General Electric : les élus choqués par le cynisme (MAJ)

Plusieurs élus du Territoire de Belfort ont réagi avec véhémence à l’annonce de General Electric de supprimer 1 044 emplois à Belfort, dans la filière turbines à gaz et à Global operations.

Plusieurs élus du Territoire de Belfort ont réagi avec véhémence à l’annonce de General Electric de supprimer 1 044 emplois à Belfort, dans la filière turbines à gaz et à Global operations (MAJ le 29/05/19 à 13h46).

Samia Jaber (gauche).- « Emmanuel Macron et la LaRem ont sauvé leur peau dimanche aux élections européennes. Les mauvaises nouvelles peuvent maintenant tomber. Quel cynisme ! » tance Samia Jaber, élu municipale et départementale d’opposition dans un communiqué. Elle estime que le gouvernement est complice de General Electric. « Que dire d’un gouvernement qui relaye la communication officielle de GE pour expliquer l’inévitable plan de restructuration, la prétendue absence de marché pour la turbine gaz, critique-t-elle Alors que les professionnels du secteur affirment que la baisse du marché n’est que conjoncturelle, notamment devant les défis de la transition énergétique. » Elle estime que les élus locaux se sont laissés endormir « par naïveté » et leur demande d’agir pour contraindre le président de la République à tenir ses engagements.

Jacqueline Guiot (Génération-s).- « Avec l’annonce de la suppression de plus de 1 000 postes sur le site belfortain de Général Electric et ses conséquences sur l’emploi local, c’est le pire des scénarios qui touche notre ville et notre territoire », constate le mouvement Génération-s dans un communiqué. La forme choque également les proches de Benoit Hamon, menés localement par Jacqueline Guiot. « Comment ne pas y voir une ultime provocation d’Emmanuel Macron et du pouvoir en place, qui, pour préserver le score de la liste LaRem aux Européennes aura bassement pactisé avec les dirigeants de Général Electric pour différer une nouvelle qu’au final il cautionne ? Le libéralisme au détriment de l’homme, c’est bien la ligne d’Emmanuel Macron, qui comme ministre avec le dossier Alstom ou en tant que président avec celui de GE, renvoie à nos concitoyens l’image d’un fossoyeur cynique de l’industrie à Belfort. »

Bastien Faudot (GRS), estime que cette annonce est une « honte ». « Honte, parce que la France a abandonné son industrie en bradant le fleuron Alstom, ses technologies, ses métiers et savoir-faire, son indépendance stratégique et énergétique », a-t-il notamment évoqué. Il regrette également la promesse de création de 1 000 emplois qui se transforme en suppression de 1 050 emplois. Lui aussi égratigne les élus locaux, qui « ont investi 3,2 millions d’euros d’argent public pour adapter les routes pour GE, sans aucune contrepartie ». Et de conclure : « Emmanuel Macron, dont la responsabilité personnelle est engagée depuis le début dans ce dossier, doit maintenant consentir à lâcher les mirages de la start up nation pour s’occuper enfin de la France qui souffre. »

Christophe Grudler (MoDem).- « Ce non-respect de la parole donnée est révoltant, tance de son côté le fraîchement élu député européen Christophe Grudler. L’heure n’est plus aux recherches de responsabilités, mais à la réponse collective à apporter face à ce défi posé par General Electric. » Il demande de revoir à la baisse le plan de GE et d’investir pour assurer la pérennité du site. « La diversification doit se mettre en place sans délai pour que les nouveaux emplois puissent être proposés dans quelques mois seulement », évoque-t-il également. « Dans ce cadre, l’État doit être considéré comme un allié et un partenaire pour trouver des solutions industrielles rapidement. Je me suis entretenu avec le secrétariat général de l’Élysée ce jour, ainsi qu’avec le cabinet du ministre de l’économie, glisse-t-il. Je fais entièrement confiance à Emmanuel Macron et Bruno Lemaire (sic) pour y parvenir. Je ne ménagerai pas mes forces pour faire aboutir ce dossier, si vital pour l’avenir de Belfort et de tout le bassin d’emploi. »

Muriel Ternant (PCF).-  « La responsabilité du président de la république est directement engagée puisque c’est un ancien membre de son cabinet, M. Hugh Bailey, qui dirige dorénavant GE France », dénonce notamment Muriel Ternant. « Les élus locaux de la droite et du parti socialiste en appellent à la mobilisation générale pour obtenir la mise en œuvre d’un plan de diversification du site. Ce n’est rien de moins qu’une nouvelle capitulation en rase campagne qu’ils nous proposent, après celle en quoi a consisté l’accompagnement bruyant du rachat de la branche énergie d’Alstom par General Electric, poursuit-elle, avant de glisser : Ils n’ont pas bien entendu les salarié.e.s et leurs représentants syndicaux, qui rappellent unanimement l’enjeu stratégique de la turbine à gaz dans le mix énergétique, le caractère unique des compétences et savoir-faire réunis sur le site de Belfort, et les moyens de pression de l’état français auprès de la direction de General Electric avec la commande publique. » Le Parti communiste appelle en outre « l’ensemble de la population terrifortaine à s’engager dans l’action pour préserver le site belfortain de la turbine à gaz et au-delà l’avenir de tout le Territoire ». « Seul un retour à une maîtrise publique de l’ensemble de la filière énergétique peut nous préserver des appétits voraces du capitalisme financiarisé », conclut-elle.

Bruno Kern (délégué départemental de la République en marche) .- Il rappelle l’enthousiasme du maire de Belfort lors du rachat d’Alstom par General Electric et invite les citoyens à relire le Belfort Mag de juin 2017. « Quand le maire républicain de Belfort, Damien Meslot, oublie sa position enthousiaste pour le rachat par Général Electric de la branche énergie d’Alstom qui représentait, pour lui, l’avenir et la création d’emploi nets à Belfort », glisse-t-il en commentaire de texte. « GE était présenté comme un partenaire privilégié par le Maire et tous les élus républicains, parlementaires belfortains et autres », regrette-t-il. « Voilà qui relativise l’empressement à faire porter aujourd’hui, la responsabilité sur d’autres, dont le Président de la République, alors que GE a racheté en 1999 la branche Turbine à Gaz ! À cette époque, le Premier ministre était le socialiste Lionel Jospin et la direction de GE était très républicaine…. L’heure est au rassemblement, pas à la politique politicienne… »

Maude Clavequin (PS).- « Frappé de caducité en décembre dernier, l’accord national passé entre le gouvernement et GE, suite au rachat d’Alstom Power, épargnait l’Hexagone de la vague de suppression d’emplois qui a touché l’ensemble des sites Européens au cours de l’année 2018 (soit près de 4 500 postes). Outre la sauvegarde d’emplois, cet accord engageait le géant américain à créer 1 000 postes et, à défaut, payer une pénalité de 50 millions d’euros », rappelle la première secrétaire fédéral du Parti socialiste du Territoire de Belfort. Elle rappelle également les mouvements de grèves de 2018, chez les salariés et les sous-traitants, craignant une restructuration mondiale. « Mobilisée sur ces enjeux, la Région Bourgogne-Franche-Comté alertait déjà officiellement à cette période le gouvernement en lui demandant un engagement de General Electric à garantir le maintien des activités et la pérennité des postes. Nous demandions également que soit défini un nouveau projet industriel permettant de valoriser les compétences et les investissements réalisés par les collectivités et, enfin, que, le cas échéant, les pénalités de 50 millions d’euros servent à engager la transition industrielle et la diversification économique du Territoire de Belfort », précise celle qui est également vice-présidente de la Région, soulignant le travail engagé sur l’écosystème local pour anticiper les conséquences d’une telle annonce. La vice-présidente annonce la réactivation du programme « former plutôt que chômer » et le démarchage permettant de faire venir des entreprises dans le « poumon industriel régional ». « On alerte depuis plus d’un an face à cette situation tragique, mais prévisible, je ne peux aujourd’hui, que regretter l’absence d’anticipation des élus locaux et de l’Etat à préparer l’après », conclut-elle.

Jean-Pierre Chevènement (ancien ministre, ancien maire de Belfort et ancien sénateur) .- « Le coup est terrible pour Belfort, qui voit de surcroît l’exécution des nouvelles commandes transférée aux États-Unis.
Dans ce sinistre industriel, la responsabilité de l’État est doublement engagée. D’abord pour avoir accepté, dans la plus grande opacité, un accord déséquilibré avec General Electric en 2014. Ensuite, pour n’être pas monté au capital pour y remplacer Bouygues en 2017 et ainsi donner vie aux trois « co-entreprises » prévues entre Alstom et General Electric. « Tout pour les actionnaires, haro sur les salariés ! », ainsi se résume ce bradage à 12,5 milliards d’euros »,
dénonce Jean-Pierre Chevènement. « Belfort est un grand site industriel français depuis 1878. Je n’imagine pas que le Président de la République, que j’ai accompagné à Belfort en 2015 quand il était ministre de l’Economie et qui connait parfaitement bien le dossier Alstom, ne prenne pas aujourd’hui des initiatives d’abord pour rappeler à General Electric que le slogan « America first ! » ne saurait s’appliquer en violation des engagements pris, et qu’ensuite il ne donne pas une vigoureuse impulsion aux projets de diversification industrielle qui existent en matière aéronautique comme dans la maintenance nucléaire, a-t-il analysé avant de conclure : Belfort est une ville résistante. Elle espère que son gouvernement ne la livrera pas une seconde fois. »

Europe Écologie-Les Verts.- « Il faut vite investir dans le démantèlement des centrales nucléaires et dans les énergies renouvelables », relève la section belfortaine. Puis de dénoncer : « Le choix de l’État français (gauche et droite) dans la politique énergétique est toujours aussi suicidaire. » Le parti regrette que la « direction d’EDF reste toujours sous les ordres d’un État nucléocrate », et dénonce le gaspillage de 11 milliards d’euros pour Flamanville. Le parti met en garde sur le fait que prolonger la durée de vie des centrales nucléaires n’est pas « une solution d’avenir ». Selon EELV, cet argent gaspillé aurait été plus efficace dans la promotion « des éoliennes (possibilité de développement de générateurs asynchrones pour GE Belfort), d’unités agricoles de bio-gaz (impact neutre de ce gaz sur l’effet de serre et le climat) permettant le développement de turbines gaz (plus modestes certes mais très nombreuses comme en Allemagne ou en Angleterre où le projet dans le sud Territoire) ; et du démantèlement des vieilles centrales nucléaire avec en priorité Fessenheim qui nécessiteront pendant plusieurs dizaines d’années des milliers d’emplois qualifiés ». « Il est temps d’engager la conversion de l’industrie française dans le développement de l’Écologie et la protection du climat », conclut EELV.

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