La Maison de Jeanne pour devenir une mère autonome

L’association La Maison de Jeanne veut créer une structure innovante pour les jeunes femmes en situation de monoparentalité. Un projet qui doit faciliter l’insertion professionnelle, construit autour d’un accompagnement global.

L’association La Maison de Jeanne veut créer une structure innovante pour les jeunes femmes en situation de monoparentalité. Un projet qui doit faciliter l’insertion professionnelle, construit autour d’un accompagnement global. Il repose sur l’hébergement des jeunes femmes et de leurs enfants.

En 2014, dans le Territoire de Belfort, 13,8 % des femmes âgées de 18 à 24 ans ont au moins un enfant. La moyenne nationale s’établit à 8 %. Parmi ces jeunes mères, 28 % sont en situation de monoparentalité. Dernier chiffre révélateur : 29 % des bénéficiaires du RSA dans le Territoire de Belfort sont des femmes en situation de monoparentalité. Et une femme sur deux dans cette situation est bénéficiaire depuis plus de 3 ans.

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Le pourcentage des familles monoparentales qui sont des femmes, un taux supérieur aux moyennes régionales et nationales. Entre 2004 et 2017, la part des familles monoparentales a augmenté de 18,6 % dans le Territoire de Belfort. Représentant 639 familles supplémentaires.

Le constat est édifiant. Un vrai besoin se dégage pour l’insertion professionnelle des femmes en situation de monoparentalité. Ces données de l’agence d’urbanisme du Territoire de Belfort confirment l’urgence de s’intéresser à cette population fragilisée, souvent marquée par la pauvreté et un faible niveau de diplôme. L’association la Maison de Jeanne veut justement répondre à ce besoin en créant, d’ici deux ans, une structure d’accompagnement global pour femmes isolées avec ou sans enfant, favorisant l’insertion professionnelle tout en soutenant la parentalité.

 

Volontariat

« Pour moi, une femme dans son appartement touchant le RSA n’est pas autonome. Elle survit ! souligne Céline Souakria, la présidente de l’association. Nous voulons que la femme vive sans béquille. Libre. Avec un travail, si elle a choisi d’en avoir un. » Ces femmes sont souvent confrontés, qui plus est, à un non-choix : travailler ou garder les enfants. Leur profil les conduit vers des métiers aux horaires atypiques, comme aides ménagères ou auxiliaires de vie, compliquant la question du mode de garde.

Pour répondre à ces ambitions et contraintes, le projet est construit autour de l’hébergement. C’est la pierre angulaire. « On ne peut pas être dans la survie et dans la construction », justifie Céline Souakria. La prise en charge est envisagée sur deux ans. Le parcours, individualisé, vise à aider les femmes dans leur gestion du quotidien, à les accompagner dans l’accès à leurs droits, à les soutenir dans leur monoparentalité et à leur donner un suivi dans leur insertion professionnelle. « Ce qui est innovant, c’est ce concentré d’accompagnement, proposé sur place », relève Patricia Invernizzi, autre membre de l’association. Une innovation qui pourrait permettre au projet de prétendre à des financements dédiés à l’innovation sociale, octroyée par la loi de juillet 2014 sur l’économie sociale et solidaire (article 15).

Plusieurs publics ciblés

  • Les femmes isolées avec enfants
  • Les jeunes majeures en rupture familiale
  • Les femmes très isolées vivant en milieu rural
  • Les femmes privées momentanément de logement (expulsion locative, sinistre, logement insalubre)
  • Les femmes victimes de violence conjugale en concertation avec Solidarité Femmes
  • Les femmes ne pouvant assumer seules la gestion de leurs ressources (situation d’endettement important…)
  • Les femmes réfugiées sans solution d’hébergement

Le parcours se décline en 4 phases : exploration, consolidation, autonomisation et sécurisation. Au début, l’idée est de travailler sur la confiance et l’estime de soi et de lever les freins à l’embauche : mobilité, santé, droits. « Avant de se présenter à un entretien, il y a souvent des pas à franchir », interpelle Céline Souakria pour expliquer la longue démarche mise en place. Ensuite, le projet professionnel se construit. Il sera agrémenté de mises à niveau, de formations, puis de stages. Pas à pas, la résidante gagne en autonomie. Dans la dernière phase, elle est hébergée en dehors de la Maison de Jeanne. Un système de garde des enfants est proposé, adapté au palier dans lequel se situe la jeune femme. Et surtout, avec des horaires atypiques, pour répondre aux besoins.

Dernière clé du projet, le volontariat. Ce sont les femmes qui choisissent de s’inscrire dans ce processus. « Le défi sera de les convaincre d’intégrer une structure un peu plus surveillée. L’adhésion à leur nouveau projet est un préalable à une entrée dans la Maison de Jeanne », insiste Céline Souakria.  

Soutien de la municipalité

La Maison de Jeanne devrait s’installer dans quelques années dans les anciens locaux de l’école d’infirmières, au cœur de Belfort, à proximité des services administratifs comme la caisse d’allocations familiales (Caf), la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), le point accueil solidarité ou encore des écoles et des commerces. Ces locaux viennent d’être acquis par la Ville de Belfort, qui soutient fortement ce projet. Un projet qui a reçu un écho favorable auprès de nombreuses collectivités. Dorénavant, l’association va installer des permanences dans des centres culturels et dans des associations caritatives pour promouvoir le projet, le faire connaître et continuer de le construire collectivement..

Si les choses s’imbriquent bien depuis quelques semaines et que la Maison de Jeanne a bien avancé, l’association est consciente que tout n’est pas encore gagné. Il faut encore convaincre les partenaires, notamment sur la partie hébergement. « C’est une maison, la Maison de Jeanne. Et une maison sans toit, ce n’est pas une maison. » La philosophie du projet réside dans cet accompagnement total. Il ne peut pas se faire à moitié.

16 à 17 logements envisagés

La surface totale nécessaire au projet de la Maison de Jeanne est estimé à 1 000 m². À côté d’un espace collectif (cuisine, salle à manger, salle de soin, buanderie) et d’un espace pour les professionnels, 16 ou 17 logements sont envisagés : 5 studios de 20 m² ; 5 T1 de 30 m² ; 5 T2 de 40 m² ; 1 ou 2 T3 de 50 m². Une crèche parentale est également prévue à l’intérieur de la structure. L’équipe de professionnels sera composée d’un directeur, d’un éducateur spécialisé, d’un maître de maison, de deux veilleurs de nuit et d’un conseiller en insertion professionnelle. La construction d’une équipe réduite est une volonté, afin de construire des relations de confiance. Les veilleurs auront un rôle important. « L’angoisse de la jeune maman, c’est le soir ou le samedi soir, remarque Céline Souakria. Il ne faut pas oublier que ce sont des jeunes femmes. » Avec des envies de jeunes femmes. Cette équipe sera complétée par des vacataires, notamment pour l’accompagnement psychologique et social.

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