GE : le blocage de la production des turbines à gaz s’intensifie

Les blocages débutés mardi par des salariés de l’entité turbines à gaz de General Electric ce mardi se sont poursuivis et intensifiés aujourd’hui. Tous les ateliers sont fermés. La contre-proposition n’a pas eu d’écho. Les échanges se crispent davantage.

Les blocages débutés mardi par des salariés de l’entité turbines à gaz de General Electric ce mardi se sont poursuivis et intensifiés aujourd’hui. Tous les ateliers sont fermés. La contre-proposition n’a pas eu d’écho. Les échanges se crispent davantage.

La production est à l’arrêt à Belfort et Bourogne, dans les ateliers de l’entité turbine à gaz de General Electric. « Tous les ateliers d’assemblage de Belfort et de fabrication de Bourogne sont bloqués », détaille Alexis Sesmat, élu au syndicat Sud Industrie. Une information confirmée dans l’entourage de la direction, qui évoque également des mesures de sécurité pour justifier les ateliers vides. À Belfort, les points d’accès aux ateliers ainsi que le bâtiment 66, rue de la Découverte, sont bloqués par des blocs de béton, des conteneurs ou des blocs de pierres. Et à l’entrée, porte de la Découverte, les salariés ont installés « un lieu de vie », confie Abdelaziz Jebbar, de la CGT. Deux braseros réchauffent et illuminent le piquet. Un barbecue est présent. Un conteneur a été ramené pour avoir un lieu de repli. Les grilles, elles, sont fermées par une chaîne. Personne ne rentre. Ce mercredi matin, plusieurs centaines de personnes étaient présentes devant le point de blocage de l’usine belfortaine. Au cours de la journée, entre 30 et 50 personnes tiennent le piquet à tour de rôle, à Belfort et Bourogne. Ce mercredi soir, seul le bâtiment appelé T05 était ouvert. En fin de journée, le porte-parole de la direction n’était pas en mesure de dire quel était le taux de grévistes ce jour.

« On rentre dans le dur »

Ce mercredi matin, une réunion informelle s’est tenue entre l’intersyndicale et la direction. Il devait y avoir un échange sur le nouveau projet alternatif soumis par l’intersyndicale. « En trois mois et demi, c’est la réunion la plus catastrophique, en termes de propos et de cynisme, qui s’est tenue », tance Cyril Caritey, de la CGT. Il raconte s’être levé après avoir entendu les propositions de la direction, afin d’ouvrir la porte et de l’inviter à partir. Puis d’ajouter, en les interpellant : « C’est la guerre que vous voulez, vous l’aurez. » « Ils se foutent de nous, déplore pour sa part Francis Fontana, de Sud. On refait une proposition et ils reviennent avec comme concession un étalement des départs. » La direction propose en effet de décaler les départs contraints, c’est-à-dire les licenciements, à la fin de l’année 2020. Si et seulement s’il y a la signature de l’accord de performance et de réduction des coûts. La plan compétitivité. Francis Fontana d’ajouter : « Mais les licenciements sont l’ultime recours d’un plan de sauvegarde de l’emploi, quand on n’a pas trouvé d’autres mesures de reclassement ! » « C’est de la provoque », regrette de son côté Nicolas Mercier, de la CFE-CGC.

« La direction de GE souhaite le retour d’un environnement social plus apaisé et encourage à nouveau les instances représentatives du personnel, à participer au processus formel de consultation et de négociation », précise la direction dans un communiqué de presse adressé aux rédactions. Dans d’autres termes, elle dit que, quelle que soit l’issue de la réunion débutée ce mercredi matin, elle ne se fait pas dans le cadre de la procédure et qu’elle n’a donc aucune valeur.

Dans les couloirs des bureaux, quelques personnes n’apprécient pas que cette stratégie des salariés qui vise à faire payer des pénalités de retard à General Electric. « Cela vient s’additionner aux pertes déjà abyssales », souffle un salarié, reprenant un discours de la direction. Selon Cyril Caritey, « il n’y plus de retour possible ». « On rentre dans le dur, poursuit Abdelaziz Jebbar. On revient au basique. » Et aujourd’hui, aucune date sur la levée des barrages n’est formulée. « Nous sommes aussi prêts à maintenir les barrage qu’à aller discuter, conclut Francis Fontana. La direction a un projet entre les mains, il faut qu’elle le regarde sérieusement. » Une nouvelle assemblée générale est programmée ce jeudi à 10 h, dans le bâtiment T05. Le seul encore accessible. Pour combien de temps ?

Le PCF appelle à développer une filière énergétique

La section locale du Parti communiste français a accueilli ce mercredi Frédéric Boccara, dirigeant du parti, membre-fondateur des Économistes atterrés et membre du conseil économique, social et environnemental (Cese). Il est co-signataire d’un appel pour dire non au démantèlement de General Electric. Il appelle à « développer la filière énergétique industrielle pour répondre aux besoins humains, écologiques et sociaux de nos territoires pas à ceux de la finance ». Il regrette que dans ce dossier, ce soit « la logique du capital financier le plus prédateur », qui prime. Et remarque que les syndicats ont « un esprit de responsabilité considérable », car ils ont pris la mesure du sujet, en évoquant les enjeux industriels, énergétiques et écologiques. « On ne peut pas faire une transition écologique sans s’occuper de l’industrie », insiste-t-il également. Selon lui, 117 milliards d’euros ont été pompés sur le groupe General Electric en dix ans, par les dividendes. Evelyne Ternant, secrétaire régional du Parti communiste français, note quant à elle, l’unité du salariat. « Elle se base sur la contestation de la gestion de l’entreprise », confie-t-elle, avant de regretter la « forfaiture » dans ce dossier, pointant du doigt le rôle d’Emmanuel Macron. Si elle apprécie la mobilisation d’un territoire, elle invite les exécutifs à ouvrir plus largement les instances de décision, regrettant notamment que l’intersyndicale soit absente du comité Maugis ou de la commission initiale de suivi des engagements de General Electric. Frédéric Boccara invite à penser d’autres critères de gestion, autour de la formation, de la qualification, de l’embauche, du service public et de l’investissement. « Pas en pompant le profit ! » Concernant les blocages qui se mettent en place, le Parti communiste français appuie « le rapport de force », pour que « les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités ». « Il y a un moment où il faut agir », note Dominique Thiriet, délégué site de la CGT, à General Electric. « C’est un bien commun, ajoute Frédéric Boccara. Ce sont les salariés qui ont créé ces technologies. » Aujourd’hui, ils invitent à le défendre.

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