leur apporter « un filet de sécurité ». Doté de 2 milliards d’euros, il soutiendra ceux qui « ont perdu, entre mars 2019 et mars 2020, 70% de leur chiffre d’affaires ». « On va faire simple. On va faire massif et on va faire solidaire », a insisté le ministre de l’Économie. Conséquence logique de cette mobilisation massive : la dette publique dépassera la barre des 100% du PIB cette année, a prévenu Bruno Le Maire.

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