Lachapelle-sous-Rougemont met en scène le procès de la R.D. 83

Dans le cadre d’un dispositif expérimental d’animation de politiques d’aménagement du territoire, porté par le conseil régional Bourgogne-Franche-Comté, la commune de Lachapelle-sous-Rougemont met en scène, ce dimanche 6 mars, le procès de la R.D. 83. L’objectif : mobiliser la population, l’impliquer, informer et définir les actions futures.

Dans le cadre d’un dispositif expérimental d’animation de politiques d’aménagement du territoire, porté par le conseil régional Bourgogne-Franche-Comté, la commune de Lachapelle-sous-Rougemont met en scène, ce dimanche 6 mars, le procès de la R.D. 83. L’objectif : mobiliser la population, l’impliquer, informer et définir les actions futures.

« La R.D. 83 est sur toutes les lèvres », avoue Céline Conilh Noblat, première adjointe de Lachapelle-sous-Rougemont. La bourgade de 580 habitants, aux confins du Territoire de Belfort et du Haut-Rhin, est construite autour de cet axe routier, véritable colonne vertébrale communale, qui reliait historiquement Strasbourg à Lyon ; le numéro 83 lui est attribué depuis 1824. Et on connait surtout de ce village cette route qu’on emprunte et qui s’étire. Inlassablement. Chaque jour, 10 à 12 000 véhicules l’arpentent, dans les deux sens, dont plus d’un millier de poids lourds. La R.D. 83 structure le village. Le divise, aussi. Elle fait partie de son paysage. Ce dimanche 6 mars, les habitants seront amenés à participer à une mise en scène de son procès.

« Faire un pas en arrière »

En 2019, le conseil régional Bourgogne-Franche-Comté a lancé l’appel à projet Village du futur, une dynamique visant à accompagner des projets d’aménagement du territoire dans les zones rurales, en partant des aspirations locales, dans une logique participative. Une quarantaine de dossiers a été déposée, 25 dossiers ont été auditionnés et 9 projets ont été retenus, dont celui de Lachapelle-sous-Rougemont détaille Éric Parrot, le maire. Les élus cherchaient « un apport de sang neuf », confie Céline Conilh Noblat. Car en étant retenu, les villages sont accompagnés. Lachapelle-sous-Rougemont l’est par La Fabrique du lieu.

« C’est une démarche expérimentale », confirme Nicolas Tinet, urbaniste et coordinateur à la Fabrique du Lieu. Depuis plusieurs années, les dynamiques d’aménagement du territoire sont poussives dans les zones rurales. « Ça fonctionne mal », convient l’urbaniste. Il faut donc les revoir, alors que les enjeux de la transition écologique pousse à agir et que la capacité d’action est limitée. Le projet doit permettre aussi de mieux impliquer les citoyens. À Lachapelle-sous-Rougemont, l’équipe municipale cherche également des solutions pour faire autrement ; l’appel à projet Village du futur tombait à point nommé. « Nous proposons d’autres méthodes que la commune pourra récupérer », explique Nicolas Tinet. « Nous voulons apprendre à comment faire mieux », adhère Céline Conilh Noblat. « C’est une démarche intéressante. Nous devions déposer des projets, puis faire un pas en arrière », image-t-elle, séduite par l’expérimentation.

La participation citoyenne n’est jamais simple à organiser. Sur quels dossiers ? Comment mobiliser ? Avec quelle implication ? Avec quelle fréquence ? Qui anime ? Quand certains estiment que l’on n’implique pas assez la population, d’autres relèvent qu’on élit justement un conseil municipal pour agir. « Il n’est pas facile de trouver le bon curseur », convient Nicolas Thinet. À Lachapelle-sous-Rougemont, un projet participatif a par exemple été mené pour construire le city-stade. Le résultat est là. Le village se l’est approprié et il n’y a pas de « dégradation », apprécie le maire. Mais l’exercice a été usant pour les équipes.  

« Mesures restauratives »

Dans l’appel à projet Village du futur, le village avait évoqué des projets d’aménagement et la R.D. 83 d’une part, puis le projet de rénovation de l’ancienne cure et enfin les mobilités douces. C’était le point de départ.

Rapidement, trois artistes sont venus en résidence à Lachapelle-sous-Rougemont. Ils sont allés à la rencontre des habitants, pour qu’ils s’expriment. Et la R.D. 83 était dans toutes les conversations. « Elle est tellement présente physiquement et mentalement », observe Nicolas Thinet. On a les pour et on a les contre. Ceux qui regardent les retombées économiques. Et ceux qui s’attardent sur la sécurité routière, les nuisances ou la vie du village. « Surtout, il y a des logiques de groupe, avec des gens qui ne se parlent pas et qui projettent beaucoup sur les autres », observe l’urbaniste.  « La R.D. 83 est un catharsis », poursuit-il. Pour avancer, le village doit essayer de régler ce dossier. Collectivement. Et cette initiative permet surtout à l’équipe municipale de ne pas être juge et partie.

La volonté est donc de recréer un débat contradictoire au sujet de la R.D. 83, mais aussi de transmettre des informations. Pourquoi n’installe-t-on pas de ralentisseurs par exemple ? Car le route accueille des convois exceptionnels… Des exemples comme celui-ci sont légion. Il faut l’expliquer. Ainsi est née l’idée de la mise en scène d’un procès, qui apporte du solennel. Et surtout, il invite à écouter les uns et les autres. L’un après l’autre. Les défenseurs de la route. Ses accusateurs. À la fin, les juges n’énonceront pas de condamnation, mais des recommandations, sur le principe « d’une justice restaurative », explique Nicolas Tinet. Ces projets seront les idées collectés par les comédiens lors de leur venue à Lachapelle-sous-Rougemont, voire des propositions du « tribunal ». Ensuite, La Fabrique du Lieu poursuivra son travail avec la commune et ses habitants pour construire ces projets. « Ce sont des sujets très sérieux abordés de manière décalée », résume Nicolas Tinet

Un procès-verbal sera édité et envoyé aux autorités, mais aussi à APRR, par exemple, pour que l’on sache ce qui a été fait à Lachapelle-sous-Rougemont. Et qui pourrait servir de base à une autre approche de la R.D. 83. Verdict, ce dimanche 6 mars.

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