General Electric : « Il faut maintenir la pression » [vidéo]

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, est venu à Belfort ce lundi 3 juin pour rencontrer les syndicats. Un vœu formulé depuis plusieurs semaines par l’intersyndicale. Ils ont échangé pendant près de deux heures. Reportage.

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, est venu à Belfort ce lundi 3 juin pour rencontrer les syndicats. Un vœu formulé depuis plusieurs semaines par l’intersyndicale. Ils ont échangé pendant près de deux heures. Reportage.

C’était il y a 140 ans. En 1879. La société alsacienne de construction mécanique (SACM), ancêtre d’Alstom, s’installe à Belfort. La cité du Lion va devenir un poumon industriel. Et le site historique est toujours là, à la frontière entre Belfort et Cravanche. Une partie de l’héritage de cette histoire se noue avec le legs que laissera General Electric, présent à Belfort depuis 1999. Aujourd’hui, ce que l’on retient, ce sont les promesses de 1 000 emplois à créer, en 2014, qui se transforment en 1 000 emplois supprimés.

Il est 15 h. L’intersyndicale prend la parole devant le restaurant interentreprises La Découverte, rue de la Découverte. Elle veut redonner cette perspective à ce drame qui se tisse. « General Electric veut supprimer [cet héritage], le détruire », invective Francis Fontana, délégué syndical Sud Industrie. Devant les délégués, entre 700 et 900 personnes, selon la police, ont répondu à l’appel lancé quelques heures plus tôt. Des salariés de General Electric, des familles, des sous-traitants et un groupe de Gilets jaunes. De nombreux élus sont présents. De droite et de gauche. De Belfort, mais aussi du pays de Montbéliard et de Haute-Saône. Cette assemblée générale se veut ouverte, avant que l’intersyndicale ne rencontre Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances. Les syndicalistes ont redit leur position. Rappelé que l’argument du marché était « fallacieux ». « Il faut stopper ce plan massif de délocalisation en dehors de Belfort », a déclaré Philippe Petitcolin. Et il a demandé : « Il faut que Belfort redevienne le centre mondial [des turbines à gaz] 50 Hz ».

2 heures d’échanges

15 h 30. Bruno le Maire arrive par l’entrée nord de la rue de la Découverte, celle croisant avec l’avenue de la Première-Armée-Française. Elle est plus discrète. Quelques huées et sifflets accompagnent sa sortie de la voiture, avant qu’il ne file directement dans les locaux du centre technologique. L’ambiance est relativement sereine. En cas de débordement, les services de sécurité avaient prévu les gros moyens. Entre vingt et trente fourgons de CRS et de gendarmes mobiles stationnent sur le parking du centre socio-culturel Benoît-Frachon, situé à 500 mètres. L’intersyndicale rejoint le ministre dans le bâtiment, même s’il reçoit d’abord la direction, en compagnie d’élus locaux. Dehors, la foule encore nombreuses vit aux rumeurs des éventuelles sorties du ministre. Le groupe de Gilets jaunes ne veut pas le rater. Une cassure s’opère avec les derniers salariés qui attendent le retour de l’intersyndicale pour un débriefe.

« Le combat de ne fait que commencer »

À 16 h 15, le ministre reçoit les délégués syndicaux. Pendant près de deux heures. Alors que Bruno Le Maire file par une porte, où l’attendent les Gilets jaunes, l’intersyndicale revient devant le bâtiment principal pour reprendre la parole. 18 h vient de sonner. Une centaine de personnes est encore présente. « On sent que c’est un sujet sensible pour eux (le gouvernement, NDLR) », admet Francis Fontana. Tous les délégués observent un changement dans le discours. « Il comprend que le marché des turbines à gaz a un avenir », remarque Philippe Petitcolin. L’intersyndicale a également évoqué les délais des plans sociaux depuis la publication des ordonnances Macron. « C’est antinomique avec les projets de diversification », insiste Francis Fontana. Au cours de leurs échanges, Bruno Le Maire a notamment abordé la piste de l’aviation.

Par contre, si le projet de diversification est salué, et si Bruno Le Maire doit échanger avec Larry Culp, p-dg de General Electric, pour réduire l’ampleur du plan social, l’intersyndicale n’a pas dit son dernier mot pour l’annuler. Tout simplement. L’intersyndicale dit non à cette fermeture, « en deux temps », de l’entité fabriquant les turbines à gaz à Belfort. Selon elle, les premiers éléments du plan évoquent en effet l’unique maintien de la fabrication de la turbine 9HA à Belfort, car le site comtois dispose de machines (brocheuse, équilibrage) et d’un stand d’essai qui n’existent qu’ici. Mais les effectifs des bureaux d’études ou de gestion de projet devraient chuter fortement, renforçant cette inquiétude. Pour retoquer ce projet, l’intersyndicale espère bien que l’État jouera son rôle, via la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte). C’est elle qui valide ou non le plan social. À l’intersyndicale de prouver qu’il n’est pas fondé. « Il faut maintenir la pression », assure alors Francis Fontana. Sur General Electric. Sur le gouvernement. « Et on a plein de moyens pour ça », relève Philippe Petitcolin, avant d’évoquer les recours judiciaires, les expertises ou les mobilisations citoyennes. « Le combat ne fait que commencer », conclut-il.

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