Jean Botti : « Poursuivre le rêve de l’aviation électrique »

Jean Botti, ancien directeur général délégué technologie et innovation d’Airbus Group, a co-fondé en 2017 la société VoltAero, qui développe un avion hybride-électrique. Le premier vol officiel est programmé au mois de mars.

Jean Botti, ancien directeur général délégué technologie et innovation d’Airbus Group, a co-fondé en 2017 la société VoltAero, qui développe un avion hybride-électrique. Le premier vol officiel est programmé au mois de mars. Il présente son projet au cours d’une conférence, ce jeudi soir, organisée par le Bar des sciences. Belfort accueille la première conférence en France sur ce projet. Entretien.

Vous avez co-fondé la société VoltAero, qui développe un avion hybride-électrique. D’où vient ce projet ?

J’ai été à Airbus Group de 2006 à 2016, où j’ai notamment développé le programme E-Fan, un avion tout électrique. Nous sommes les premiers à avoir fait un vol au-dessus de la Manche avec un avion électrique, le 10 juillet 2015, avec Didier Eystene (vidéo ci-dessous). En 2016, je suis nommé n°2 de Philips (directeur général délégué innovation et stratégie, NDLR). Quand j’ai vu qu’Airbus abandonnait le programme E-Fan (en 2017, NDLR), j’ai décidé de me relancer dans l’aventure et de créer une société qui poursuit le rêve de l’aviation électrique. Je veux remettre la France là où elle doit être, dans son leadership. Je n’ai jamais accepté que l’on abandonne l’E-Fan. Notre équipe compte une quinzaine de personnes et le réseau de fournisseurs de l’E-Fan continue avec nous. L’ancien pilote d’essai du Rafale, Éric Gérard, retraité de chez Dassault, est aussi avec nous.

Quels sont les enjeux de l’aviation électrique ?

Nous devons nous insérer dans une économie durable. Des gens ne veulent plus prendre l’avion car c’est polluant et bruyant (il évoque le cas de la Suède, NDLR). Pourtant, voyager, c’est important ; c’est l’esprit de liberté. Aujourd’hui, il faut le faire dans le cadre d’une économie durable, mais nous ne pouvons pas le faire de manière radicale. Il faut donc faire une révolution par l’évolution.

Peut-on envisager des avions transportant beaucoup de passagers ?

La technologie ne permet pas de faire un avion économiquement viable de 100 à 150 places. Par contre, jusqu’à 20 places, à mon avis, c’est possible. Nous développons trois modèles, dont un de 9 places. C’est le plus réaliste à court terme, dans les trois à cinq ans. Nous effectuons les premiers vols officiels au mois de mars. Notre objectif est de lancer une production en série fin 2022, début 2023 (sur le site Internet, la société annonce 150 avions par an à cette échéance, en rythme de croisière, NDLR).

« Nous remettons les petits aérodromes au centre des mobilités et nous relançons une aviation commerciale. L’idée est d’assurer des liaisons entre des villes mal desservies et de couvrir l’Europe. »
Jean Botti
Président de VoltAero

Quelles sont les particularités de Cassio ?

C’est un avion qui, aux alentours des aéroports, sera silencieux, car le décollage et l’atterrissage se font avec une propulsion électrique. La présence d’une double motorisation augmente également la sécurité de l’appareil. Si l’une tombe en panne, l’autre peut prendre le relais. La mission principale du moteur thermique consiste à recharger les batteries, qui alimentent ensuite les propulseurs, qui ne sont qu’électriques. L’avion peut voler à plus de 360 km/h. Il a des capacités. Il sera dans la catégorie des avions inferieurs à 2,5 tonnes.

Quelles sont les cibles ?

La base de ces avions sont les petits aérodromes. Nous les remettons au centre des mobilités et nous relançons une aviation commerciale, sans bruit. L’idée, c’est aussi d’assurer des liaisons entre des villes mal desservies et de couvrir l’Europe.

« Pour continuer notre aventure, nous cherchons des investisseurs français pour que nous puissions sortir en temps et en heures Cassio »
Jean Botti
Président de VoltAero

Sera-ce un avion cher ?

Il sera très compétitif par rapport aux avions qui existent sur le marché, comme les Cirrus SR22, Tecnam P92 ou les Cessna caravan. Nous allons faire trois versions de Cassio en 4, 6 et 9 places.

Une motorisation à base d’hydrogène est-elle envisageable dans votre avion ?

Bien sûr ! Le moteur thermique est interchangeable et nous pouvons le remplacer très facilement par un moteur à hydrogène.

Qu’a besoin VoltAero pour décoller ?

La site de production est basée à Royan (Charente-Maritime). La Région Nouvelle-Aquitaine croit en nous depuis longtemps. Des investisseurs privés aussi. Mais pour continuer notre aventure, nous cherchons des investisseurs français pour que nous puissions sortir en temps et en heures Cassio.

  • Conférence, Cassio, avion hybride-électrique et français, par Jean Botti, organisée par le Pavillon des sciences de Montbéliard, 20 h, à la chambre de commerce et d’industrie de Belfort. Entrée libre et gratuite.
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