Giromagny : les petits secrets d’un monument à sauvegarder 

L’église Saint-Jean-Baptiste de Giromagny a besoin d’une seconde jeunesse. Toiture en mauvais état, fissures dans les murs, le monument est en déperdition et une campagne de don a été lancée pour sa restauration avec la Fondation du Patrimoine. 

L’Église Saint-Jean-Baptiste de Giromagny a besoin d’une seconde jeunesse. Toiture en mauvais état, fissures dans les murs, le monument est en déperdition et une campagne de don a été lancée pour sa restauration avec la Fondation du Patrimoine. Des travaux étaient espérés pour 2023, en vain. Des diagnostics supplémentaires sont nécessaires et les fonds manquent. Pourtant, c’est un lieu chargé d’histoire, un lieu patrimonial qui ne manque pas de secrets et d’anecdotes. En voici trois. 

Une ancienne église de mineurs

Située sur un verrou glaciaire, l’Église de Giromagny est visible de loin. Construite  entre 1857 et 1862, sous le Second Empire, elle remplace un premier édifice : l’Église des Mineurs… « À partir de la seconde moitié du XVIe siècle, Giromagny est en pleine expansion car il y a des mines. Des mineurs sont envoyés de Bavière, de Saxe, alors que nous appartenons à ce moment-là  à la maison d’Autriche des Habsbourg », explique Marie-Noëlle Marline, présidente de l’association pour l’histoire et le patrimoine sous-vosgiens, experte du dossier. Alors qu’il n’y a pas d’église à Giromagny, les Habsbourg décident d’en créer une pour accompagner l’afflux d’ouvriers. « Nous sommes alors en 1561 », précise-t-elle. 

La nouvelle Église a été construite pour remplacer celle qui, au bout de 300 ans, menaçait de s’écrouler. Aussi, elle était devenue beaucoup trop petite, « alors que la population était croissante, grâce à la richesse de la ville en termes de travail », narre Marie-Noëlle Marline. De style néo-gothique, elle mesure 57 mètres de long, avec un clocher de 52 mètres de haut, en grès bigarré « provenant des carrières locales ». 

Des vitraux qui retracent l’histoire de Giromagny

À l’intérieur, la richesse ornementale de l’édifice frappe. Autel sculpté, chemin de croix décoré, peintures d’époque, ancienne statue de saint Jean-Baptiste datant de la première église : les vestiges apportent à l’édifice une extrême richesse. Les vitraux, aussi, frappent. L’un d’eux, sur le côté gauche de l’édifice, retrace le passé fort de la ville de Giromagny. 

« Dans ce vitrail, on distingue l’ancienne église et l’ancien village », raconte la présidente de l’association pour l’histoire et le patrimoine sous-vosgien. Elle pointe du doigt des cheminées : elles représentent la grande époque industrielle à Giromagny, où l’on extrayait de l’argent et du cuivre qui partait ensuite dans les ateliers monétaires d’Ensisheim et de Bâle. Elles représentent aussi, la seconde phase de l’industrie dans la ville, avec la venue des usines de filatures qui se sont installées par la suite, par le biais d’une riche famille d’Héricourt. « Cela a fait travailler des centaines de personnes ici. Il y avait énormément d’ateliers : notamment de coton. Cela a rendu la ville extrêmement dynamique économiquement. » Le vitrail représente cela également. 

Un orgue au son remarquable

C’est un orgue alsacien qui a été installé dans la paroisse en 1874. « Le grand orgue Verschneider », précise Marie-Noëlle Marline, entièrement financé par les paroissiens. Sa particularité : être équipé de trois claviers, contre deux habituellement. Depuis 2015, il a été classé Monument historique, ce qui a permis de se voir attribuer un financement de 200 000 euros de l’État pour le restaurer, soit la moitié du budget total. Une restauration qui s’est déroulée en 2018 à Mortzwiller (Haut-Rhin), et qui permet à l’orgue de sonner parfaitement juste. 

Pour l’anecdote, Marie-Noëlle Marline raconte que le prince de Monaco a participé à hauteur de 5 000 euros pour cette restauration… car il est toujours seigneur du Rosemont.  « Il a acquis ce titre par héritage. En 1659, Louis XIV, content des services de son cardinal Mazarin, a voulu le récompenser en lui donnant le secteur de Giromagny, Ferrette et une partie du Sundgau. Car c’était un secteur riche en bois, eau, galerie de mines. Il est mort 3 ans après. Sa nièce Hortense en a hérité. Et au bout de deux ou trois générations, les descendants se sont mariés avec les Grimaldi de Monaco.» C’est ainsi que le prince de Monaco a toujours, aujourd’hui, un titre qui n’est plus qu’honorifique.

« Il est plus que temps d'agir »

3 820 euros récoltés sur 30 000. Les dons sur le site de la Fondation du Patrimoine, qui ont été lancé il y a quelques mois, peinent à décoller.  « Il faudrait même plus que cela », souffle Fanny Floriani, cheffe de projet Petites villes de demain pour la mairie de Giromagny. Au départ, seuls la toiture et le clocher devaient être rénovés. Finalement, après une expertise, c’est aussi la structure qui fait défaut, avec des fissures profondes dans les murs. Les travaux annoncés pour 2023 sont donc repoussés : et pour mener une nouveau diagnostic. Et pour avoir le temps de réunir les fonds nécessaires. 

Le premier devis pour la toiture s’élevait à 100 000 euros comprenant  des provisions pour renforcer la charpente et le voligeage, le remplacement de la couverture d’ardoises sur 268 m², et le renouvellement des zingueries. Finalement, les autres problèmes sur la structure pourraient élever le devis à au moins 150 000 euros, voir plus 5puisque les devis datent de 2021, avant la hausse de plusieurs sortes de matériaux). Des architectes doivent encore rendre leur expertise dans la semaine du 12 septembre. 

« Il est plus que temps d’agir », prévient Marie-Noëlle Marline. « Vu la richesse à l’intérieur de l’édifice, cela serait dommageable de ne pas rénover l’extérieur », expose-t-elle. La crainte est que les infiltrations d’eau ne viennent endommager l’orgue, ou l’un des vitraux.  Mais contrairement à l’orgue, l’Église n’est pas classée. Il est donc plus difficile d’avoir des aides. « Le maire va devoir prendre son bâton de pèlerin et aller frapper aux portes », plaisante Fanny Floriani. En attendant, elle espère que les dons vont s’intensifier, et rappelle que chaque don permet de bénéficier d’une déduction fiscale. 

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