« Il y a Steven et il y a les autres »… Quand le monde du foot se mobilise

Un élan de solidarité a suivi les violences perpétrées sur un jeune homme handicapé, Steven, fan de foot.

Fin janvier, un jeune homme en situation de handicap a été victime de violences, à Dorans. Des violences filmées et diffusées sur le réseau social Snapchat. L’émoi suscité a été fort. Steven, la victime, est bien connue du milieu du football amateur, au club de Danjoutin. Un club qui s’est mobilisé pour le soutenir. Au nom de Steven. Mais aussi au nom des autres.

Fin janvier, un jeune homme en situation de handicap a été victime de violences, à Dorans. Des violences filmées et diffusées sur le réseau social Snapchat. L’émoi suscité a été fort. Steven, la victime, est bien connue du milieu du football amateur, au club de Danjoutin. Un club qui s’est mobilisé pour le soutenir. Au nom de Steven. Mais aussi au nom des autres.

« Tous les samedis et les dimanches, Steven est au bord des stades », confie Stéphane Guyod, président de l’association sportive Danjoutin-Andelnans-Meroux-Moval (Asdam), un club de foot familial aux 350 licenciés. « Il faut remonter les filets ? questionne le président, en poste depuis 2010. Il est là. » Steven est toujours prêt à aider. « Dès qu’un ballon part de l’autre côté du terrain, il part le chercher », abonde Anthony Varin, la trentaine. Il est joueur en équipe fanion et est l’une des chevilles ouvrières du club. Celui que l’on surnomme « Nato » est responsable technique et coordonne la politique sportive du club.

Dès que le coup de sifflet final d’un match retentit, Steven quitte la main courante pour courir vers les poteaux de corner. Il récupère les drapeaux qui délimitent le terrain pour pouvoir les ranger. « Tous ce qu’il peut faire, il le fait. Il aime rendre service, témoigne Anthony. C’est la gentillesse incarnée. » « C’est un gars souriant », poursuit Stéphane Guyod.

« Je suis un vrai passionné de foot, mais lui aussi », embraie Anthony, qui a enfilé un jogging aux couleurs du Paris Saint-Germain et une doudoune à l’effigie de l’Asdam, avec les initiales de son prénom et de son nom sur le torse. Les histoires sont nombreuses pour raconter cette passion qui anime le jeune supporter de l’Asdam. Et Anthony de se souvenir d’une anecdote. Un jour, l’équipe première se déplace à Héricourt. Victoire 8 à 3 de l’Asdam. Mais « un adversaire marque un but fantastique, se souvient Anthony. Du milieu du terrain. » Sur le trajet du retour, les joueurs demandent dans la voiture à Steven quel est le plus beau but du match. « Tous les buts sont beaux, répond-il à Anthony. Qui poursuit, en souriant : Il ne voulait pas nous dire que c’était le but des adversaires qui était le plus beau et que ce n’était pas nos buts. » Un vrai supporter.  

« Même s’il y a moins de foot, on pense à lui »

Quand on découvre cette triste histoire, l’incompréhension est sur toutes les lèvres. Les mots manquent. « Comme peut-on faire du mal à quelqu’un comme lui ? » s’interroge Anthony. « On n’arrive pas à trouver d’explication, poursuit-il. Comment peut-on s’en prendre à quelqu’un de vulnérable. » Face à ces questions sans réponses, le club a décidé de se mobiliser. Pour soutenir Steven. Pour accompagner sa famille.

À défaut de retrouvailles chaque semaine, au cœur de cette période singulière, sans matchs ni compétitions, le club s’est retrouvé autour de ses valeurs. Celles du football amateur. De solidarité et de famille. « Il fait partie de la famille, explique Anthony. Même s’il y a moins de foot, on pense à lui. » Après avoir encaissé la nouvelle, les dirigeants se disent qu’ils ne peuvent pas en rester là. Ils publient rapidement, sur Facebook, un message de soutien à l’adresse de Steven et de ses proches. « Nous tenons à te dire que l’on pense à toi et à ta famille. Nous avons hâte de te retrouver aux abords des terrains », peut-on notamment lire sur ce message (à retrouver ci-dessous).

Le club veut alors aller plus loin. Il sollicite la famille, qui donne son accord. La première action consiste à solliciter les joueurs seniors pour qu’ils envoient un message vidéo. Un montage est réalisé et envoyé à Steven. « C’est pour qu’il puisse voir une multitude de visages qu’il connaît », explique Anthony. La deuxième idée vise à lancer une cagnotte en ligne. Une cagnotte pour acheter un petit cadeau à Steven. Mais pas seulement. Le club a aussi pris attache avec l’institut médico-éducatif (IME) Perdrizet, à Giromagny. Cet établissement, géré par la fondation Arc-en-Ciel, accueille Steven chaque semaine. Avec cette action, l’Asdam veut soutenir l’institut et l’aider à financer un projet. « Il y a Steven et il y a les autres, insiste Anthony, avant de s’expliquer : Il y a des agressions du quotidien qui passent inaperçues. » Et les conséquences de tels actes sont nombreuses. La peur s’accroît. Le doute s’installe.

« Il faut créer des liens »

« Il faut dépasser les différences », assure le député Ian Boucard, très investi dans le football amateur. Il a été alerté sur les réseaux sociaux par des jeunes qui ont vu la vidéo et qui ont eu le réflexe de l’enregistrer. Il a alors pu alerter les autorités judiciaires. À l’IME Perdrizet, la nouvelle a bousculé. Le personnel comme les résidents. Cette terrible histoire met en avant « toutes les méconnaissance du milieu du handicap », relève Benoit Viney, directeur-adjoint de l’établissement. Et dévoilent tous les enjeux d’une dynamique plus inclusive. « Il y a Steven, mais il y a aussi tous les autres, observe Ian Boucard. Nous avons un vrai sujet de société. »

Il faut aujourd’hui « sortir du fait divers », estime le directeur-adjoint. Pour le professionnel, c’est important de ne pas « enfermer ces gens dans des images caricaturales ». « Ils ne sont pas que faibles », insiste-t-il. Benoit Viney cherche donc « une ouverture sur l’extérieur ». « Le racisme et la stigmatisation, c’est souvent parce qu’on ne connait pas », explique-t-il. 

De ce fait, plus que le financement d’un projet, le directeur imagine organiser un évènement à l’IME avec l’Asdam, rappelant qu’une équipe de foot de l’établissement a été championne de France en sport handicapé, il y a quelques années. « Il faut créer des liens », insiste-t-il, afin de démontrer que les « gens ne sont pas si différents les uns des autres ». Et que sur un terrain, les différences s’estompent. « Sur un terrain, il n’y a pas tout cela, observe Ian Boucard. Il y a le collectif » Du côté de l’Asdam, l’idée séduit. « Ce serait avec plaisir », répond Stéphane Guyod, qui s’est entretenu avec le directeur-adjoint par téléphone. Aujourd’hui, la situation sanitaire complique le projet, mais l’idée est lancée. « Ce sont ces petites choses qui amènent un changement de mentalité », espère Benoit Viney.

Toute la communauté du foot suit

Si l’Asdam s’est mobilisée car Steven fait partie du club, c’est aussi toute la famille du football qui a rejoint l’élan de solidarité. « On a remué nos réseaux pour avoir de petites choses en plus », confie Anthony Varin. Les dirigeants de l’Asdam ont par exemple sollicité Boris Moltenis, un jeune défenseur professionnel du FC Sochaux-Montbéliard. Sa particularité ? Sa première licence de football a été signée à l’Asdam. « Il est actif avec le club. Il est déjà venu aux Noëls des gosses », se souvient « Nato ». Là, il a fait préparer un maillot du FCSM signé par tous les joueurs du groupe pro afin de l’offrir à Steven, qui est aussi fan des Jaunes et Bleus. « Nous avons aussi été contacté par le club de Nancy, qui a été très touché par l’histoire, rappelle Anthony. Il voulait connaître la taille de Steven pour lui envoyer une tenue. »

Sur les réseaux sociaux, la démarche de l’Asdam a été amplement relayée, notamment par Planète Sochaux, le site Internet des supporters du FC Sochaux-Montbéliard. « On touche à l’un des nôtres », explique Fabrice Lefebvre, le président de Planète Sochaux, « effaré » par la violence de cette histoire. Fabrice joue aussi à l’Asdam. « Ce sont les deux clubs de ma vie et Steven est membre de ces deux clubs », explique simplement le supporter sochalien. « Le football est un sport collectif où la solidarité prend tout son sens », confie-t-il, pour expliquer la démarche. Pour lui, c’était normal d’apporter du soutien à Steven et sa famille. « C’est important qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls », remarque Fabrice Lefebvre.

2 000 euros collectés

Si cette histoire témoigne du pire des réseaux sociaux, elle révèle aussi toute la mobilisation qu’ils sont capable de générer. « Il y a des effets pervers. Mais ces réseaux ont aussi permis d’avertir le député Ian Boucard et les autorités. Sans cela, Steven n’aurait peut-être jamais rien dit », observe Anthony. « Ce qui fait chaud au cœur, c’est de voir des personnes de différents horizons qui viennent nous aider », poursuit le bénévole. Le premier message de soutien a touché plus de 25 000 personnes sur Facebook annonce le club. Contre quelques milliers habituellement.

En quinze jours, la cagnotte a déjà permis de collecter près 2 000 euros. Et elle est encore ouverte (lien vers la cagnotte). Au nom de Steven. Et au nom des autres.

Quatre personnes mises en cause

Ces faits de violence ont été perpétrés dans la nuit du 30 au 31 janvier, à Dorans (Territoire de Belfort). À la suite d’une enquête de la brigade de recherche de la gendarmerie nationale, cinq personnes, dont trois mineures, ont été placées en garde à vue le 3 février. Une des deux personnes majeures a été mise hors de cause. Les quatre autres ont reconnu leur implication. La 2e personne majeure, « dont l’implication était plus périphérique et qui n’a porté aucun coup, a fait l’objet d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité », indique le procureur de la République du tribunal judiciaire de Belfort, dans un communiqué de presse, transmis le 4 février. Elle répond du chef de violence volontaire n’ayant pas entraîné d’incapacité supérieure à huit jours, aggravée par trois circonstances : commise par plusieurs personnes agissant en qualité d’auteur ou de complice ; avec usage ou menace d’une arme ; et sur une personne dont la particulière vulnérabilité était apparente ou connue de ses auteurs. Elle a accepté une peine de six mois de prison avec sursis. Les trois autres personnes, mineurs, ont été présentées devant le juge des enfants et mises en examen « du même chef de violence volontaire aggravé de trois circonstances ». À cela s’ajoute également des violences volontaires commises en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité (sur une 2e victime) et « diffusion de l’enregistrement d’images relatives à la commission d’une atteinte volontaire à l’intégrité de la personne (pour les deux victimes) », précise le parquet. Ces personnes comparaîtront devant le tribunal des enfants. Elles sont placées aujourd’hui sous contrôle judiciaire et ont « obligation de respecter les conditions d’un placement dans un centre éducatif fermé ». Elles ont « l’interdiction d’entrer en relation avec les victimes et de paraître dans le département du Territoire de Belfort », termine le communiqué du procureur de la République. Aujourd’hui, l’enquête est close. Le procès doit avoir lieu dans plusieurs mois.

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