« Le bâtiment travaux publics n’a aucune visibilité »

Bruno Selli, président, et Laurent Germain, directeur de Crri 2000. | ©Le Trois – Thibault Quartier

Le fédérateur d’entreprises locales à Montbéliard Crri 2000 fait le point sur l’activité du bâtiment, dont l’activité est fortement touché par l’inflation. La crise énergétique ajoute de l’incertitude. Aujourd’hui, les dirigeants pointent du doigt le manque de visibilité. Interview de Bruno Selli, président, et Laurent Germain, directeur.

Le fédérateur d’entreprises locales à Montbéliard Crri 2000 fait le point sur l’activité du bâtiment et des travaux publics, dont l’activité est fortement touchée par l’inflation. La crise énergétique ajoute de l’incertitude. Aujourd’hui, les dirigeants pointent du doigt le manque de visibilité. Interview de Bruno Selli, président, et Laurent Germain, directeur.

Comment se porte le BTP, dans un contexte de crises multiples (sanitaire, économique et énergétique) ?

Laurent Germain : Nous n’avons aucune visibilité. Tout dépendra de l’évolution des prix. Ils montent, ils baissent, de façon complètement désordonnée et aléatoire. Il n’y pas très longtemps, le prix de l’acier était revenu à des tarifs comparables à ceux observés avant le covid-19 et dans les 15 jours qui viennent, il va reprendre 200 euros la tonne. Vous faites un prix hier et demain, il n’est plus bon. C’est ingérable pour les entreprises et les clients.

L’évolution des prix est-elle plutôt liée à l’inflation générale ou plutôt à la hausse des coûts de l’énergie ?

Laurent Germain – C’est mon avis, mais ce n’est dû qu’à de la spéculation. Tant que l’amende pour entente ne sera pas dissuasive par rapport aux gains, ça continuera.

Bruno Selli – Selon moi, cela s’est passé en trois phases. Il y a eu une première phase de fortes hausses, qui était éventuellement due à une pénurie. Après, il y a eu une deuxième phase, spéculative. Et là, nous entrons dans une troisième phase où les coûts de l’énergie impactent réellement les industriels et ils nous remettent une hausse par-dessus. Ils nous annoncent déjà des hausses pour novembre et janvier.

Laurent Germain – En France, c’est quand même un scandale, avec le parc nucléaire que l’on a, de se taper des hausses d’électricité comme celles-là.

Vous ressentez les hausses des coûts de l’énergie dans l’achat de la matière première, mais avez-vous déjà des signaux dans vos propres entreprises ?

Laurent Germain – Tout le monde est pénalisé. Nos clients aussi ont des hausses. Aujourd’hui, quand nous répondons à quelqu’un, nous ne sommes pas capables de lui dire quand nous commençons et le prix que nous faisons ; et lui nous dit qu’il n’est pas capable de nous dire s’il va faire le chantier ou non. Nous avons des offres de tous les côtés, mais nous ne savons pas si cela va suivre. Nous ne savons pas non plus si nous aurons assez de matériaux. Nous n’avons pas de visibilité sur 2023. Et ce n’est pas parce que vous faites un devis que vous avez une affaire.

"Vous faites un prix hier et demain, il n’est plus bon. C’est ingérable pour les entreprises et les clients"
Laurent Germain
directeur de Crri 2000

Il y a du boulot, mais en même temps vous constatez un certain tassement…

Bruno Selli – Actuellement oui, il y a du boulot. Ce n’est pas le problème. Mais c’est très compliqué de faire des devis. Et ensuite, l’acceptation du devis n’est pas évidente non plus. Le client peut nous répondre : « À ce prix-là, je ne le fais pas. Je reporte le programme ou je ne le fais pas. » Il y a un peu moins [de boulot aussi] dans le logement. Et des grands travaux, dans le pays de Montbéliard, il n’y en a plus ou pas beaucoup. Ça veut dire que le volume de travail n’est pas suffisant pour les entreprises locales. Ce qui est un gros programme dans les années à venir, c’est la rénovation énergétique. Ça impacte quelques entreprises, mais pas toutes les entreprises.

En chiffres

  • 65 : l’âge de ce fédérateur d’entreprises locales, créé en 1957
  • 36 : le nombre d’adhérents de Crri 2000

Toutes les entreprises ne font pas de la réhabilitation. N’est-ce pas une activité sur laquelle elles doivent se positionner ?

Bruno Selli – Toutes les entreprises doivent s’y positionner. Mais en rénovation énergétique, toutes les entreprises ne sont pas concernées. Un électricien, par exemple, ne sera pas spécifiquement concerné par la rénovation énergétique. Il va avoir des travaux dus à ça, mais ce n’est pas son cœur de métier.  

Laurent Germain – De même pour celui qui fait du gros œuvre et qui fait du bâtiment au béton armé pur et dur, la rénovation énergétique, ce n’est pas pour lui.

On a eu un été très chaud… Il a pu bousculer les manières de travailler avec les fortes chaleur…

Laurent Germain – Le mouvement a commencé avec les années covid. Il a fallu repenser les installations de chantier et les manières de travailler ; ce fut un plus pour le fonctionnement des chantiers et cela a permis de se poser les bonnes questions. Avec la chaleur, on travaille plus tôt, on met de l’eau. On va mieux isoler les bases de vie. On va plus se préoccuper des ouvriers. On va s’adapter.

Bruno Selli – On a toujours su s’adapter. Actuellement, ce sont des fortes chaleurs, qui durent longtemps, ce que nous n’avions pas avant. Les entreprises savent s’adapter vite.

Laurent Germain – On voit aussi un autre phénomène. On le voit bien sur les maisons de santé (construites à Belfort et Montbéliard, NDLR). On a bien travaillé sur l’isolation des bâtiments. Même s’il fait 40 °C dehors, les gens travaillent dans un environnement beaucoup plus acceptable, à l’intérieur.

Sur combien de chantiers est engagé Crri 2000 ?

Laurent Germain – Nous avons une dizaine de chantiers ouverts. Nous sommes en phase de livraison de la maison de santé et du conservatoire de Montbéliard. Nous nous sommes aussi positionnés sur plusieurs chantiers, dont un pour l’accueil d’une cinquantaine d’enfants de la protection de l’enfance, un autre qui est la seconde tranche de la maison de santé et sur un projet pour un distributeur de compléments alimentaires.

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