Jacques Calvet, le patron médiatique qui a sauvé PSA de la faillite

Jacques Calvet lors d'une interview au salon de l'auto de Paris.

Salué par les uns pour avoir sauvé et relancé Peugeot-Citroën dans les années quatre-vingts, critiqué par les autres pour son intransigeance, notamment lors des grèves de 1989, Jacques Calvet fut une figure marquante du patronat français. Il est décédé hier à 88 ans.

(AFP)

Salué par les uns pour avoir sauvé et relancé Peugeot-Citroën dans les années quatre-vingts, critiqué par les autres pour son intransigeance, notamment lors des grèves de 1989, Jacques Calvet fut une figure marquante du patronat français. Il est décédé hier à 88 ans.

Jacques Calvet, décédé hier, jeudi 9 avril, à l’âge de 88 ans, a dirigé le constructeur automobile PSA (Peugeot, Citroën) durant quatorze ans, sauvant le groupe de la faillite dans les années 1980 au prix de dures restructurations qui ont forgé sa notoriété. En 1985, Jacques Calvet, homme au caractère entier, réputé inflexible, est une star des médias. Arrivé à la tête de Peugeot et Citroën trois ans plus tôt, il a sauvé un pilier de l’industrie française que beaucoup pensaient condamnés grâce à des voitures emblématiques. Du côté de la marque au lion, la citadine 205 et bientôt la berline 405 sont des succès retentissants. Le logo aux chevrons renaît avec la BX.

Ce diplômé de l’ENA, où il a côtoyé Jacques Chirac, devenu son ami, et Michel Rocard qu’il tutoie, est alors l’un des patrons les plus médiatiques du pays. Il est un des rares hommes d’affaires à être invité sur les plateaux des grandes émissions télévisées, comme L’Heure de vérité, où décroche une meilleure audience que les politiques. Il aura même droit à sa marionnette dans l’émission des Guignols de Canal Plus. Jacques Calvet a commencé sa carrière comme auditeur à la Cour des comptes en 1957. Deux ans plus tard, il entre au cabinet de Valéry Giscard d’Estaing, alors secrétaire d’État aux Finances : c’est un haut fonctionnaire et un politique qui a bataillé contre la gauche au pouvoir en France à partir de 1981.

Évincé de la BNP en 1982, il rejoint Peugeot

Directeur général, puis PDG de la banque BNP à partir de 1979, après avoir quitté l’administration au moment de l’élection de Giscard d’Estaing comme président de la République, il est évincé en février 1982 par la gauche qui nationalise l’établissement financier.

Il est appelé par la famille Peugeot et arrive à la tête du constructeur au moment où celui-ci traverse la plus grave crise de son histoire. Son passage se résume simplement, souligne Jean-Louis Loubet, historien et spécialiste de l’automobile: en 1982, le groupe a 30,5 milliards de francs de dettes ; lorsque Jacques Calvet le quitte en 1997, elles ont été divisées par près de dix et PSA s’est imposé comme l’un des grands acteurs du marché européen. « Il réussit à restructurer avec une politique efficace avant tout financière », résume M. Loubet.

Cependant, la potion est amère, tant pour la famille Peugeot qui voit son contrôle dilué après trois augmentations de capital, que pour les salariés, dont il réduira le nombre de plus de moitié, au terme de fermetures de sites accompagnées de grèves dures. Il échoue cependant à faire de PSA le numéro un en Europe et laisse filer chez Renault un projet du constructeur Matra qui donnera naissance à l’Espace, un modèle qui fera pendant de longues années le bonheur de la marque au losange.

L’homme ne fait pas l’unanimité. Il est vu comme quelqu’un d’intransigeant. Roland Peugeot, alors président du conseil de surveillance, le décrit comme n’étant « pas souple de nature ». Dans le sauvetage de PSA, il affronte le gouvernement socialiste de l’époque. « Vous êtes mon plus dangereux adversaire », lui glisse le président François Mitterrand. Il se heurte aussi aux syndicats, notamment pendant les grèves de 1989 pour des augmentations de salaires. La publication de sa rémunération par Le Canard Enchaîné en pleine paralysie des usines n’arrange pas les choses. « C’est bizarre, ce besoin de toujours gouverner avec la haine », dira de lui Raymond Lévy, alors PDG de Renault.

Un conservateur assumé, tenté par la politique

Dans les années quatre-vingt-dix, il se lance dans une croisade politique contre la monnaie unique européenne. En 1995, celui qui se revendique conservateur évoque même la possibilité de se présenter pour devenir président de la République. Souvent tenté par la politique, il n’aura finalement jamais franchi le pas, ce qu’il regrettera plus tard.

Son engagement politique, assorti de propos très clivants contre les technocrates de Bruxelles, auront tout de même poussé la famille Peugeot à prendre ses distances et à bloquer son accession au conseil de surveillance du groupe en 1997. « L’homme a trois facettes, à défaut d’avoir eu trois carrières: haut fonctionnaire, patron et homme politique », résume M. Loubet.

Issu d’une famille intellectuelle parisienne et protestante -son père normalien enseignait la philosophie au lycée Henri IV, Jacques Calvet a eu trois enfants avec son épouse Françoise.

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